Burundi : plus de 70 mille réfugiés burundais à rapatrier en 2023

Burundi : plus de 70 mille réfugiés burundais à rapatrier en 2023

Le pari a été annoncé par l’inspecteur général du ministère ayant en charge les affaires intérieures et la sécurité ayant en même temps en charge la question des réfugiés dans ses attributions, dans une visite au camp de Nyarugusu en Tanzanie ce mardi. La délégation conduite par le général Isidore Ndihokubwayo comprenait aussi un groupe de rapatriés burundais, anciens locataires des camps de réfugiés en RDC, en Ouganda, en Tanzanie et au Rwanda. Ce mercredi, elle s’est rendue au camp de Nduta. (SOS Médias Burundi)

L’objectif principal est de sensibiliser les réfugiés au rapatriement volontaire massif.

Accueilli sur le terrain de la zone 10 du camp de Nyarugusu en Tanzanie, Isidore Ndihokubwayo a essayé de rassurer les réfugiés.

« Le gouvernement du Burundi vous tranquillise, pas d’intimidations, de poursuites, de traitements inhumains, de persécutions ou encore de discrimination ou division ethnique ou basée sur l’appartenance politique sur vos collines d’origine. Et la paix et la sécurité règnent sur tout le territoire national. Rentrez et vous vivrez en paix », a expliqué le général Ndihokubwayo.

« Et puis, la vision du nouveau gouvernement laborieux est la recherche de la paix et la réconciliation nationale ainsi que le développement durable inclusif de tout le monde », a-t-il martelé.

La délégation burundaise dans les camps de réfugiés en Tanzanie comprend aussi des rapatriés , au nombre de 10. Ils ont affirmé avoir été rapatriés dans des moments différents en provenance des camps de réfugiés en RDC, en Ouganda, en Tanzanie et au Rwanda.

La délégation burundaise en réunion avec des représentants du gouvernement tanzanien à Nduta

Eux aussi, ont témoigné d’« un accueil chaleureux».

« Moi, vous me reconnaissez déjà ici, je vivais dans la zone 8. Quand j’ai regagné ma patrie, j’avais peur. Mais, petit à petit, je me suis intégré et pour le moment je suis membre d’une coopérative d’épargne sur ma colline d’origine à Makamba (sud du Burundi). Mes enfants ont repris l’école et j’ai repris mes activités agricoles. En tout cas, je ne manque de rien », a souligné une ancienne réfugiée de Nyarugusu.

Même son de cloche chez son compatriote en provenance du camp de Mahama au Rwanda.

« Moi, je m’inquiétais que j’allais être intimidé et pourchassé car j’étais en provenance du pays ennemi du Burundi, le Rwanda. J’avais peur d’être accusé injustement de faire partie des groupes rebelles. Mais, je ne crains rien, je vaque normalement à mes activités, si j’ai un problème je me rend chez le chef de colline et si je manque de quelque chose, je demande à mes voisins », a précisé de sa part un homme, d’une quarantaine d’années.

Le chef de la délégation a promis aux réfugiés en Tanzanie que le Burundi et le HCR comptent augmenter le nombre de rapatriements volontaires, l’année prochaine.

« En 2023, nous comptons rapatrier tout au moins 70 mille Burundais en provenance des pays de l’EAC, surtout de la Tanzanie, de l’ Ouganda, de la RDC et du Rwanda. Raison pour laquelle nous allons passer dans ces pays, là où c’est possible, pour rassurer ces Burundais et leur demander de participer massivement au rapatriement volontaire », a précisé le représentant du gouvernement burundais.

Et de réaffirmer : « aucun rapatrié n’aura de problèmes, les terres vous seront restituées, la réintégration agricole, scolaire et sanitaire sera notre priorité et vous serez admis dans des coopératives de développement ».

Un appel mal accueilli…

Comme mauvais départ, les réfugiés du camp de Nyarugusu n’ont pas répondu massivement au rendez-vous pour accueillir la délégation en provenance de leur pays d’origine.

« Même la prière qu’ils ont faite était malhonnête. Dire que Dieu a exaucé leur prière pour que le pays ait la paix ! Et puis, personne d’ici n’a dit Amen. Ce qui a poussé le représentant du ministère de l’intérieur tanzanien à nous demander de changer de comportement. Nous étions aussi en petit nombre, furieux, mécontents », décrivent des réfugiés burundais.

Les réactions sont plus sévères

« Nous n’allons pas répondre à cet appel. Nous savons que ces rapatriés sont des membres du parti au pouvoir qui étaient envoyés ici, et d’ailleurs même quand ils étaient encore ici, on les soupçonnait. Ensuite, leurs dires sont des mensonges en témoignent des gens qui reviennent ici redemander asile. Et puis encore, les rapports de violations des droits humains qui se commettent au Burundi montrent le contraire de leur témoignage », ajoutent des réfugiés.

Plutôt, la visite leur rend peur

« Nous savons ce que signifient ces visites, elles sont peut-être les dernières alertes pour nous avant que la Tanzanie ne ferme nos camps. Les uns ont commencé à fuir vers d’autres pays comme le Rwanda, le Kenya et l’Ouganda. Et ceux qui restent ici se sont résignés mais nous n’allons pas céder à l’intimidation », ont indiqué d’autres réfugiés.

La délégation burundaise en réunion avec des représentants du gouvernement tanzanien à Nduta

Certains Burundais affirment qu’ils risquent d’être contraints de prendre « une mauvaise décision ».

« Mieux vaut mourir chez soi qu’être enterré en exil. La famine ici risque de nous faire changer d’opinion et prendre une décision suicidaire de rentrer. Je ne suis pas le seul, mais bon, il n’y a pas d’autres choix. Si c’est possible, on pourrait peut-être changer de province d’origine en rentrant », a expliqué un autre réfugié burundais.

La délégation a indiqué que depuis juin 2020 jusqu’en novembre 2022, plus de 119 mille Burundais étaient déjà rentrés au pays en provenance des camps installés dans des pays de l’EAC.

Ces camps abritent encore plus de 256 mille Burundais, selon le HCR.

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Photo : la délégation burundaise sur un terrain dans le camp de réfugiés de Nyarugusu, le 29 novembre 2022

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