Burundi : les médias privés de plus en plus confrontés aux problèmes financiers
Les médias burundais font face aux difficultés financières depuis quelques temps. Nombreux sont ceux qui engagent pour des longues périodes des stagiaires et des volontaires qui sont moins exigeants en termes de salaire. Même les autres journalistes qui ont un contrat ne reçoivent pas régulièrement leur salaire. Le fonds d’appui aux médias prévu par la loi régissant la presse est quasi inexistant. (SOS Médias Burundi)
Depuis la crise de 2015, les médias privés burundais fonctionnent tant bien que mal. Et les anciens médias et les nouveaux, ils éprouvent tous des soucis financiers. Rares sont ceux qui arrivent à « payer régulièrement le salaire de leur personnel ».
« Ce n’est plus étonnant qu’on passe trois mois sans avoir nos salaires. Nous travaillons dans l’espoir d’un lendemain meilleur mais les conditions de vie se dégradent du jour au lendemain » témoigne un journaliste -sénior d’un ancien média indépendant.
Selon nos sources dans plusieurs médias, certains employeurs engagent souvent des stagiaires et volontaires non rémunérés juste pour « parvenir à continuer de fonctionner ».
« Certains prestataires peuvent passer deux ans sous le statut de stagiaire ou de bénévole. Ça entraine des départs régulières , des employés allant à la recherche des meilleures conditions ».
La situation affecte le professionnalisme du métier. Dans des groupes de discussion réunissant leurs pairs, les journalistes ne cessent de s’inquiéter de l’avenir de leur métier.
« Le journalisme professionnel laisse de plus en plus place au journalisme alimentaire où les reporters ne s’intéressent qu’à celui qui leur offre de l’argent sous plusieurs appellations (per diems, frais de déplacement, frais de rafraîchissement,…Rares sont désormais les journalistes qui couvrent les sujets qui exigent de se déplacer sur terrain car ils ne peuvent rien y gagner pécuniairement », se désolent des collègues.
Quid des sources de financement des médias … ?
Selon des sources dans certains médias, ces derniers se rabattent aux petits projets financés par des partenaires, locaux surtout. Mais, les besoins des médias sont tellement énormes qu’ils ne peuvent pas être couverts par ces financements. La plupart de médias ne reçoivent plus des financements directs des grands projets de la part des bailleurs classiques (l’Union Européenne, les ambassades de France, de Belgique, des Pays-Bas, la coopération suisse,…).
« Les financements sont octroyés à travers l’ONG néerlandaise la Benevolencia », disent nos sources.
Plusieurs journalistes disent être au bout de leur force. Certains ont déjà quitté le métier, ne pouvant plus les faire vivre.
« On me payait cent mille francs seulement par mois. Avec cette hausse des prix des denrées alimentaires et la cherté de la vie, j’ai préféré quitter le métier. Vaut mieux aller cultiver son petit lopin de terre », regrette un ancien reporter, qui aime pourtant le métier de journaliste.
« Si j’ai une chance d’avoir un nouvel employeur qui me paie une somme raisonnable, je reviendrai. Le métier me manque », dit-il.
La semaine dernière, le vice-président Prosper Bazombanza a reconnu que les difficultés financières auxquelles font face les médias participent dans la détérioration du professionnalisme de la presse burundaise.
« Pour faire face aux difficultés financières, certaines radios et TV ont puisé le personnel parmi les jeunes chômeurs sans aucune expérience et cela a ouvert le métier à l’amateurisme et a entravé le professionnalisme qui doit caractériser le métier de journaliste », a déploré M. Bazombanza.
« Les choses ne feront que s’aggraver dans un pays où les frais de publicité sont illusoires et où les journalistes ne parlent que des problèmes d’autres secteurs seulement, préférant passer pour des héros alors qu’ils sont en train de fondre en réalité », estime un collègue.
La loi régissant la presse dans la petite nation de l’Afrique de l’est prévoit un fonds d’appui aux médias. Il reste illusoire bien que promis toujours par les autorités burundaises.
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Photo d’illustration : des journalistes burundais sur terrain dans la capitale politique Gitega, crédit photo : Jean Pierre Aimé Harerimana
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