Buhumuza : plus de 67 000 réfugiés au camp de Busuma face à l’urgence de l’eau et de l’hygiène

Buhumuza : plus de 67 000 réfugiés au camp de Busuma face à l’urgence de l’eau et de l’hygiène

SOS Médias Burundi

Ruyigi, 12 janvier 2026 – Dépassé par une surpopulation extrême, le camp de réfugiés de Busuma, situé dans la commune de Ruyigi, en province de Buhumuza, à l’est du Burundi, est confronté à une crise aiguë de l’eau potable, de l’hygiène et de l’assainissement. Avec plus de 67 000 réfugiés congolais pour une capacité initiale de 20 000 personnes, le site illustre les limites d’un dispositif humanitaire sous forte pression, aux conséquences sanitaires préoccupantes tant pour les réfugiés que pour les communautés hôtes de Ruyigi.

Conçu pour accueillir 20 000 personnes, le camp de Busuma fait face à une pression humanitaire croissante, conséquence directe de l’instabilité persistante dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où les hostilités opposant les Forces armées de la RDC (FARDC) et leurs alliés aux rebelles du M23 continuent de provoquer des déplacements massifs de populations civiles vers les pays voisins, dont le Burundi.

C’est dans ce contexte de crise humanitaire et sécuritaire qu’une mission d’évaluation a été effectuée vendredi dernier au sein du camp.

Lors de cette visite, Lucas Honneur, responsable de l’aide humanitaire de l’Union européenne, a appelé les autorités burundaises et les organisations non gouvernementales intervenant sur le site à renforcer leurs efforts. « Beaucoup reste à faire. Il est impératif que tous les acteurs redoublent d’efforts et fassent preuve de responsabilité afin d’assurer une amélioration durable des conditions de vie des réfugiés », a-t-il déclaré.

Accompagné des autorités administratives locales et des représentants des organisations humanitaires, le responsable européen a parcouru plusieurs quartiers du camp afin d’évaluer les besoins les plus urgents, notamment dans les secteurs de l’hygiène et de l’assainissement, considérés comme prioritaires pour prévenir les risques d’épidémies.

Une pénurie d’eau aux répercussions locales

Le conseiller du gouverneur de la province de Buhumuza chargé du développement, Valéry Nkunzimana, a alerté sur la situation préoccupante de la ville de Ruyigi, confrontée à un déficit hydrique sévère. « Certains ménages peuvent désormais passer jusqu’à une semaine entière sans accès à l’eau potable », a-t-il indiqué.

Au camp de Busuma, des enfants réfugiés s’amusent dans une cour, confrontés chaque jour à des conditions de vie difficiles et à un manque d’infrastructures de base, janvier 2026.©SOS Médias Burundi

Selon lui, la pénurie d’eau dans le camp de Busuma a déjà un impact direct sur la population hôte, l’eau initialement destinée aux habitants de Ruyigi étant désormais partagée avec les réfugiés. Il a insisté sur la nécessité de solutions durables permettant d’approvisionner le camp sans aggraver la situation déjà critique de la ville.

Des avancées encore très insuffisantes

Sur le terrain, Frédéric Coussigh, représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), a reconnu que malgré certaines améliorations, des insuffisances persistent. Il a indiqué qu’actuellement, 97 personnes partagent une seule latrine, contre près de 1 000 personnes par latrine au lancement du camp.

Concernant l’accès à l’eau potable, il a précisé qu’au début des opérations, une famille devait se contenter d’un litre d’eau, alors qu’aujourd’hui chaque réfugié dispose en moyenne d’environ deux litres par jour, un volume largement inférieur aux standards humanitaires internationaux. « Tous les besoins ne peuvent pas être satisfaits en un laps de temps aussi court. L’amélioration des conditions de vie reste un processus progressif nécessitant un engagement constant », a-t-il souligné.

Un afflux lié à un conflit régional explosif

La crise humanitaire à Busuma s’inscrit dans un contexte régional extrêmement tendu, marqué par la poursuite des violences armées dans l’est de la RDC. Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, est aujourd’hui intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI).

L’AFC/M23 contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde, un minerai stratégique indispensable à l’industrie électronique. Le mouvement plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.

Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir l’AFC/M23, tandis que Kigali rejette ces accusations et dénonce, de son côté, l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé rwandais à dominante hutu, créé par d’anciens éléments des forces et milices responsables du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Malgré les démentis rwandais, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.

Les combats se poursuivent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine. Le Burundi y a participé en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye, sans que cet accord ne permette de freiner l’escalade militaire.

Lucas Honneur, responsable d’une agence humanitaire, s’adresse à des représentants de réfugiés et d’agences humanitaires au camp de Busuma lors de sa visite du 9 janvier 2026. ©SOS Médias Burundi

Depuis août 2022, le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC, selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi. Les militaires burundais combattent aux côtés des FARDC et des milices locales Wazalendo soutenues par Kinshasa, parfois en coordination avec des éléments des FDLR.

Ce conflit aux multiples ramifications régionales provoque des déplacements massifs de civils. Le Burundi a accueilli environ 90 000 réfugiés congolais au cours du seul mois de décembre 2025, en plus de plus de 70 000 autres arrivés plus tôt dans l’année, accentuant fortement la pression humanitaire sur la petite nation de l’Afrique de l’Est, notamment dans des provinces déjà fragilisées comme Buhumuza.

Entre surpopulation, pénurie d’eau et insuffisance des infrastructures, le camp de Busuma illustre l’ampleur des défis humanitaires auxquels le Burundi est confronté, soulignant l’urgence d’une réponse coordonnée, durable et mieux financée afin de protéger la santé et la dignité des réfugiés comme des communautés hôtes.

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Photo : une latrine pour 97 réfugiés congolais au camp de Busuma, illustrant les conditions sanitaires précaires, janvier 2026.©SOS Médias Burundi

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