Burundi : une lettre ouverte demande au Burundi de ne pas extrader Babunga Benjamin Watuna vers la RDC
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 31 mai 2026 – Des citoyens, intellectuels, acteurs humanitaires et défenseurs des droits humains de la région des Grands Lacs ont adressé une lettre ouverte au président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, pour lui demander de s’opposer à toute éventuelle extradition du ressortissant congolais Babunga Benjamin Watuna vers la République démocratique du Congo (RDC).
Dans cette correspondance datée du 29 mai 2026 à Bruxelles, les signataires affirment suivre avec inquiétude l’arrestation de Babunga Benjamin Watuna à Bujumbura, capitale économique du Burundi, où sont concentrées les agences des Nations unies ainsi que l’administration centrale du pays, par les services de renseignement burundais.
Ils présentent l’intéressé comme un chercheur, analyste et spécialiste de l’histoire du Grand Kivu dont les travaux et prises de position publiques lui auraient valu l’hostilité des autorités congolaises.
Selon les auteurs de la lettre, la demande d’extradition formulée par Kinshasa ne relèverait pas uniquement d’une procédure judiciaire. Ils estiment qu’elle s’inscrirait dans un contexte marqué par des restrictions des libertés d’expression et la poursuite de voix critiques au sein de la RDC.
Les signataires considèrent que l’extradition de Babunga Benjamin Watuna constituerait une atteinte à ses droits fondamentaux et pourrait l’exposer à des poursuites motivées par des considérations politiques plutôt que strictement judiciaires.

Les présidents Félix Tshisekedi et Évariste Ndayishimiye lors d’un sommet consacré à la crise congolaise dans la capitale économique du Burundi, Bujumbura. Les deux dirigeants ont signé un accord visant à renforcer la coopération sécuritaire et la coordination régionale face à la situation dans l’est de la RDC. Dans ce cadre, plusieurs ressortissants congolais ont été interpellés et remis aux autorités congolaises dans le cadre des mécanismes de coopération sécuritaire entre les deux pays. © SOS Médias Burundi
Un appel adressé au président burundais et à l’Union africaine
Les auteurs de la lettre demandent aux autorités burundaises de rejeter toute demande de transfert du chercheur congolais vers son pays d’origine. Ils soutiennent que le Burundi ne devrait pas servir de cadre à la poursuite de personnes visées en raison de leurs opinions, analyses ou positions sur les conflits qui secouent la région des Grands Lacs.
S’adressant à Évariste Ndayishimiye en sa double qualité de président en exercice de l’Union africaine, les signataires l’exhortent à défendre les principes contenus dans la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que dans les instruments internationaux relatifs à la protection des droits humains.
La lettre se conclut par un appel à la libération immédiate et sans condition de Babunga Benjamin Watuna. Les signataires affirment agir au nom de citoyens, intellectuels et forces vives de la région des Grands Lacs. Le document est signé par Victor Tesongo, présenté comme activiste des droits de l’homme.
Une arrestation au cœur des tensions sécuritaires régionales
Babunga Benjamin Watuna a été arrêté le 27 mai dernier à Bujumbura par les services de renseignement burundais. Selon plusieurs sources concordantes, cette arrestation serait intervenue à la demande des autorités congolaises qui l’accusent de liens présumés avec l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le mouvement rebelle M23.
D’après les informations recueillies par SOS Médias Burundi, les autorités congolaises lui reprocheraient également ses publications sur les réseaux sociaux Facebook et X, où il commente régulièrement l’actualité politique, historique et sécuritaire de la région des Grands Lacs.
Dans plusieurs localités de l’est de la RDC, Babunga Benjamin Watuna est perçu par ses partisans comme un analyste indépendant apprécié pour la qualité de ses analyses sur les dynamiques historiques et sécuritaires de la région. Ses détracteurs, en revanche, l’accusent de proximité idéologique avec le Rwanda ou le M23.
Avant son arrestation, il travaillait dans le secteur humanitaire et avait collaboré avec plusieurs organisations internationales, notamment AMI, ADRA, ZOA, Mercy Corps, Save the Children, CARE et UNOPS.
Originaire de la République démocratique du Congo, il a effectué une partie de ses études universitaires au Burundi et a longtemps vécu entre Bujumbura et Uvira. Selon des sources proches de sa famille, son épouse et ses enfants résident actuellement en Belgique.
Une coopération sécuritaire renforcée entre Kinshasa et Gitega
L’affaire intervient dans un contexte de coopération sécuritaire renforcée entre la RDC et le Burundi.
Selon des sources sécuritaires en RDC, plusieurs ressortissants congolais soupçonnés d’entretenir des liens avec le mouvement rebelle M23 ou de collaborer avec le Rwanda ont déjà été arrêtés au Burundi par les services de renseignement burundais avant d’être remis aux autorités congolaises.
Toujours selon ces sources, certains d’entre eux auraient ensuite été transférés dans différentes prisons de la capitale congolaise, Kinshasa, dans le cadre de cette coopération sécuritaire bilatérale.
En 2025, Laurent Ruboneka, employé à l’ambassade de la République démocratique du Congo au Burundi, avait également été arrêté par les services de renseignement burundais avant d’être transféré à Kinshasa.
L’arrestation de Babunga Benjamin Watuna est intervenue quelques jours après la visite officielle à Bujumbura du vice-Premier ministre et ministre congolais de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, dans un contexte de tensions persistantes dans l’est de la RDC.

Guy Kabombo Muadiamvita, vice-Premier ministre congolais en charge de la Défense, reçu à Bujumbura par Marie Chantal Nijimbere, ministre burundaise de la Défense, le 26 mai 2026, une journée avant l’interpellation de Babunga Benjamin Watuna. © FDNB
Un conflit régional toujours actif
Depuis août 2022, des dizaines de milliers de soldats burundais ont été déployés dans l’est de la RDC aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de groupes alliés engagés dans les opérations contre le M23.
Le mouvement rebelle, redevenu actif depuis fin 2021, contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Il est désormais associé à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RDC.
Kinshasa accuse régulièrement le Rwanda de soutenir le M23, tandis que Kigali rejette ces accusations et affirme de son côté que la RDC et le Burundi soutiennent les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994.
Malgré les démentis des différentes parties, plusieurs rapports d’experts des Nations unies ont évoqué la présence de militaires rwandais aux côtés des rebelles du M23 dans l’est congolais.
Après le retrait du M23 de la ville d’Uvira en janvier dernier, puis plus récemment de plusieurs localités de la plaine de la Rusizi, l’armée burundaise a procédé à de nouveaux déploiements de troupes vers le Sud-Kivu en traversant le lac Tanganyika.
Les combats continuent de provoquer d’importants déplacements de populations civiles vers les pays voisins et les zones jugées plus sûres, malgré les multiples initiatives diplomatiques visant à restaurer la stabilité dans la région des Grands Lacs.
Au moment de la publication de cet article, aucune réaction officielle des autorités burundaises ou congolaises concernant la lettre ouverte réclamant la non-extradition et la libération de Babunga Benjamin Watuna n’avait encore été rendue publique.
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Photo : Une photographie de Babunga Benjamin Watuna, diffusée dans le cadre d’une campagne en faveur de sa libération. © DR/SOS Médias Burundi
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