Biens spoliés : la CVR annonce des sanctions contre les faux témoignages
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 15 avril 2026 – La Commission vérité et réconciliation (CVR) met en garde contre toute entrave à ses enquêtes sur les biens spoliés. Lors d’une conférence de presse tenue le vendredi 11 avril, son président, Pierre Claver Ndayicariye, a annoncé des sanctions pénales à l’encontre des auteurs de fausses déclarations et de documents frauduleux.
Selon lui, la loi régissant la CVR prévoit une peine de servitude pénale allant d’un à trois ans, assortie d’une amende comprise entre 5 et 10 millions de francs burundais, pour toute personne qui menace la commission, refuse de fournir des informations requises ou produit de faux éléments dans le cadre des enquêtes.
« Certains dossiers contiennent beaucoup de mensonges », a-t-il déclaré, évoquant des cas où des individus revendiquent des propriétés qu’ils savent avoir été spoliées. Il a averti que les témoins reconnus coupables de fausses déclarations s’exposent à des poursuites conformément à la loi.
Les enquêtes sur les biens spoliés ont déjà débuté, a précisé le président de la CVR, ajoutant que les premières décisions seront rendues publiques dans un délai de deux semaines. Il a également appelé les citoyens à faire preuve de sincérité, estimant que le mensonge constitue une source de conflits au sein des familles et dans la société.
Ces communications suscitent toutefois des réactions contrastées au sein de la population. Certains citoyens y voient une démarche nécessaire pour garantir la vérité et la justice. D’autres, en revanche, expriment des inquiétudes, qualifiant ces propos d’intimidants et potentiellement divisionnistes.
Dans un contexte où la question foncière reste particulièrement sensible au Burundi, les actions de la CVR sont suivies de près. Les prochaines décisions annoncées pourraient influencer la perception de la population quant à l’équilibre entre justice, vérité et cohésion sociale.
La CVR fait partie des instruments prévus par l’accord de paix et de réconciliation d’Arusha de 2000. Elle reste l’une des commissions les plus décriées mises en place dans ce cadre. Elle est notamment critiquée par des associations de défense des droits des Tutsis, qui lui reprochent de se focaliser davantage sur les massacres ayant fait plus de victimes hutus que tutsis.
Le 20 décembre 2021, le président de cette commission, très controversée, a déclaré que les massacres de 1972, qui ont emporté plus de Hutus que de Tutsis, constituent « un génocide contre les Hutus du Burundi ». Cette déclaration a été faite en marge de la présentation d’un troisième rapport d’étape devant les deux chambres du parlement, dans la capitale économique Bujumbura. Toutefois, en mai 2022, le président Évariste Ndayishimiye a estimé qu’il n’était pas encore temps d’affirmer que « les tueries de 1972 constituent un génocide ».
Le Burundi présente une composition ethnique similaire à celle du Rwanda, son voisin du nord, où le génocide contre les Tutsis en 1994 a été reconnu par les Nations unies.
Au Burundi, malgré la reconnaissance des massacres de 1972 — communément appelés « les événements de 1972 » — comme « un génocide contre les Hutus » par les Hutus majoritaires au pouvoir aujourd’hui, les deux principales composantes de la population peinent toujours à s’accorder sur la qualification des différentes crises qui ont endeuillé le pays.
Jusqu’à présent, de nombreux Tutsis restent convaincus que les violences qui ont suivi l’assassinat du premier président hutu démocratiquement élu, Melchior Ndadaye, en 1993, constituent « un génocide contre les Tutsis ». Une lecture qui semble moins prise en compte par M. Ndayicariye et sa commission, lesquels ont, dans certaines provinces, refusé de se rendre sur des sites où des fosses communes de Tutsis leur avaient été signalées.
Dans ce climat, les prochaines décisions annoncées par la CVR sur les biens spoliés sont suivies avec attention, entre attentes de justice et craintes de nouvelles tensions sociales.
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Photo : Le président de la CVR sur un site d’excavation de restes humains dans le centre-est du Burundi. Il a annoncé la poursuite des enquêtes visant à identifier les victimes et à établir les responsabilités, tout en avertissant contre les faux témoignages susceptibles de compromettre le processus. © SOS Médias Burundi
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