« Armez les FARDC ! » : Uvira paralysée par une journée de colère contre la dégradation sécuritaire

« Armez les FARDC ! » : Uvira paralysée par une journée de colère contre la dégradation sécuritaire

SOS Médias Burundi

Uvira, 5 août 2026 – La ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, a largement observé ce mercredi une journée dite de « ville morte » à l’appel de la Coordination provinciale de la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC). Les organisateurs entendaient interpeller les autorités congolaises sur la détérioration de la situation sécuritaire dans les moyens et hauts plateaux des territoires d’Uvira et de Fizi, tout en réclamant des équipements militaires modernes pour les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés Wazalendo.

À Uvira, ville stratégique située à quelques kilomètres seulement de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où sont implantées plusieurs agences des Nations unies ainsi qu’une grande partie de l’administration centrale burundaise, cette mobilisation revêt une portée particulière. La cité, brièvement occupée par les rebelles entre décembre 2025 et janvier 2026 avant leur retrait sous l’effet de pressions internationales, notamment américaines, demeure au cœur des préoccupations sécuritaires dans la région des Grands Lacs.

De Kavimvira à Kalundu, la circulation est restée quasiment inexistante. Motos et véhicules sont restés à l’arrêt, tandis que les marchés, boutiques et dépôts sont demeurés fermés, illustrant une forte mobilisation de la population.

Selon le coordinateur provincial de la NSCC au Sud-Kivu, Mafikiri Mashimango, cette action poursuivait trois principaux objectifs : exiger du gouvernement central qu’il dote, dans les plus brefs délais, les FARDC et les Wazalendo d’équipements modernes afin de faire face à la détérioration de la situation sécuritaire dans les territoires d’Uvira et de Fizi ; dénoncer ce que la NSCC qualifie de silence et d’inaction de la communauté internationale face à la poursuite de l’agression attribuée au Rwanda ; et mettre en garde tout militaire des FARDC ou tout combattant des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP/Wazalendo) qui collaborerait avec l’ennemi.

Des membres présumés des FDLR et des militaires des FARDC arrêtés par les rebelles du M23 à Goma et présentés à la presse locale le 10 mai 2025. La société civile du Sud-Kivu réclame des équipements modernes pour les forces gouvernementales et leurs alliés Wazalendo. © SOS Médias Burundi

Des réactions contrastées

Cette initiative suscite toutefois des réactions partagées. Certains analystes estiment que les difficultés rencontrées sur le terrain ne s’expliquent pas uniquement par un déficit d’équipements militaires, mais également par un manque de combativité de certaines unités. Ils rappellent que des matériels militaires ont été abandonnés lors de précédents affrontements, notamment au Point Zéro, une localité et position militaire stratégique située dans le territoire de Fizi, au cœur du massif d’Itombwe, dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, en juin 2026, ainsi qu’à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, lors de la chute de la ville aux mains des rebelles en janvier 2025.

À Uvira, la population continue d’exprimer son inquiétude face à la montée de l’insécurité. Plusieurs habitants dénoncent la prolifération d’armes parmi les civils ainsi que la recrudescence des actes de violence. Selon des témoignages recueillis sur place, deux personnes ont été tuées la veille de cette journée de mobilisation. Au cours du dernier mois, une dizaine de personnes auraient perdu la vie et plus de vingt autres auraient été blessées dans différents incidents sécuritaires.

Certains observateurs prêtent également à cette mobilisation des motivations politiques, estimant qu’elle pourrait contribuer à accroître la visibilité de certains acteurs de la société civile à l’approche des prochaines échéances électorales. Les organisateurs rejettent cette interprétation et assurent que leur démarche répond exclusivement aux préoccupations sécuritaires de la population.

Un conflit de plus en plus régional

Cette journée de mobilisation intervient alors que les combats se poursuivent depuis plusieurs mois dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu. Les FARDC, appuyées par les milices Wazalendo, la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et d’autres groupes alliés de Kinshasa, ont perdu plusieurs bastions face aux rebelles du groupe armé Twirwaneho, composé majoritairement de combattants issus de la communauté Banyamulenge.

Twirwaneho est allié au M23, affilié à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Ces dernières années, cette coalition politico-militaire a installé une administration parallèle dans plusieurs zones des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et continue de plaider en faveur d’un État fédéral en République démocratique du Congo.

Les autorités congolaises et burundaises accusent le Rwanda de soutenir les rebelles, ce que Kigali dément. Les autorités rwandaises reprochent, de leur côté, à Kinshasa et à Gitega de soutenir les FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994.

Des experts des Nations unies avaient estimé l’année dernière que 5 000 à 7 000 militaires rwandais combattaient aux côtés des rebelles, une conclusion rejetée par Kigali. Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi, l’armée burundaise a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025.

La crise dans l’est de la RDC continue ainsi de prendre une dimension de plus en plus régionale. Aux portes du Burundi, la situation à Uvira est désormais suivie de près par les autorités de plusieurs pays voisins, tant une nouvelle dégradation sécuritaire dans cette ville stratégique pourrait avoir des répercussions directes sur l’ensemble de la région des Grands Lacs d’Afrique.

________________________________________________

Photo : Une rue déserte et des commerces fermés lors de la journée « ville morte » observée à Uvira, dans le Sud-Kivu. Crédit photo : Mafikiri Mashimango.

Previous Burundi : une famille décimée par une grenade à Karusi, deux morts et trois blessés graves
Next « On nous fait payer deux fois » : la colère monte à Muyinga contre les contributions pour le siège de Buhumuza

You might also like

RDC

RDC (Kinshasa) : le Dr Sebitetereko est enfin libre

Lazare Sebitetereko a été libéré dans le cadre d’une initiative des autorités congolaises visant à réduire la surpopulation carcérale. Le dimanche 22 septembre et ce lundi, 1685 prisonniers ont été

RDC

RDC–Sud-Kivu : sous pression américaine, l’AFC/M23 annonce un retrait conditionnel d’Uvira

SOS Médias Burundi Bujumbura, 16 décembre 2025 – Moins d’une semaine après la chute d’Uvira aux mains du M23, l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23) annonce un retrait unilatéral mais sous conditions

Réfugiés

Burundi–RDC : la frontière Gatumba–Kavimvira reste fermée, l’espoir s’effondre

SOS Médias Burundi Bujumbura, 2 février 2026 – Les espoirs de nombreux Congolais et Burundais, qui attendaient la réouverture du poste frontalier de Gatumba–Kavimvira, ont été brutalement douchés. Les autorités