Nakivale : vers un rapatriement massif des Burundais, entre “retour volontaire” et accusations de pression

Nakivale : vers un rapatriement massif des Burundais, entre “retour volontaire” et accusations de pression

SOS Médias Burundi

Nakivale, 14 avril 2026 — Les autorités ougandaises et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ont engagé une nouvelle campagne de sensibilisation en vue d’accélérer le rapatriement des réfugiés burundais installés dans le camp de Nakivale. L’initiative, présentée comme un programme de retour volontaire, intervient dans un contexte de baisse des enregistrements au rapatriement et de préoccupations exprimées par les réfugiés sur les conditions de sécurité au Burundi. Des dynamiques similaires sont également observées dans la région, notamment en Tanzanie, où des réfugiés burundais dénoncent des opérations de retour forcé.

Selon les organisateurs, cette initiative repose sur l’argument d’une amélioration de la situation sécuritaire au Burundi, une perception toutefois contestée par une partie des réfugiés concernés, qui évoquent des risques persistants en cas de retour.

Le week-end dernier, une rencontre a réuni le HCR, l’Office du Premier ministre ougandais en charge des réfugiés et des représentants des réfugiés burundais. Les discussions portaient sur les modalités d’un programme présenté comme un « retour volontaire, sûr et consensuel ». Aucun représentant du gouvernement burundais n’a pris part à cette réunion.

Au centre des échanges figure une interrogation des deux organisations : la baisse du nombre de réfugiés s’inscrivant volontairement au rapatriement depuis le début de l’année 2026.

Les réfugiés, eux, ont mis en avant leurs inquiétudes liées à la sécurité au Burundi. Certains affirment que des rapatriés auraient été victimes de pressions ou de disparitions après leur retour, alimentant la méfiance au sein du camp.

Un cas précis a été évoqué par des représentants des réfugiés : celui d’un rapatrié identifié sous le prénom Fanny, qui vivait au quartier New Buja dans le camp de Nakivale, situé au sud-ouest de l’Ouganda, et qui aurait disparu peu après son retour. Aucune confirmation indépendante de cet incident n’a pu être obtenue.

« Toutes ces raisons font que les réfugiés hésitent à rentrer, même si nous aimons notre pays et que nous voudrions quitter la vie difficile du camp », ont confié des représentants des réfugiés.

De leur côté, le HCR et les autorités ougandaises ont insisté sur la nécessité d’accélérer les retours, évoquant notamment des contraintes financières liées à la prise en charge des réfugiés.

« Votre pays vous réclame et la paix et la sécurité y règnent », ont affirmé les organisateurs, selon des participants à la rencontre.

Une commission dite « Go and See », composée de réfugiés, sera prochainement mise en place. Ses membres seront chargés de se rendre au Burundi, de rencontrer les autorités locales et des rapatriés, puis de faire rapport à la communauté des réfugiés.

Cette initiative suscite toutefois des inquiétudes parmi les réfugiés, qui redoutent une influence sur ses conclusions.

Le HCR se veut rassurant et affirme qu’aucun retour forcé n’est envisagé.

« Nous savons ce qui se fait en Tanzanie pour vos compatriotes. Ici, nous ne recourrons pas à ces méthodes. Mais nous ferons tout pour encourager davantage de retours en 2026 », a déclaré un représentant du HCR à Nakivale.

La délégation comprenait également un représentant de l’Union européenne en Ouganda, qui a exprimé la disponibilité de son institution à soutenir financièrement un programme de retour qualifié de « consensuel ».

Le camp de Nakivale accueille actuellement plus de 150 000 réfugiés issus de plusieurs nationalités. Les Burundais, estimés à plus de 33 000, sont particulièrement concernés par cette nouvelle stratégie de rapatriement.

Situation régionale

En Tanzanie voisine, plus de 100 000 réfugiés burundais installés dans les camps de Nduta et Nyarugusu font face à des opérations de rapatriement forcé que les concernés, ainsi que plusieurs organisations de défense des droits humains, qualifient de violations graves des droits humains.

Initialement annoncée pour fin mars et fin juin de cette année, la fermeture de ces camps a été légèrement prorogée d’un mois. Toutefois, selon plusieurs sources, les abus se poursuivent sur le terrain, notamment à travers la destruction d’habitations et d’infrastructures, ainsi que des cas d’enlèvements et de détentions arbitraires.

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Photo : Au camp de Nakivale en Ouganda, en juillet 2025, des réfugiés attendent de bénéficier de l’aide en cash de l’ONG américaine GiveDirectly. Plusieurs demandes ont été rejetées, plongeant de nombreuses familles dans l’inquiétude et le désarroi, sur fond de craintes liées aux pressions pour des retours forcés vers leur pays d’origine. © SOS Médias Burundi

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