Derrière les pagnes, la réalité : le 8 mars au Burundi entre fête et précarité féminine

Derrière les pagnes, la réalité : le 8 mars au Burundi entre fête et précarité féminine

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 10 mars 2026 — Le mois de mars est, dans le monde entier, consacré aux droits des femmes et à la mobilisation pour l’égalité. Au Burundi, cette période est marquée par des campagnes de sensibilisation, des commémorations et des célébrations. À Bujumbura, capitale économique où sont concentrées les agences des Nations-Unies et l’administration centrale, l’ambiance du 8 mars a été festive : pagnes commémoratifs et bistrots animés ont rythmé la journée. Mais derrière ces festivités, certaines femmes burundaises s’interrogent : que célèbre-t-on réellement ?

Sur le campus Mutanga, une étudiante née avec un handicap explique que, même si ses camarades ne l’excluent pas, certaines opportunités lui échappent. « Je suis née avec un handicap. Mes camarades ne m’excluent pas, mais il y a des opportunités que je rate parce que mon cas n’est pas pris en considération. L’université devrait tenir compte de toutes les personnes, y compris celles vivant avec un handicap », confie-t-elle.

Dans les marchés de la ville, d’autres voix expriment leurs préoccupations. Euphémie, vendeuse de fruits et légumes, s’interroge : « Pourquoi célébrer ? Célébrer quoi ? Nous venons de traverser près de cinq ans de crise de carburant qui affecte la vie des citoyens et particulièrement celle des femmes. L’impunité et les inégalités sociales persistent. Pour moi, au lieu de célébrer le 8 mars, on devrait organiser des manifestations pour réclamer le respect des droits dans notre pays. »

Adèle, mère de trois enfants vivant dans la zone Ngagara, au nord de la ville, souligne également les difficultés économiques. « Célébrer le 8 mars pour les femmes burundaises est aujourd’hui compliqué. Les prix des produits de première nécessité dépassent nos moyens. Le chômage, les soins de santé et le coût des médicaments sont devenus trop élevés. Que pouvons-nous vraiment célébrer ? », s’interroge-t-elle.

Ces témoignages illustrent les préoccupations d’une partie des femmes burundaises qui estiment que la Journée internationale des droits des femmes devrait être davantage un moment de réflexion sur les défis auxquels elles font face. Pour elles, cette journée devrait aussi être l’occasion d’appeler les autorités à apporter des réponses concrètes aux problèmes économiques et sociaux qui touchent particulièrement les femmes.

Ainsi, derrière les pagnes et les célébrations, certaines voix s’élèvent pour rappeler que la lutte pour les droits et de meilleures conditions de vie reste toujours d’actualité.

La journée de la femme a été célébrée le lundi 9 mars dans la capitale politique Gitega, en présence du chef de l’État, Évariste Ndayishimiye. C’est un jour férié au Burundi.

_______________________________________

Photo : des femmes dansent et manifestent leur joie lors de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée au stade Ingoma à Gitega, le 9 mars 2026. ©SOS Médias Burundi

Previous Le corps d’un sexagénaire retrouvé dans la rivière Kaniga à Gitega suscite l’inquiétude
Next Burundi : une employée de la CNIDH portée disparue depuis près de deux semaines

You might also like

Au Féminin

Burundi : le coût des serviettes hygiéniques, un fardeau persistant pour les familles modestes

SOS Médias Burundi Bujumbura, 2 juin 2026 –À l’issue de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle célébrée le 28 mai, plusieurs femmes et parents burundais continuent de dénoncer le prix

Au Féminin

Burundi : L’ONU Femmes offre une mini-huilerie à une coopérative de femmes vulnérables à Rumonge

SOS Médias Burundi Rumonge, 6 mai 2025- Un geste fort en faveur de l’autonomisation économique des femmes rurales. Le 29 avril dernier, l’ONU Femmes a remis officiellement une mini-huilerie d’une

Droits Humains

Mabayi : l’administratrice communale interdit aux filles et aux femmes de travailler dans les bars et bistrots

Une décision controversée prise par l’administration communale de Mabayi interdit aux femmes de travailler dans les établissements de boisson, invoquant des raisons sécuritaires. Cette mesure suscite de vives réactions parmi