Guerre cachée au Congo : des dizaines de militaires burundais blessés, des corps rapatriés en secret à Rumonge

Guerre cachée au Congo : des dizaines de militaires burundais blessés, des corps rapatriés en secret à Rumonge

SOS Médias Burundi

Rumonge, 28 février 2026 – Le port de pêche de la ville portuaire de Rumonge, située en province de Burunga dans le sud de la petite nation de l’Afrique de l’Est, est devenu depuis plusieurs jours un point discret de transit de blessés graves et de dépouilles de militaires burundais en provenance de l’est de la République démocratique du Congo.

Selon des sources locales et militaires, des embarcations en provenance du Sud-Kivu accostent régulièrement à la position de la marine burundaise. À bord : des soldats grièvement atteints et des corps sans vie.

À l’hôpital militaire de Kamenge, dans le nord de la capitale économique Bujumbura, plusieurs dizaines de militaires blessés ont été admis ces derniers jours, selon des sources concordantes. Ces soldats ont été évacués depuis les zones de combats intenses autour de Minembwe, Fizi et Mwenga, où les affrontements se sont brutalement intensifiés.

Des habitants proches du port affirment avoir vu, jeudi, un bateau transportant plusieurs corps sans vie. Peu après l’accostage, des ambulances militaires sont intervenues pour évacuer les dépouilles sous haute discrétion.

Des militaires burundais et congolais assurent la sécurité d’un convoi d’officiels congolais dans la ville d’Uvira, en province du Sud-Kivu, à l’est de la RDC. Cette présence conjointe illustre la coopération sécuritaire entre Kinshasa et Gitega dans un contexte de tensions persistantes et d’opérations militaires dans la région. © SOS Médias Burundi

Des militaires burundais et congolais assurent la sécurité d’un convoi d’officiels congolais dans la ville d’Uvira, province du Sud-Kivu, à l’est de la RDC. © SOS Médias Burundi

Des pertes lourdes sur le front de Minembwe

Sur le terrain, les combats opposent le M23 aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), soutenues par les milices Wazalendo et par des unités de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB).

Dans la région de Minembwe, les affrontements impliquent également Twirwaneho, allié stratégique du M23. Des témoins rapportent que plusieurs militaires burundais ont été tués lors d’attaques de drones visant leurs positions à Ilundu, Kalongi, Bichumbi et au « point zéro ». D’autres auraient été frappés à Mulima et Nyaluhinga.

Les blessés sont transportés par hélicoptère, motos et véhicules vers les hôpitaux de Fizi, Baraka et Bujumbura, désormais débordés, selon des sources médicales.

Des jeunes rebelles du M23 sur le front dans l’est de la RDC, illustrant l’intensité du conflit. © SOS Médias Burundi

Un engagement massif et controversé

D’après un rapport interne congolais consulté par SOS Médias Burundi en décembre 2025, l’armée burundaise a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est congolais entre août 2022 et décembre 2025. Après les revers subis face aux offensives du M23, un retrait massif avait été amorcé. Quelques semaines plus tard, un redéploiement partiel a été opéré, relançant l’engagement burundais dans un conflit de plus en plus régionalisé.

Lors d’une rencontre avec les Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti présidentiel, le président Évariste Ndayishimiye avait publiquement salué la bravoure des soldats burundais, affirmant que « sans eux, les Rwandais auraient déjà envahi le Congo ».

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23. Le Rwanda, de son côté, dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Le M23 est aujourd’hui affilié à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise, CENI. La coalition contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont la zone minière de Rubaya, l’un des plus grands gisements mondiaux de coltan, fournissant une part significative du tantale mondial utilisé dans l’industrie électronique et les nouvelles technologies.

Le 24 février, le très médiatisé colonel Willy Ngoma, porte-parole militaire du M23, a péri dans des affrontements, a déclaré le chef du département de la communication au sein de l’AFC, Lawrence Kanyuka, dans un communiqué partagé avec SOS Médias Burundi ce samedi.

Malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025 entre Kigali et Kinshasa, les hostilités se poursuivent. Officiellement silencieuses sur les pertes, les autorités burundaises n’ont, à ce jour, fourni aucun bilan des soldats tombés au front.

Sur le terrain, la guerre continue de faire des morts — et Rumonge en reçoit désormais les preuves.

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Photo : Des militaires -FARDC en pleine opération dans l’est de la RDC. © SOS Médias Burundi

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