RDC : le rejet du général Gasita met en lumière le climat anti‑Tutsi dans l’Est
SOS Médias Burundi
Bukavu, 2 septembre 2025- La contestation autour de la nomination du général Olivier Gasita à Uvira révèle, une fois de plus, la résurgence inquiétante des tensions ethniques dans l’est de la République démocratique du Congo. Rejeté par les milices Wazalendo, accusé d’être Tutsi, ce haut gradé de l’armée congolaise se retrouve au centre d’une hostilité nourrie par des discours de haine et des soupçons d’alliances troubles.
Son arrivée à la tête de la 33ᵉ région militaire, dans une zone stratégique du Sud‑Kivu, a provoqué des blocages sur les axes menant à la frontière burundaise. Les Wazalendo, milices locales soutenues par Kinshasa, accusent le général d’être lié au Rwanda et d’avoir contribué à la chute de Bukavu aux mains du M23, un groupe rebelle tutsi qui contrôle aujourd’hui plusieurs chefs-lieux dans l’est du pays.
Protégé par une escorte conjointe des FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) et de la FDNB (Force de Défense nationale du Burundi), le général Gasita se retrouve au cœur d’une controverse qui illustre la montée du rejet ethnique au sein des forces armées congolaises, alors que la haine anti‑Tutsi prend une tournure de plus en plus violente dans les Kivus.
Barricades et refus catégorique
Depuis sa prise de fonction le 1ᵉʳ septembre comme commandant adjoint de la 33ᵉ région militaire à Uvira, le général Gasita fait face à une contestation ouverte. Des membres des milices Wazalendo, soutenus par une partie de la population, ont érigé des barricades sur l’axe stratégique Mulongwe–Kavimvira, bloquant temporairement l’accès à la frontière burundaise.
Ces groupes armés, entretenus par les autorités de Kinshasa, reprochent à l’officier son appartenance à la communauté Banyamulenge, une minorité tutsie congolaise régulièrement stigmatisée dans les conflits régionaux. Ils l’accusent également d’avoir « facilité » la chute de Bukavu aux mains du M23 plus tôt cette année.
Un passif lourd et des accusations persistantes
Ancien chef des opérations et du renseignement militaire dans le Sud‑Kivu et le Maniema, le général Gasita est loin de faire l’unanimité, même au sein de la communauté Banyamulenge. Certains l’accusent d’avoir joué un rôle dans la mort du colonel Michel Makanika, tué par drone en février 2025. Makanika était chef rebelle du groupe armé Twirwaneho, désormais allié du M23 et composé principalement de membres de cette communauté.
En février 2025, Gasita avait échappé à une tentative d’assassinat par des miliciens Wazalendo dans la plaine de la Rusizi. Il avait dû fuir et se réfugier temporairement au Burundi avant d’être rappelé à Kisangani, puis à Kinshasa.
Escorté par la FDNB et les FARDC
Selon des sources locales, le général est arrivé à Uvira escorté par des soldats burundais de la FDNB ainsi que par des éléments des FARDC, signe que Kinshasa prend très au sérieux les menaces qui pèsent sur sa sécurité. Malgré cette protection, la contestation persiste. Les Wazalendo l’accusent d’être un « infiltré tutsi » au service d’intérêts étrangers — une rhétorique désormais courante dans l’Est.
Un climat empoisonné par les discours de haine
Depuis la résurgence du M23 fin 2021, les tensions ethniques dans l’Est se sont accentuées. Les discours de haine et sentiments anti‑Tutsi se sont multipliés. Des membres des forces de sécurité supposés tutsis, Banyamulenge ou Hema, ont été pris pour cibles. Dans certains cas extrêmes, des officiers FARDC — un capitaine et un major — ont été tués, brûlés ou même cannibalisés par des miliciens dans les provinces du Sud‑Kivu et du Nord‑Kivu.
Le président Félix Tshisekedi a à plusieurs reprises appelé à ne pas généraliser, affirmant que les Rwandais ne sont pas les ennemis des Congolais, mais plutôt le régime de Paul Kagame. Malgré tout, ces appels à l’apaisement peinent à freiner la haine sur le terrain.
Guerre ouverte contre le M23
Les milices Wazalendo, soutenues par Kinshasa, collaborent avec les FARDC et la FDNB dans la guerre contre le M23, un mouvement rebelle tutsi accusé par les autorités de bénéficier du soutien du Rwanda — une accusation que Kigali rejette systématiquement.
Depuis le début de l’année, le M23 contrôle les chefs‑lieux des deux Kivus, ainsi que plusieurs zones stratégiques riches en minerais, accentuant la défiance envers les officiers issus des communautés perçues comme proches de ce mouvement.
Uvira, ville stratégique dans un climat explosif
L’affaire Gasita à Uvira n’est donc pas un simple épisode militaire. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de rejet ethnique, d’instrumentalisation identitaire et d’un conflit régional aux ramifications profondes. Dans ce contexte, la frontière entre armée nationale, groupes armés et politique sécuritaire devient de plus en plus floue.
Uvira prend une importance stratégique grandissante. Située à quelques kilomètres de la ville commerciale burundaise de Bujumbura, elle est devenue un lieu de refuge pour plusieurs officiels congolais après la chute de Bukavu, ce qui accentue encore les tensions dans cette ville frontalière au cœur des poids et enjeux régionaux.
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Photo : le général Olivier Gasita, commandant en second de la 33e région militaire des FARDC, confronté au refus des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa. © Actualité CD
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