Burundi : des travailleurs envoyés à l’étranger « piégés » par des agences, des pratiques d’exploitation dénoncées
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 2 août 2026 – À l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite des êtres humains, célébrée chaque 30 juillet, l’Association de Lutte contre le Chômage et la Torture (ALUCHOTO) a alerté sur la recrudescence des formes de traite et d’exploitation des travailleurs au Burundi.
Le Burundi compte 64 agences de recrutement légalement reconnues par l’État pour placer des travailleurs à l’étranger. Ces dernières années, la pauvreté des ménages et le chômage, auxquels s’ajoutent les difficultés économiques et les violations des droits des travailleurs, ont poussé non seulement les jeunes, mais aussi des personnes issues de différentes catégories sociales, à chercher des opportunités d’emploi dans des pays étrangers de la sous-région, de l’Afrique australe et des pays du Golfe.
Cette quête d’un meilleur avenir expose toutefois certains candidats à des risques d’exploitation, notamment lorsque les conditions de recrutement, les contrats de travail ou les réalités du pays d’accueil ne sont pas clairement expliqués avant leur départ.
Lors d’un point de presse tenu à Bujumbura, la capitale économique du Burundi, jeudi, le coordinateur national d’ALUCHOTO, Vianney Ndayisaba, a dénoncé les abus présumés commis par certaines entreprises de gardiennage et des agences de recrutement qui envoient des Burundais travailler à l’étranger.
Selon lui, plusieurs travailleurs burundais ignorent les clauses de leurs contrats de travail, une situation qui les expose à des violations de leurs droits. Il cite notamment certaines entreprises de sécurité, dont City Security Company, ainsi que des agences de placement qui recrutent des travailleurs pour les envoyer dans des pays comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (Dubaï), le Kenya, le sultanat d’Oman et la Zambie.
Des promesses d’emplois qui tournent parfois au cauchemar
Vianney Ndayisaba affirme que certaines agences promettent aux candidats des emplois décents à l’étranger, mais que la réalité vécue par plusieurs travailleurs serait différente.
« Ceux qui parviennent à quitter le pays sont parfois soumis à des conditions de travail inhumaines », a-t-il déclaré.
Le coordinateur national d’ALUCHOTO indique qu’en 2026, son organisation a facilité le rapatriement de 22 femmes qui auraient été abandonnées et victimes de mauvais traitements dans leurs pays d’accueil.
Il ajoute que 11 autres personnes auraient également été détenues illégalement par des agences de recrutement après la confiscation de leurs documents de voyage.
Des personnes handicapées également exposées
L’association dénonce aussi une autre forme de traite liée à l’exploitation des personnes vivant avec un handicap.
Selon ALUCHOTO, certaines personnes handicapées seraient utilisées pour mendier dans les rues et les marchés, une pratique que l’organisation qualifie d’atteinte grave à la dignité humaine.
Des sanctions réclamées contre les agences frauduleuses
Face à cette situation, ALUCHOTO demande au gouvernement burundais de renforcer la lutte contre la traite des êtres humains.
L’organisation recommande l’ouverture d’enquêtes judiciaires afin d’identifier et de sanctionner les agences de recrutement impliquées dans des pratiques frauduleuses ou dans l’exploitation des travailleurs.
Elle plaide également pour un contrôle plus strict de l’agrément des agences de placement à l’étranger et pour un suivi rigoureux des contrats conclus avec les travailleurs afin de garantir le respect du Code du travail burundais.
Par ailleurs, l’association estime que les entreprises qui emploient des travailleurs sans leur offrir une protection juridique suffisante devraient être sanctionnées, voire fermées.
Elle recommande enfin que la lecture et l’explication du contrat de travail soient rendues obligatoires, en présence des autorités compétentes, avant tout départ à l’étranger, afin que les travailleurs connaissent leurs droits et les conditions auxquelles ils s’engagent.
L’OIM appelle à renforcer la protection des victimes de traite
Dans le cadre de la Journée mondiale de la lutte contre la traite des êtres humains, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) rappelle que la traite constitue une grave violation des droits humains et que les migrants à la recherche d’opportunités économiques restent particulièrement exposés aux réseaux d’exploitation.
L’OIM appelle les États et leurs partenaires à renforcer les mécanismes de prévention, d’identification et de protection des victimes, ainsi qu’à garantir leur accès à la justice. Elle insiste également sur la nécessité de lutter contre l’impunité des auteurs de traite et de placer les victimes au centre des réponses apportées à ce phénomène.
À travers son alerte, ALUCHOTO invite les autorités burundaises et les acteurs concernés à renforcer les mécanismes de contrôle et de protection afin de prévenir toutes les formes de traite des êtres humains et d’exploitation des travailleurs.
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Photo : Une Burundaise arrive à l’aéroport international Melchior Ndadaye de Bujumbura à bord d’un bus avant de prendre un vol à destination de l’Arabie saoudite, le 17 mai 2023. Le pays connaît un nombre croissant de départs de travailleurs vers l’étranger, exposant certains candidats à des risques d’exploitation et de traite des êtres humains. © SOS Médias Burundi
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