Bukinanyana : des agriculteurs accusent l’administrateur communal Isaac Niyokwizera d’asphyxier le commerce du maïs

Bukinanyana : des agriculteurs accusent l’administrateur communal Isaac Niyokwizera d’asphyxier le commerce du maïs

SOS Médias Burundi

Bukinanyana, 25 février 2026 – La tension monte dans les zones Ndava et Buganda, en commune de Bukinanyana, province de Bujumbura, à l’ouest du Burundi. Des agriculteurs accusent l’administrateur communal, Isaac Niyokwizera, d’avoir « asphyxié » le commerce du maïs à travers une décision interdisant sa vente aux commerçants ainsi que sa commercialisation sur les marchés locaux.

Prise le 10 février, la mesure empêche les producteurs d’écouler librement leur récolte en pleine période de commercialisation. Pour de nombreux cultivateurs, il s’agit d’un coup dur porté à leur survie économique.

Au marché de Gasenyi, un vendeur de maïs grillé exprime sa colère :
« Cela fait plus de dix ans que je vends du maïs grillé. C’est grâce à cette activité que je fais vivre ma famille et que je paie la scolarité de mes enfants. Aujourd’hui, on nous l’interdit. C’est une injustice », déplore-t-il.

Un autre agriculteur explique avoir investi toutes ses économies dans la culture du maïs. Il se retrouve désormais empêché de vendre sa production, y compris à domicile comme il en avait l’habitude. « On nous empêche de disposer de ce qui nous appartient. Comment allons-nous nourrir nos familles ? » s’interroge-t-il.

Soupçons d’intérêts cachés

Officiellement, la décision serait motivée par la lutte contre les vols de maïs. Mais dans la localité, plusieurs habitants évoquent des motivations inavouées. Des rumeurs persistantes font état de champs appartenant à certains responsables administratifs, déjà prêts à être récoltés.

Selon plusieurs cultivateurs, l’interdiction viserait à contrôler le marché afin de faciliter l’écoulement de certaines récoltes. « Pourquoi interdire maintenant, en pleine saison de vente ? », s’interroge un habitant de Buganda.

Les agriculteurs rappellent également que l’Agence nationale du stock de sécurité alimentaire (ANAGESSA) leur avait acheté du maïs à crédit. Un an après la livraison, plusieurs producteurs affirment ne toujours pas avoir été payés.

« Nous avons livré notre production et nous attendons encore notre argent. Aujourd’hui, on nous empêche même de vendre ailleurs pour survivre », regrettent-ils.

Un point de vente de maïs réservé à l’ANAGESSA, dans l’ouest du Burundi. Cette agence publique est chargée de la gestion stratégique des stocks alimentaires à travers le pays. À Bukinanyana, les paysans dénoncent les restrictions imposées à la vente de leur récolte. © SOS Médias Burundi

L’administrateur rejette les accusations

Contacté par SOS Médias Burundi, l’administrateur communal Isaac Niyokwizera affirme que la décision a été prise « dans l’intérêt des agriculteurs » et pour mieux encadrer la commercialisation du maïs. Il rejette catégoriquement les accusations de favoritisme, qualifiant ces allégations de « mensongères ».

Sur le terrain cependant, la colère ne faiblit pas. Les habitants des zones Ndava et Buganda réclament la suspension immédiate de la mesure et appellent les autorités provinciales à intervenir afin d’éviter une escalade des tensions.

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Photo : Une vendeuse de maïs grillé dans une rue du chef-lieu de Bubanza, en province de Bujumbura, décembre 2024.

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