Bujumbura en alerte maximale : afflux de réfugiés, menace du M23 et engagement massif de soldats burundais en RDC

Bujumbura en alerte maximale : afflux de réfugiés, menace du M23 et engagement massif de soldats burundais en RDC

SOS Médias Burundi

Cibitoke, 11 janvier 2026 – La province de Bujumbura est placée en état d’alerte face à la détérioration rapide de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Le gouverneur provincial, le général-major Aloys Ndayikengurukiye, met en garde contre les risques d’infiltration et annonce des mesures strictes contre les traversées illégales de la rivière Rusizi, dans un contexte d’afflux massif de réfugiés congolais.

Un afflux massif de réfugiés à Cibitoke et Bukinanyana

S’exprimant lors d’une réunion de sécurité tenue ce vendredi 9 janvier au stade Buganda, dans la commune de Bukinanyana, le gouverneur a indiqué que la dégradation de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, observée depuis environ un mois, a entraîné l’arrivée d’un grand nombre de réfugiés dans les communes de Cibitoke et de Bukinanyana.

Face à cette situation, il a exhorté les citoyens à collaborer étroitement avec les forces de sécurité en signalant toute personne susceptible de troubler l’ordre public ou de menacer la sécurité nationale.

Appel à la vigilance des autorités locales

Le gouverneur a également demandé aux responsables administratifs et aux leaders locaux de redoubler de prudence afin d’éviter toute infiltration d’éléments hostiles sur le territoire burundais.
Selon lui, la porosité des frontières pourrait être exploitée par des ennemis du pays, dans un contexte régional marqué par la présence de groupes armés actifs dans l’est de la RDC.

Commerce illégal et traversées de la Rusizi sous surveillance

Aloys Ndayikengurukiye a dénoncé la persistance du commerce transfrontalier illégal à travers la rivière Rusizi, notamment avec des personnes se trouvant en territoire congolais avec lesquelles certains Burundais entretiennent des liens.

Il a averti que toute personne surprise en train de traverser la Rusizi pour se rendre dans des zones contrôlées par le mouvement rebelle M23, soutenu par l’armée rwandaise selon les autorités burundaises, sera considérée comme un ennemi de la nation et sévèrement punie.

Ces mises en garde ont été réitérées par le secrétaire provincial du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, Alexandre Ngoragoze, qui a insisté sur la fermeté à l’égard de toute personne impliquée dans de telles activités.

Des militaires congolais et des miliciens Wazalendo fuient à bord d’un véhicule de l’armée congolaise. Photographie prise à Gatumba, le 11 décembre 2025. ©SOS Médias Burundi
Des militaires congolais et des miliciens Wazalendo fuient à bord d’un véhicule de l’armée congolaise. Photographie prise à Gatumba, le 11 décembre 2025. ©SOS Médias Burundi

Des habitants ont, de leur côté, signalé que des jeunes affiliés aux Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir, seraient impliqués dans ce commerce transfrontalier illégal. Selon plusieurs témoignages, certains d’entre eux auraient menacé d’abattre toute personne prise en flagrant délit.

Les réfugiés sommés de rejoindre les camps officiels

Les autorités ont rappelé que les réfugiés congolais ne sont pas autorisés à résider dans les villes. Conformément à la réglementation en vigueur, ils doivent être hébergés dans des camps officiellement désignés par l’État.

Tout citoyen burundais surpris en train d’héberger un ressortissant congolais en dehors de ces cadres légaux sera assimilé à une personne protégeant un ennemi du pays et poursuivi en conséquence.

Contexte régional : M23/AFC, enjeux miniers et guerre par procuration

Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais, est aujourd’hui intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI).

L’AFC/M23 contrôle désormais plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux provinces, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde. Ce minerai stratégique fournit une part significative du tantale mondial, indispensable à l’industrie électronique et aux nouvelles technologies. Le mouvement plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.
Malgré les démentis rwandais, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.

Sur le terrain, les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine. Le Burundi a participé à cet accord en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye, sans que cela n’ait permis de freiner l’escalade militaire.

Un lourd tribut payé par l’armée burundaise

Depuis août 2022, le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC, selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi.
Les militaires burundais combattent aux côtés des FARDC, l’armée loyaliste congolaise, et des milices locales Wazalendo soutenues par Kinshasa. Dans certaines situations, la coalition comprend également des éléments des FDLR.

Dans ce conflit aux multiples ramifications régionales, les soldats burundais continuent de payer un lourd tribut, souvent dans l’ombre et le silence, tandis que la région des Grands Lacs s’enfonce dans une instabilité durable aux conséquences humaines, sécuritaires et géopolitiques majeures.

Pression humanitaire croissante

Les hostilités en cours dans l’est de la RDC continuent de pousser des milliers de familles à fuir vers les pays de la sous-région.

 Des réfugiés congolais arrivent avec leurs troupeaux près de la rivière Rusizi, frontière naturelle entre la RDC et le Burundi. Plusieurs milliers de personnes, dont certains hommes armés, ont franchi la frontière depuis la chute successive des cités de la plaine de la Rusizi à partir du 1ᵉʳ décembre 2025. ©SOS Médias Burundi
 Des réfugiés congolais arrivent avec leurs troupeaux près de la rivière Rusizi, frontière naturelle entre la RDC et le Burundi. Plusieurs milliers de personnes, dont certains hommes armés, ont franchi la frontière depuis la chute successive des cités de la plaine de la Rusizi à partir du 1ᵉʳ décembre 2025. ©SOS Médias Burundi


Le Burundi a accueilli à lui seul environ 90 000 réfugiés congolais au cours du seul mois de décembre 2025, s’ajoutant à plus de 70 000 autres réfugiés déjà présents plus tôt dans l’année, accentuant la pression humanitaire sur la petite nation de l’Afrique de l’Est.

La province de Bujumbura, frontalière avec le Sud-Kivu, reste le principal point de transit pour ces réfugiés, tandis qu’une minorité emprunte le lac Tanganyika pour rejoindre la ville portuaire de Rumonge, dans le sud-ouest du pays.

Inquiétudes persistantes au sein de la population

Malgré les mesures sécuritaires annoncées, de nombreuses inquiétudes subsistent au sein de la population. Certains observateurs estiment qu’un durcissement des règles pourrait aggraver la situation humanitaire et plaident pour l’ouverture de couloirs humanitaires permettant aux civils congolais de circuler en toute sécurité.

La réunion de sécurité tenue au stade Buganda a réuni autorités administratives, responsables des forces de défense et de sécurité, ainsi que des représentants des confessions religieuses, illustrant la gravité de la crise et l’ampleur des défis sécuritaires et humanitaires auxquels fait face le Burundi.

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Photo : des responsables administratifs et sécuritaires, ainsi que des représentants des confessions religieuses, participent à une réunion présidée par le gouverneur au stade Buganda. ©SOS Médias Burundi

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