Burunga : des élèves kidnappés de nuit pour servir les activités politiques du CNDD-FDD
SOS Médias Burundi
Makamba, 25 janvier 2026 – Des élèves de l’École Technique Moyenne Agricole (ETMA) de Makamba, chef-lieu de la province de Burunga, au sud du Burundi, dénoncent des pratiques inquiétantes : être retirés de l’internat en pleine nuit pour participer à des activités politiques du CNDD-FDD, en marge du congrès national du parti au pouvoir. Parents et enseignants s’inquiètent de cette politisation forcée et nocturne qui met en danger la sécurité et l’intégrité des élèves. L’établissement est sous convention de l’Église Méthodiste Libre.
Selon plusieurs témoignages concordants recueillis auprès des élèves, ces mobilisations ne sont pas nouvelles. Ils affirment être régulièrement emmenés pour participer à des activités du parti, dans la province de Burunga comme dans d’autres provinces, et même en Tanzanie voisine, impliquant les majorettes du parti présidentiel. La province de Burunga est frontalière avec la Tanzanie.
Mais les faits survenus dans la nuit de vendredi à samedi derniers marquent, selon eux, un tournant inquiétant.
Des élèves sortis de l’internat vers 2 heures du matin
Aux environs de 2 heures du matin, un enseignant de l’ETMA, Dieudonné Irakoze, se serait présenté à l’internat pour récupérer des élèves et les conduire à des activités politiques du CNDD-FDD, organisées en marge du congrès national du parti au pouvoir prévu ce dimanche. Cette initiative aurait immédiatement suscité la réticence du directeur de l’établissement, Isaac Maniriho, qui aurait rappelé qu’il est interdit de faire sortir des élèves de l’internat à une telle heure.
Interrogé sur cette décision, l’enseignant aurait affirmé agir sur instruction du secrétaire général national du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo. Le directeur aurait alors exigé une confirmation directe de cette autorité, faute de quoi il refuserait de laisser partir les élèves.

Des élèves et écoliers mobilisés lors d’une journée dédiée aux Imbonerakure, le 31 août 2024 à Bujumbura. À Makamba, certains élèves ont également été retirés de nuit de leur internat pour participer à des activités politiques du CNDD-FDD. © SOS Médias Burundi
Pressions policières et feu vert sous contrainte
Selon les mêmes sources, l’enseignant serait ensuite revenu accompagné de Léonard Ndamiye, un agent du commissariat de police de la commune Makamba, présenté comme actif dans la mobilisation de la jeunesse du parti au pouvoir. Ce dernier aurait sommé le directeur de ne pas « bloquer les activités de l’État ».
Sous pression, le directeur aurait fini par céder, non sans exiger une lettre écrite engageant la responsabilité des organisateurs. Les élèves auraient alors été embarqués de nuit dans des véhicules en direction de Gitega pour participer aux activités du CNDD-FDD.
Colère des parents et inquiétudes pour les filles
Si certains élèves reconnaissent que ces déplacements existent depuis longtemps, parents et élèves dénoncent unanimement le caractère nocturne et forcé de cette mobilisation. Beaucoup s’indignent que des enfants soient retirés de l’école à l’insu de leurs familles, alors qu’ils étaient supposés être en sécurité à l’internat.
Les inquiétudes sont particulièrement vives concernant les élèves filles, souvent majoritaires dans ces déplacements nocturnes, sans encadrement féminin adulte. Parents et élèves s’interrogent : en cas d’abus, d’accident ou de grossesse, qui en porterait la responsabilité ?
Une politisation dénoncée de longue date
À Makamba, cette affaire soulève de sérieuses questions sur la protection des élèves, le respect du cadre scolaire, d’autant plus dans une école sous convention religieuse, et la place des activités politiques dans les établissements d’enseignement, dans la province de Burunga, frontalière de la Tanzanie, au sud du Burundi.
Depuis l’arrivée au pouvoir de l’ancienne rébellion hutu en 2005, à la suite de l’Accord d’Arusha d’août 2000, syndicats et acteurs de l’éducation dénoncent régulièrement la politisation du milieu scolaire, qu’ils jugent dangereuse pour l’avenir de la jeunesse burundaise.
____________________________________________
Photo : Des filles et garçons se produisent dans un stade en marge de l’événement Nkurunziza Cup à Makamba, le 29 juin 2024 © SOS Médias Burundi
You might also like
Ngozi : le CNDD-FDD veut faire le ménage dans ses rangs
Après l’emprisonnement de l’ancien administrateur de la commune de Kiremba Pascal Sebigo, la représentante de la ligue des femmes du CNDD-FDD en commune de Ngozi l’a rejoint à la prison
Bujumbura : L’OLUCOME appelle les Nations Unies à la vigilance sur le processus électoral de 2020
Dans une correspondance adressée au secrétaire général des Nations-Unies, l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques lui demande d’exiger des élections démocratiques et transparentes afin d’alléger la
Burundi : Ndayishimiye défend la victoire du CNDD-FDD et enjoint les opposants à prouver les fraudes
SOS Médias Burundi Alors que les résultats des élections du 5 juin continuent de susciter de vives contestations, le président Évariste Ndayishimiye est monté au créneau pour défendre la victoire
