Burundi : plus de 400 personnes tuées en 2025, les Imbonerakure et les forces de sécurité pointés du doigt par la Ligue Iteka
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 26 janvier 2026 – Plus de 400 personnes ont été tuées au Burundi en 2025 dans un contexte de violations massives des droits humains, selon le rapport annuel de la Ligue Iteka. L’organisation de défense des droits humains pointe du doigt la ligue des jeunes du parti présidentiel, le CNDD-FDD, ainsi que des membres des forces de sécurité et du Service national des renseignements (SNR), comme principaux auteurs présumés de ces exactions.
Un bilan humain alarmant
Dans son rapport couvrant l’année 2025, la Ligue Iteka indique avoir documenté 662 incidents de violations des droits humains ayant fait 892 victimes sur l’ensemble du territoire national. Parmi celles-ci, 402 personnes ont été tuées, 156 ont subi des violences basées sur le genre, dont 104 violences sexuelles, 53 personnes ont été torturées, 55 enlevées ou portées disparues, et 217 victimes d’arrestations et de détentions arbitraires. Neuf autres cas ont été classés dans une catégorie diverse comprenant notamment des coups et blessures ainsi que des suicides.
L’organisation relève également la persistance du phénomène de découverte de corps sans vie : 233 cadavres ont été retrouvés au cours de l’année 2025.
Les Imbonerakure et les forces étatiques mis en cause
Selon la Ligue Iteka, les jeunes Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti présidentiel CNDD-FDD, figurent parmi les principaux auteurs présumés des violations recensées. Le rapport leur attribue 110 cas, devant les policiers impliqués dans 83 cas, les agents du SNR dans 31 cas et les militaires dans 11 cas.

Par ailleurs, 73 cas sont liés à des règlements de comptes impliquant des personnes non identifiées. D’autres violations sont attribuées à des citoyens ordinaires, dont des commerçants (132 cas), à des administratifs (19 cas), à des infanticides (18 cas), à des empoisonnements (deux cas) et à des actes de justice populaire (cinq cas).
Des acteurs politiques également touchés
Bien que l’appartenance politique de la majorité des victimes soit inconnue, les partis politiques n’ont pas été épargnés. La Ligue Iteka indique que 44 membres du CNDD-FDD, 35 militants du CNL, principal parti d’opposition, un membre du MSD et 10 membres de l’UPRONA figurent parmi les victimes recensées.
Bujumbura, Gitega et Burunga en tête
Sur le plan géographique, la province de Bujumbura, à l’ouest du pays et incluant la capitale économique, arrive en tête des violations des droits humains, suivie par Gitega, au centre du pays, qui abrite la capitale politique, et Burunga, dans le sud, selon la Ligue Iteka.
Réaction officielle absente
Sollicité pour réagir à ces accusations, un porte-parole du gouvernement burundais n’était pas disponible au moment de la publication de cet article.
Une organisation en exil et contestée par les autorités
La Ligue Iteka figure parmi les organisations de défense des droits humains qui travaillent depuis l’exil depuis le coup d’État manqué de mai 2015. Elle est classée par les autorités burundaises sur la liste des organisations et institutions accusées de produire des rapports « ternissant l’image du pays, de ses dirigeants et de ses institutions ».
Le 3 janvier 2017, le gouvernement burundais avait annoncé sa décision de radier définitivement la Ligue Iteka de la liste des ONG autorisées à travailler au Burundi, une mesure rétroactive au 21 décembre 2016. Selon les autorités burundaises, cette organisation, membre de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), aurait « terni l’image du pays et cherché à diviser la communauté burundaise ».
Une source toujours utilisée par les partenaires du Burundi
Malgré cette interdiction, les rapports de la Ligue Iteka continuent d’être largement utilisés par les partenaires de la petite nation de l’Afrique de l’Est, notamment pour exiger des comptes aux autorités burundaises ou justifier des sanctions ciblées contre certains officiels.
Dans ses recommandations, la Ligue Iteka appelle le gouvernement burundais à garantir le respect des droits fondamentaux, notamment le droit à la vie, à l’intégrité physique et à la liberté, et à mettre fin à l’impunité des auteurs de violations des droits humains.
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Photo : des Imbonerakure, agents du Service national des renseignements (SNR) et policiers tentent de forcer la porte d’une maison appartenant à un opposant suspecté de détenir des armes illégalement, dans le nord de la ville commerciale Bujumbura. ©Jean Pierre Aimé Harerimana / SOS Médias Burundi
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