Ruziba : des violences nocturnes attribuées à des Imbonerakure inquiètent les habitants
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 9 avril 2026 — Dans plusieurs quartiers de la capitale économique du Burundi, des habitants dénoncent une montée de violences nocturnes et d’abus attribués à des jeunes affiliés au parti au pouvoir. À Ruziba, dans la zone Kanyosha, commune Mugere, au sud de Bujumbura, des témoignages font état d’actes de racket, d’intimidation et de passages à tabac, dans un climat sécuritaire jugé préoccupant.
Des habitants affirment que des membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, seraient impliqués dans des contrôles nocturnes informels, principalement aux premières heures du matin.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, ces jeunes, parfois vêtus de vestes noires ressemblant à celles des forces de l’ordre, s’en prendraient aux passants.
« Les personnes qui vont au marché de Ruziba à partir de 4 heures du matin sont les plus ciblées. Elles doivent montrer tout ce qu’elles ont. À défaut, elles paient de l’argent ou sont battues », témoigne un habitant.
Ces jeunes justifieraient leurs actions par des opérations de fouilles visant la recherche d’armes, dans le cadre de la sécurisation de la localité.
Des habitants dénoncent une absence de réaction
Les habitants affirment avoir alerté les autorités locales ainsi que les responsables de sécurité, sans constater de mesures concrètes. Ils estiment que cette situation affecte directement leur quotidien et freine les activités économiques du quartier, notamment le commerce matinal.
Contacté à ce sujet, le chef du quartier Ruziba, Roger Habonimana, a nié l’existence de rondes nocturnes organisées. Il a affirmé que la sécurité est assurée par le système de la « quadrilogie », sans fournir davantage de détails.

Des Imbonerakure, agents du Service national des renseignements (SNR) et policiers tentent de forcer la porte d’une maison appartenant à un opposant suspecté de détenir des armes illégalement, dans le nord de la ville commerciale Bujumbura. © Jean Pierre Aimé Harerimana / SOS Médias Burundi
La quadrilogie, un mécanisme officiel de sécurité
Au Burundi, la « quadrilogie » désigne un cadre de gouvernance sécuritaire regroupant quatre piliers :
l’administration
la justice
la défense (armée)
la sécurité (police)
Ce mécanisme est censé permettre la coordination des autorités dans l’évaluation de la situation sécuritaire et la protection des populations.
Cependant, dans la pratique, plusieurs sources locales estiment que ces structures peuvent inclure des membres des Imbonerakure et d’anciens combattants du CNDD-FDD, ce qui entretient la confusion entre dispositifs étatiques et acteurs politiques.

Des Imbonerakure participent aux opérations de ramassage des débris sur les lieux des explosions survenues à Musaga, au lendemain des événements qui ont endeuillé la capitale économique Bujumbura dans la nuit du 31 mars au 1er avril. À Ruziba, non loin, des habitants disent vivre dans un climat de peur et dénoncent des violences nocturnes. © SOS Médias Burundi
Une ligue au cœur de controverses persistantes
Les Imbonerakure, ligue des jeunes du CNDD-FDD, sont régulièrement cités par des organisations de défense des droits humains dans des affaires d’intimidation et de violences visant des opposants ou des civils.
Selon la Ligue Iteka, organisation burundaise de défense des droits humains, ces jeunes seraient impliqués dans 110 cas sur plus de 400 personnes tuées en 2025.
L’organisation, connue pour son travail de documentation des violations des droits humains, publie régulièrement des rapports sur les atteintes à la vie, les arrestations arbitraires et les violences politiques dans le pays, malgré un contexte de fortes restrictions de l’espace civique.
En 2015, dans le contexte de la crise liée au troisième mandat controversé de Pierre Nkurunziza, les Nations unies avaient qualifié les Imbonerakure de milice et d’outil de répression.
Un soutien politique assumé
Malgré ces critiques, les autorités burundaises continuent de défendre le rôle de cette ligue. En août 2023, le président Évariste Ndayishimiye avait salué leur implication dans la sécurisation du pays :
« Le Burundi est gardé car nous avons les Imbonerakure. Celui qui n’y croit pas, qu’il vienne violer nos frontières. Il sera désillusionné », avait-il déclaré.
Il avait également encouragé la poursuite des rondes nocturnes, rejetant les critiques comme étant influencées de l’extérieur depuis la crise de 2015.
Une population entre peur et inquiétude
À Ruziba, de nombreux habitants disent vivre dans la peur et appellent à une intervention des autorités. Ils dénoncent des abus répétés et une situation qui, selon eux, compromet la sécurité et la stabilité du quartier.
Entre mécanismes de sécurité officiels, pratiques locales controversées et accusations récurrentes de violences, la situation continue de susciter des tensions et des inquiétudes au sein de la population.
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Photo : Des Imbonerakure en parade en marge de la 8ᵉ édition de la journée dédiée aux membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, célébrée à Bujumbura en août 2024. © SOS Médias Burundi
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