Burundi–RDC : après le retrait du M23, les autorités du Sud-Kivu regagnent Uvira via Gatumba–Kavimvira

Burundi–RDC : après le retrait du M23, les autorités du Sud-Kivu regagnent Uvira via Gatumba–Kavimvira

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 23 janvier 2026 — Une délégation d’autorités de la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), conduite par le maire de la ville d’Uvira, est rentrée ce jeudi 23 janvier 2026 à Uvira en provenance de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, en passant par la frontière burundo-congolaise de Gatumba–Kavimvira. Bujumbura est située à seulement quelques kilomètres d’Uvira, de l’autre côté de la rivière Ruzizi, ce qui confère à cet axe frontalier une importance stratégique majeure.

Depuis la prise de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, il y a près d’une année, une grande partie des officiels congolais de la province résident à Bujumbura. L’administration provinciale s’était alors repliée à Uvira, devenue le siège provisoire de l’administration centrale du Sud-Kivu. Après la chute d’Uvira aux mains des rebelles du M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025, les quelques fonctionnaires encore présents dans la ville ont à leur tour fui vers le Burundi, faisant de Bujumbura un centre administratif de repli pour les autorités sud-kivutiennes.

La frontière burundo-congolaise de Gatumba reste fermée depuis le 10 décembre 2025, après la chute d’Uvira face aux rebelles du M23, perturbant le passage des personnes et des marchandises. ©SOS Médias Burundi
La frontière burundo-congolaise de Gatumba reste fermée depuis le 10 décembre 2025, après la chute d’Uvira face aux rebelles du M23, perturbant le passage des personnes et des marchandises. ©SOS Médias Burundi

Kavimvira était passée sous le contrôle des rebelles du M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025, après la déroute des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de leurs alliés, notamment les milices locales Wazalendo soutenues par Kinshasa, ainsi que des troupes burundaises engagées aux côtés du gouvernement congolais. Après plusieurs semaines d’occupation, les rebelles se sont retirés définitivement le week-end dernier, ouvrant la voie à un retour progressif des autorités congolaises à Uvira, dans un climat sécuritaire encore fragile.

Une crise humanitaire aux portes du Burundi

La reprise des combats en décembre 2025 dans la plaine de la Rusizi a provoqué un afflux massif de populations congolaises vers le Burundi. Des dizaines de milliers de réfugiés ont traversé la frontière et ont été accueillis dans différents centres de transit avant d’être transférés vers le camp de Busuma, en commune Ruyigi, dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi.

Des réfugiés congolais, dont de nombreux enfants et femmes, reçus dans des conditions extrêmement précaires dans un site situé dans la ville portuaire de Rumonge, décembre 2025 ©SOS Médias Burundi
Des réfugiés congolais, dont de nombreux enfants et femmes, reçus dans des conditions extrêmement précaires dans un site situé dans la ville portuaire de Rumonge, décembre 2025 ©SOS Médias Burundi

À Cishemere, non loin de la frontière avec la RDC, dans la région de Cibitoke, comme dans d’autres sites d’accueil, les réfugiés vivent dans des conditions extrêmement précaires, marquées par le manque de nourriture, d’abris et de soins de santé, ainsi que par des problèmes d’hygiène ayant favorisé l’apparition de maladies hydriques, dont le choléra.

Uvira, poumon économique du Burundi

Uvira est considérée comme le poumon économique du Burundi. De nombreux habitants de Bujumbura, où sont concentrées les agences des Nations unies et l’administration centrale, dépendent de cette ville congolaise pour leur approvisionnement, notamment en carburant. Le Burundi traverse en effet une crise chronique du carburant depuis plus de cinq ans, obligeant commerçants et particuliers à se ravitailler à Uvira.

La fermeture de la frontière de Gatumba, consécutive à l’occupation d’Uvira par le M23, a ainsi fortement perturbé les échanges économiques et la vie quotidienne des populations des deux pays. Selon des sources proches du gouvernement congolais, la frontière entre le Burundi et la RDC, fermée depuis le 10 décembre 2025, devrait être rouverte avant la fin du mois de janvier, une perspective vivement attendue par les acteurs économiques et les populations riveraines.

Violences ciblées après le retrait du M23

Malgré le retrait des rebelles, la situation sécuritaire demeure préoccupante. Plusieurs actes de violence, allant de la destruction d’habitations à des assassinats ciblés, ont été signalés après le départ du M23. Ces attaques ont principalement visé des membres de la communauté Banyamulenge, une minorité du Sud-Kivu souvent assimilée aux Rwandais, dans un contexte de fortes tensions communautaires.

Un conflit profondément enraciné dans une dynamique régionale

Ces développements s’inscrivent dans un contexte régional extrêmement tendu. Réactivé fin 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais, est intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI).

Le mouvement contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord- et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux provinces, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements mondiaux de coltan, fournissant une part significative du tantale utilisé dans l’industrie électronique et les nouvelles technologies.

Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi, le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025, dont environ 10 000 seraient encore présents sur le terrain, combattant aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo contre le M23.

Un homme constate les dégâts après la destruction de maisons et habitations appartenant à des membres de la communauté Banyamulenge à Uvira, le 18 janvier 2026. ©SOS Médias Burundi

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda rejette ces accusations et affirme que la RDC et le Burundi apportent un appui aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Malgré la signature de l’accord de Washington le 4 décembre 2025, sous médiation américaine — auquel le Burundi a participé en tant qu’observateur — les combats se poursuivent sur le terrain. En dépit des démentis répétés de Kigali, un rapport des experts des Nations unies, qualifiés « d’imposteurs » par les autorités rwandaises, fait état de la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles de l’AFC/M23.

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Photo : Jean-Jacques Purusi, gouverneur du Sud-Kivu, réfugié à Bujumbura depuis l’offensive du M23, lors d’une visite au camp de réfugiés congolais de Busuma, à l’est du Burundi, où des dizaines de milliers de déplacés vivent dans des conditions précaires. ©SOS Médias Burundi

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