Cibitoke : un cultivateur de 53 ans abattu par des militaires près de la frontière avec la RDC

Cibitoke : un cultivateur de 53 ans abattu par des militaires près de la frontière avec la RDC

SOS Médias Burundi

Cibitoke, 11 janvier 2026 – Un cultivateur de 53 ans a été abattu par des militaires burundais alors qu’il se rendait dans son champ de riz situé le long de la rivière Rusizi, qui sépare la République démocratique du Congo (RDC) et le Burundi, dans la commune de Cibitoke, province de Bujumbura, à l’ouest du Burundi. Le drame s’est produit samedi 10 janvier, vers 18 heures, au lendemain d’une directive interdisant strictement tout rapprochement de la frontière burundo-congolaise.

Un tir mortel au bord de la Rusizi

Les faits se sont déroulés dans la zone Rugombo, commune de Cibitoke, province de Bujumbura, non loin du poste militaire de Mparambo (Projet).
Selon des informations recueillies sur place, la victime, un habitant du quartier Mparambo âgé de 53 ans, se rendait dans son champ de riz aménagé sur les berges de la rivière Rusizi. Il était accompagné d’un autre homme venu l’aider à entretenir la rizière.

Alors qu’il était environ 18 heures, les deux hommes ont croisé une patrouille de militaires chargés de surveiller la frontière burundo-congolaise. Les soldats leur ont ordonné de s’arrêter. Pris de panique, le propriétaire du champ a tenté de prendre la fuite. Les militaires ont alors ouvert le feu, l’atteignant de plusieurs balles, dont cinq dans le dos, ainsi que d’autres au niveau des côtes. Il est mort sur le coup.

Un survivant interpellé, une population sous le choc

L’homme qui accompagnait la victime s’est, quant à lui, immédiatement immobilisé. Il a été interpellé par les militaires, puis contraint de leur indiquer le point de départ de leur déplacement.
Les habitants de la localité affirment unanimement que la victime n’avait aucune autre intention que de se rendre à son champ pour y travailler. Elle n’était ni armée ni impliquée dans une activité illégale.

La mort brutale de ce cultivateur a suscité une vive émotion au sein de la population riveraine, qui dénonce un usage disproportionné de la force contre un civil non armé.

Les autorités invoquent une consigne sécuritaire stricte

Dans leurs premières explications, les autorités policières et militaires indiquent que la victime n’avait pas traversé la frontière vers la RDC. Elle aurait été atteinte après avoir été prise de panique lors de l’interpellation.
Les responsables militaires justifient l’intervention par l’application d’une consigne sécuritaire stricte : toute personne trouvée à proximité immédiate de la rivière Rusizi devait être arrêtée, et toute tentative de fuite pouvait entraîner l’usage des armes.

Cette directive avait été annoncée la veille lors d’une réunion sécuritaire tenue à Buganda, en commune Bukinanyana, en province de Bujumbura, par le gouverneur provincial, en présence des responsables des forces de défense et de sécurité ainsi que des représentants des confessions religieuses.

Contexte sécuritaire à la frontière RDC–Burundi

Depuis plusieurs mois, la frontière entre le Burundi et la République démocratique du Congo, notamment le long de la rivière Rusizi, est placée sous haute surveillance en raison de la dégradation persistante de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Les combats opposant l’armée congolaise (FARDC), appuyée par des milices locales Wazalendo et des troupes burundaises, aux rebelles du M23 intégrés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), ont entraîné un afflux massif de réfugiés congolais vers le Burundi.

Face aux risques d’infiltration de groupes armés, de trafic transfrontalier et de mouvements incontrôlés de populations, les autorités burundaises ont renforcé les patrouilles militaires et policières le long de la frontière. Des consignes strictes ont été émises, interdisant tout rapprochement non autorisé de la rivière Rusizi, considérée comme une zone hautement sensible sur le plan sécuritaire.

La famille réclame justice

La famille de la victime dénonce un meurtre « injustifié » et réclame justice ainsi qu’une réparation pour le préjudice subi.
De son côté, l’administrateur de la commune de Cibitoke affirme que les autorités locales accompagneront la famille endeuillée, notamment pour l’organisation de funérailles dignes.

Concernant les militaires impliqués dans la fusillade, leur hiérarchie indique que le dossier sera transmis aux instances compétentes afin que les responsabilités soient établies conformément à la loi.

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Photo : deux hommes traversent la rivière Rusizi à bord d’une barque, alors que les autorités burundaises ont renforcé les mesures de sécurité le long de cette frontière naturelle avec la RDC. ©SOS Médias Burundi

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