Est de la RDC : une nouvelle escalade militaire secoue la région d’Uvira
SOS Médias Burundi
Uvira, 26 décembre 2025 – Un drone des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), en provenance de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, a mené ce vendredi une opération militaire au port public de Kalundu, dans la ville d’Uvira, province du Sud-Kivu. L’appareil a frappé à deux reprises des cibles attribuées aux rebelles de l’AFC/M23 sur les eaux du lac Tanganyika.
Selon des sources locales, les frappes sont intervenues aux environs de 7 heures du matin. Le drone aurait visé des vedettes appartenant aux rebelles, stationnées dans la zone portuaire de Kalundu.
« Ce matin, un drone a attaqué à deux reprises des vedettes qui se trouvaient au port de Kalundu. Nous avons vu de la fumée s’élever au-dessus du lac », témoigne un habitant de la place.
Plus tard dans la matinée, aux alentours de 11 heures, de nombreux coups de feu ont été entendus dans plusieurs zones périphériques d’Uvira, notamment à Katongo, Kigongo ainsi que dans les montagnes de Kakuba. Des tirs nourris d’armes lourdes et légères ont plongé la population dans la peur et la panique.
Face à cette dégradation de la situation sécuritaire, plusieurs habitants ont fermé leurs magasins et boutiques, en particulier dans le sud de la ville d’Uvira. Certaines activités commerciales se sont toutefois poursuivies, malgré les risques encourus.
Vers 14h30, un avion militaire des FARDC aurait été bombardé alors qu’il survolait les eaux du lac Tanganyika, à hauteur de Katongo, dans le territoire d’Uvira. L’appareil, en provenance de Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika, revenait d’une mission de bombardement contre des positions du M23 à Kiliba et Rutemba, sans avoir causé de dégâts significatifs, selon des sources locales.
Les mêmes sources indiquent que le pilote et son copilote, de nationalité russe, sont morts sur le coup. Aucune communication officielle des autorités congolaises n’a, à ce stade, confirmé le bilan de cet incident.
Un contexte sécuritaire toujours tendu
Cette nouvelle escalade intervient au lendemain du retrait des rebelles de l’AFC/M23 de la cité de Makobola. Le jeudi 25 décembre 2025, les FARDC, appuyées par les miliciens Wazalendo, ont repris le contrôle de cette entité située entre les territoires d’Uvira et de Fizi, après le retrait des rebelles.
Makobola avait été occupée par les combattants du M23 à la suite de récentes offensives militaires, lesquelles avaient également conduit à la prise temporaire de la ville d’Uvira.
Bien que les rebelles aient officiellement annoncé leur retrait de la ville depuis le 16 décembre 2025, plusieurs sources locales affirment que des éléments affiliés à l’AFC/M23 resteraient présents dans certains points stratégiques d’Uvira, où ils se feraient passer pour des agents de sécurité.
La ville d’Uvira est située à quelques kilomètres seulement de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où sont concentrées les agences des Nations unies et une partie de l’administration centrale. Elle était tombée aux mains des rebelles dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025, avant que ces derniers n’annoncent un retrait sous conditions.
Selon des sources locales, ces éléments assureraient actuellement la surveillance de la frontière terrestre entre le Burundi et la RDC, pourtant officiellement fermée par les autorités burundaises.
Un conflit régional aux ramifications multiples
Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle plusieurs localités stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris leurs chefs-lieux respectifs, Goma et Bukavu, ainsi que d’importantes zones minières.
Parmi elles figure la stratégique zone de Rubaya, située dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Ce site est l’un des plus grands gisements mondiaux de coltan et fournit une part significative du tantale mondial, un minerai essentiel à l’industrie électronique et aux nouvelles technologies.
Le mouvement est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.
Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994.
Le Burundi, pour sa part, a déployé plus de 10 000 soldats en RDC depuis mars 2023 afin de soutenir les FARDC et les milices locales Wazalendo, contribuant à la complexité d’un conflit régional déjà explosif. Les hostilités se poursuivent malgré les accords de Washington signés entre la RDC et le Rwanda le 4 décembre 2025, le Burundi y ayant participé en tant qu’observateur, représenté par son président Évariste Ndayishimiye.
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Photo : Un check-point des casques bleus de la Monusco à Uvira, dans le Sud-Kivu, une zone minée par la présence de milices soutenues par Kinshasa et d’hommes armés, identifiés ou non. © SOS Médias Burundi
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