Uvira sous tension : grève générale, violences et rejet du Général Gasita dans une ville stratégique au bord de l’explosion

Uvira sous tension : grève générale, violences et rejet du Général Gasita dans une ville stratégique au bord de l’explosion

SOS Médias Burundi

Bukavu, 7 septembre 2025-Depuis une semaine, la ville d’Uvira, dans l’est de la République Démocratique du Congo, vit au rythme d’une grève générale paralysante et de tensions explosives. Au cœur de la contestation : le rejet du Général de Brigade Olivier Gasita, récemment nommé chargé des opérations et renseignements au sein de la 33ᵉ région militaire. La colère gronde, attisée par des accusations d’ordre ethnique, des revendications politiques et un climat sécuritaire régional de plus en plus instable.

À l’origine de cette mobilisation, le mouvement Wazalendo – une coalition de milices locales soutenues par Kinshasa – épaulé par certaines organisations de la société civile. Les manifestants refusent catégoriquement la présence du Général Gasita, qu’ils accusent :

D’appartenir à la communauté Banyamulenge, une minorité tutsie souvent assimilée aux populations rwandophones ;

D’avoir joué un rôle dans la chute de Bukavu, tombée au début de l’année entre les mains du M23, une rébellion tutsie soupçonnée d’être soutenue par le Rwanda – ce que Kigali dément catégoriquement.

Depuis sa résurgence fin 2021, le M23 a conquis plusieurs chefs-lieux et zones stratégiques riches en minerais dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, au grand dam de Kinshasa et de ses alliés régionaux.

Uvira à l’arrêt : paralysie économique et tensions ethniques

Depuis le 2 septembre, écoles, banques, marchés, commerces et transports sont fermés à Uvira. La ville est à l’arrêt total.

« On nous a condamnés à la faim. J’avais l’habitude de vendre des oranges et des avocats en provenance du Burundi, mais cela fait maintenant une semaine que nous sommes enfermés à la maison », se désole une habitante.

La nuit, la ville plonge dans l’angoisse. Tirs nourris, explosions, violences ciblées : un enfant de cinq ans a trouvé la mort dans une explosion dans la nuit de vendredi à samedi. Parallèlement, les manifestations ont pris une tournure ethnique alarmante. La communauté Banyamulenge est de plus en plus visée.

Dans un communiqué, la Mutualité des Banyamulenge dénonce des actes de discrimination, de violence physique et d’intimidation :

Femmes et jeunes filles battues dans Kabindula ;

Refus d’accès à l’eau potable, certains manifestants déclarant : « Allez puiser au Rwanda » ;

Enlèvement d’un soldat FARDC et d’un policier, tous deux Banyamulenge.

FARDC, Burundi et jeu d’alliances régionales

Face à la pression, les FARDC réaffirment leur soutien total au Général Gasita. Le Général-Major Sylvain Ekenge, porte-parole de l’armée congolaise, a fermement rejeté les revendications des manifestants :

« Les Wazalendo n’ont aucune instruction à donner au sein des Forces Armées de la RDC. Il y a des vrais Wazalendo et des faux ; j’en appelle aux vrais à ne pas tomber dans le piège de l’ennemi », a-t-il déclaré.

Le Général Gasita est actuellement retranché dans un hôtel d’Uvira, sous protection conjointe des FARDC et de militaires burundais. Le Burundi, voisin immédiat, a déployé environ 10.000 soldats sur le sol congolais pour soutenir les FARDC et leurs alliés dans la guerre contre le M23.

Uvira, une ville stratégique sous haute tension

Située à quelques kilomètres seulement de Bujumbura, capitale économique du Burundi, Uvira est aujourd’hui un point névralgique de l’Est congolais. Elle accueille désormais le chef-lieu du Sud-Kivu, après la chute de Bukavu, et de nombreux officiels congolais s’y sont repliés.

Lire aussi :

Elle reste également l’un des poumons économiques du Burundi. Face à une crise de carburant qui persiste depuis 57 mois, les habitants de Bujumbura dépendent fortement de l’approvisionnement en carburant venu d’Uvira.

Un climat de terreur dans les rangs des forces de sécurité

La méfiance et la haine sur le terrain se traduisent aussi par des violences extrêmes contre les représentants de l’État. Ces dernières années, des officiers de l’armée et de la police congolaises, ainsi que des agents des douanes, ont été tués ou chassés de leurs zones d’affectation.

Deux incidents particulièrement macabres ont marqué les esprits : un capitaine et un major des FARDC ont été tués, brûlés vifs, et même cannibalisés par des miliciens dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu.

Tshisekedi appelle au discernement, mais le terrain reste hostile

Le président Félix Tshisekedi a à plusieurs reprises tenté d’apaiser les tensions, déclarant que les Rwandais ne sont pas les ennemis des Congolais, mais que le véritable problème réside dans le régime de Paul Kagame. Pourtant, ces appels au discernement ne suffisent pas à contenir la haine et la polarisation grandissante sur le terrain.

Une poudrière régionale

La situation à Uvira illustre une nouvelle fois la fragilité extrême de l’est de la RDC. Entre tensions communautaires, luttes d’influence régionales, guerre contre le M23, et effondrement administratif à Bukavu, Uvira devient un baromètre du chaos congolais, au moment même où la région a besoin de stabilité.

_________________________________________________

Photo : une route déserte dans la ville d’Uvira, au Sud-Kivu. Depuis plus d’une semaine, la ville est totalement paralysée par une grève générale et des manifestations contre la présence du Général Olivier Gasita. © DR

Previous Meheba (Zambie) : délivrance des documents de l’état civil pour les réfugiés
Next Burunga : un pêcheur tué par un hippopotame sur les rives du lac Tanganyika

You might also like

Sécurité

Goma : l’armée congolaise craint toujours une attaque sur Goma

Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) se disent déterminées à faire face aux rebelles du M23 de nouveau, dont l’objectif est de lancer un assaut contre

Sécurité

Buyengero : un jeune homme tué

Polycarpe Iranyibuka, la vingtaine a été tué hier soir. Il est mort après être évacué vers une structure de soins suite à des blessures par balles. Le jeune homme et

Sécurité

RDC : les autorités du pays renvoient le porte-parole de la Monusco

Matthias Gillmann, porte-parole de la Monusco (Mission de l’organisation des Nations-Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo) est indésirable sur le sol congolais. La mesure a été annoncée