Burundi : fin d’une détention décriée, Sandra Muhoza retrouve la liberté
SOS Médias Burundi
Ngozi, 14 avril 2026 — La cour d’appel de Ngozi, en province de Butanyerera dans le nord du Burundi, a rendu son verdict dans le dossier de la journaliste Sandra Muhoza, mettant fin à une procédure judiciaire entamée en 2024 et suivie de près par les milieux médiatiques ainsi que les défenseurs de la liberté de la presse. La juridiction l’a condamnée à six mois de prison ferme pour « aversion raciale », une peine déjà purgée qui entraîne sa libération immédiate, tout en la blanchissant de l’accusation d’atteinte à l’intégrité du territoire national.
La journaliste Sandra Muhoza a été condamnée ce lundi par la cour d’appel de Ngozi à six mois de prison ferme pour « aversion raciale », une peine déjà purgée qui lui permet de recouvrer sa liberté pleine et entière, selon des informations confirmées à SOS Médias Burundi.
La juridiction l’a en revanche blanchie de l’accusation d’atteinte à l’intégrité du territoire national, l’une des charges les plus lourdes initialement retenues contre elle.
Selon son avocat, Maître Rémy Nsabimana, toutes les charges ont finalement été abandonnées, ouvrant la voie à une liberté sans restriction.
« Elle a terminé sa condamnation. Toutes les charges ont été abandonnées », a-t-il déclaré à SOS Médias Burundi, précisant qu’elle peut désormais quitter le territoire national, contrairement à la période de liberté provisoire.
Cette décision met fin, sauf pourvoi en cassation, à une longue procédure judiciaire marquée par plusieurs rebondissements.
Une procédure judiciaire controversée
Arrêtée le 13 avril 2024 à Ngozi, sa commune de résidence, Sandra Muhoza était poursuivie pour avoir relayé dans un groupe WhatsApp de journalistes une information liée à une distribution présumée d’armes à des jeunes du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, les Imbonerakure, fréquemment cités dans des allégations d’abus et d’intimidations visant des opposants politiques ainsi que des populations civiles dans plusieurs localités du pays.
Initialement condamnée en décembre 2024 à 21 mois de prison par le tribunal de première instance de Mukaza dans la capitale économique Bujumbura, la procédure avait été annulée en juin 2025 pour incompétence territoriale, avant d’être relancée devant la juridiction de Ngozi.
En janvier 2026, elle avait été condamnée à quatre ans de prison dans le cadre d’une seconde procédure pour les mêmes faits, une décision largement critiquée dans les milieux des médias.
Après plus de 600 jours de détention, sa libération provisoire début mars 2026 avait été perçue comme un premier signal d’apaisement.
RSF soulagée, mais critique la procédure
Dans une réaction publiée le 13 avril, Reporters sans frontières (RSF) s’est dite soulagée de l’issue du dossier, tout en dénonçant une procédure qu’elle juge injustifiée.
« La décision rendue ce 13 avril par la cour d’appel de Ngozi doit mettre un terme au calvaire judiciaire de Sandra Muhoza, fondé sur un dossier vide », a déclaré Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF.
L’organisation estime que la journaliste « n’aurait jamais dû passer un jour en prison » pour avoir exercé son métier, ajoutant que sa détention visait à « mettre au pas le reste de la corporation journalistique ».
Un symbole pour la liberté de la presse
L’affaire Sandra Muhoza est devenue emblématique des tensions persistantes entre liberté d’expression et cadre judiciaire dans la petite nation de l’Afrique de l’Est.
Elle a suscité de nombreuses réactions au sein des organisations de défense de la liberté de la presse, qui dénoncent une procédure liée à l’exercice du journalisme.
Un journaliste toujours détenu
À ce jour, un seul journaliste reste en détention au Burundi. Il s’agit de Didier Ndihokubwayo, ancien journaliste de la Radio Maria, détenu à la prison centrale de Bujumbura dite Mpimba depuis décembre 2024 pour « détention illégale d’armes ». Il a été condamné à trois ans de prison ferme.
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Photo : La journaliste Sandra Muhoza, acquittée par la cour d’appel de Ngozi après deux ans de détention, une décision saluée par Reporters sans frontières (RSF), qui y voit la fin d’une procédure qu’elle juge injustifiée et appelle les autorités à garantir que de tels cas ne se reproduisent plus contre les journalistes. © DR/SOS Médias Burundi
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