Kiremba : au camp de Musasa, la crise de l’eau plonge plus de 9 000 réfugiés dans la détresse et les tensions avec les communautés locales

Kiremba : au camp de Musasa, la crise de l’eau plonge plus de 9 000 réfugiés dans la détresse et les tensions avec les communautés locales

SOS Médias Burundi

Kiremba, 14 avril 2026 — Dans le nord du Burundi, le camp de réfugiés de Musasa, situé en commune Kiremba dans la province de Butanyerera, fait face à une grave pénurie d’eau potable. Plus de 9 000 réfugiés congolais qui y vivent sont confrontés à une situation critique, contraints de parcourir de longues distances ou de payer cher pour accéder à cette ressource essentielle.

Pour s’approvisionner en eau, de nombreux réfugiés sont obligés de parcourir plus de deux kilomètres afin d’atteindre les points d’eau des communautés hôtes. Une situation particulièrement éprouvante pour les femmes, les enfants et les personnes âgées. D’autres, incapables d’effectuer ces trajets, sont contraints d’acheter de l’eau auprès des habitants locaux. Le prix d’un bidon atteint désormais 1 500 francs burundais, une somme élevée au regard des moyens limités dont disposent les ménages.

Moustapha, réfugié du camp, témoigne des difficultés quotidiennes :

« Nous sommes obligés de parcourir des montagnes pour aller chercher de l’eau, surtout ceux qui n’ont pas d’argent. Avec les 30 000 francs burundais que chacun reçoit par mois, on ne peut pas à la fois acheter la nourriture et l’eau. »

Face à cette pénurie, certains membres de la communauté hôte ont trouvé une source de revenus dans la vente d’eau. L’un d’eux explique que cette activité lui permet de subvenir à ses besoins :

« La vente d’eau me permet de gagner de l’argent. Je peux obtenir jusqu’à 8 000 francs burundais par jour. »

Cependant, la rareté de l’eau accentue les tensions entre réfugiés et populations locales. En raison du nombre insuffisant de robinets, notamment situés dans les zones de bas-fond, les deux communautés se retrouvent souvent en concurrence directe. Le dimanche 12 avril, une vive altercation a éclaté, opposant réfugiés et membres de la communauté hôte. Selon plusieurs témoignages, deux femmes réfugiées auraient été agressées lors d’une dispute liée à l’accès à l’eau.

Sikitu, réfugiée du camp, décrit une situation devenue alarmante :

« Nous venons de passer plusieurs jours sans accès à l’eau potable. Ce qui est encore plus grave, c’est qu’aujourd’hui certains d’entre nous ont été agressés par des membres de la communauté d’accueil parce que nous nous disputons pour trouver de l’eau. Le gouvernement burundais et le HCR doivent prendre en considération ce problème, sinon vous allez voir des gens mourir ici simplement pour avoir cherché de l’eau. »

Du côté du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), la situation est attribuée à une panne technique majeure du système d’approvisionnement en eau, géré sur le terrain par son partenaire, le Conseil pour l’Éducation et le Développement (COPED), en charge de la distribution et de la maintenance des infrastructures hydrauliques au sein du camp.

Les responsables indiquent que la pompe principale, essentielle à l’alimentation en eau potable du site, est actuellement hors service. Le coût de sa réparation ou de son remplacement est estimé à plus de 27 000 dollars américains, une somme difficile à mobiliser dans un contexte de fortes contraintes budgétaires.

Ils affirment être activement à la recherche de financements, notamment à travers le projet de développement communautaire intégré au Burundi (PRODECI-Turikumwe), qui pourrait contribuer à rétablir l’approvisionnement en eau dans les prochains jours.

En attendant, les réfugiés du camp de Musasa continuent de faire face à une situation critique, où l’accès à l’eau potable reste un défi quotidien, avec des conséquences humanitaires et sécuritaires de plus en plus préoccupantes.

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Photo : Des femmes et des enfants faisant la queue à un robinet encore fonctionnel au camp de Musasa, où l’accès à l’eau potable reste difficile et insuffisant pour répondre aux besoins quotidiens des réfugiés, en août 2024. © SOS Médias Burundi

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