Bujumbura : trois journalistes arrêtés en pleine visite de la Commissaire européenne

Bujumbura : trois journalistes arrêtés en pleine visite de la Commissaire européenne

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 18 février 2026 – Trois journalistes ont été arrêtés mercredi à Bujumbura, la capitale économique du Burundi, alors qu’ils couvraient la visite de Hadja Lahbib, Commissaire européenne chargée de l’Égalité, de la Préparation et de la Gestion des crises. Interpellés dans l’enceinte du ministère burundais des Relations extérieures, ils ont été conduits dans les cachots du Service national de renseignement (SNR) avant d’être libérés en soirée, selon des sources concordantes.

Les journalistes arrêtés sont Papy Jamaica, de son vrai nom Amani Papy Ndikumana, directeur général de Papy Jamaica Vidéo Productions à Bujumbura, une structure qui emploie de jeunes locaux ; Tchandrou Nitanga, photographe travaillant notamment pour l’Agence France-Presse (AFP) ; ainsi qu’un assistant de Papy Jamaica.

Une installation Starlink à l’origine de l’incident

Selon un témoignage recueilli par SOS Médias Burundi, l’incident aurait débuté lors de l’installation d’une connexion Starlink par Papy Jamaica. Les trois professionnels attendaient la déclaration à la presse de la Commissaire européenne, prévue après sa rencontre avec le ministre burundais des Relations extérieures, Édouard Bizimana.

D’après nos sources, c’est ce dernier qui aurait ordonné leur arrestation. D’autres sources évoquent une « prise illégale d’images » comme motif avancé par les autorités.

Édouard Bizimana, ministre des Relations extérieures, en poste depuis le 6 août 2025, a donné l’ordre d’arrêter les trois journalistes à Bujumbura. © SOS Médias Burundi

Les trois hommes ont été interrogés sur plusieurs sujets, notamment leur collaboration avec des médias étrangers et les revenus qu’ils perçoivent. Leurs téléphones ont été fouillés et confisqués par les services de renseignement.

« Ils ont été libérés vers 21h15 », ont confié à SOS Médias Burundi des témoins ainsi qu’une source au sein de la représentation de l’Union européenne au Burundi.

Une visite sur fond de tensions régionales

La Commissaire européenne avait entamé sa tournée régionale à Kinshasa le 17 février avant de se rendre dans la petite nation de l’Afrique de l’Est. Elle devait initialement visiter le camp de Busuma, en province de Buhumuza (est), qui abrite plus de 70 000 réfugiés congolais ayant fui les combats au Sud-Kivu en décembre 2025.

Ces affrontements opposent les rebelles du M23 aux FARDC, appuyées par la FDNB (Force de défense nationale du Burundi) et les milices locales Wazalendo, soutenues par Kinshasa. Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir le M23, tandis que Kigali dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Malgré les démentis rwandais, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies, qualifiés d’« imposteurs » par Kigali, a confirmé en décembre 2025 la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles du M23.

Finalement, la responsable européenne s’est rendue au centre de transit de Cishemere, dans la région frontalière de Cibitoke.

Ce jeudi, elle doit être reçue à Bujumbura par le président Évariste Ndayishimiye.

Une liberté de la presse fragilisée

Dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 établi par Reporters sans frontières (RSF), le Burundi occupe la 125e place sur 180 pays, en recul de 17 rangs par rapport à l’année précédente. Une dégradation qui reflète un climat de pression persistante contre les journalistes.

L’arrestation, même brève, de trois professionnels des médias en pleine visite européenne risque de raviver les critiques sur la situation de la liberté de la presse dans le pays.

______________________________________________
Photo : trois journalistes interpellés à Bujumbura : vue d’une rue principale de la capitale économique. ©SOS Médias Burundi

Previous Rumonge : les commerçants du marché central contraints de verser 7 millions FBu pour une activité du CNDD-FDD
Next Kirundo : deux cadres sanitaires et leur chauffeur interpellés dans une affaire présumée de détournement de médicaments

You might also like

Médias

Burundi : qui détient le journaliste Jérémie Misago ?

Notre confrère est introuvable depuis samedi dernier. Ce lundi, il est apparu dans une vidéo disant qu’il est sain et sauf sans toutefois révéler l’endroit où il se trouve. (SOS

Justice Fr

Burundi – L’imbroglio judiciaire se poursuit : la cour d’appel de Mukaza se déclare incompétente, mais Sandra Muhoza reste détenue

SOS Médias Burundi Bien que la cour d’appel de Mukaza se soit déclarée incompétente pour juger l’affaire de la journaliste Sandra Muhoza, celle-ci demeure toujours incarcérée à la prison centrale

Médias

Rwanda : les activistes et journalistes demandent aux autorités rwandaises d’enquêter sur la mort du journaliste Ntwali

Ce jeudi soir, des activistes et journalistes se sont réunis à Baraza Media Lab, dans la capitale kényane Nairobi, dans une veillée en mémoire du journaliste rwandais John Williams Ntwali,