REGIDESO : 30.000 compteurs débarquent, mais les accusations de corruption, favoritisme et détournement enflamment la colère des abonnés

REGIDESO : 30.000 compteurs débarquent, mais les accusations de corruption, favoritisme et détournement enflamment la colère des abonnés

SOS Médias Burundi

Muyinga, 10 juin 2026 – L’arrivée de plusieurs conteneurs de compteurs électriques destinés à la Régie de production et de distribution d’eau et d’électricité (REGIDESO) relance à la fois les espoirs et la colère de milliers de clients toujours en attente de raccordement. Alors que plus de 30.000 compteurs seraient entrés au Burundi via le poste frontalier de Kobero, dans la région de Muyinga, à la frontière entre la Tanzanie et le Burundi, de fortes interrogations persistent sur leur gestion, leur traçabilité et les modalités de leur distribution.

Quatre conteneurs chargés de compteurs électriques ont franchi la frontière de Kobero, dans la région de Muyinga, à la frontière entre la Tanzanie et le Burundi. Selon des informations recueillies auprès de certains agents de la douane, ces camions transporteraient plus de trente mille compteurs destinés au marché burundais.

Cependant, une source interne à la REGIDESO indique que ces équipements n’auraient pas encore été officiellement intégrés dans les stocks de l’entreprise publique.

« Les conteneurs sont effectivement arrivés au Burundi, mais à notre connaissance, les compteurs n’ont pas encore été intégrés dans les stocks de la REGIDESO », confie un cadre sous couvert d’anonymat.

Des explications divergentes sur les arrivages

Dans une récente sortie médiatique, le directeur général de la REGIDESO, Albert Manigomba, a affirmé que les compteurs sont bel et bien arrivés et que leur distribution va commencer progressivement.

Il a expliqué que les équipements proviennent de plusieurs circuits d’approvisionnement, notamment l’Égypte pour une partie livrée par avion, et un autre lot acheminé par voie terrestre et maritime via le Kenya.

Selon lui, ce second circuit aurait connu des retards liés à un mouvement de grève de chauffeurs de camions réclamant leurs frais de mission en cours de route. Aucune précision n’a toutefois été donnée sur le statut de ces transporteurs ni sur les responsabilités contractuelles.

Ces explications ne convainquent pas tout le monde, certains observateurs évoquant un manque de transparence dans la gestion globale des stocks.

Albert Manigomba, directeur général de la REGIDESO, lors d’une récente intervention sur la gestion des compteurs électriques et les défis liés au raccordement des abonnés à l’électricité au Burundi. © DR/SOS Médias Burundi

Des milliers de clients en attente depuis 2024

Sur le terrain, la frustration grandit. Plusieurs usagers affirment avoir payé les frais de raccordement depuis février 2024 sans jamais recevoir de compteur.

« J’ai payé toutes les sommes demandées en février 2024. Depuis, je me rends régulièrement à la REGIDESO sans aucune suite », témoigne un habitant de Kirundo, au nord du pays.

Dans plusieurs provinces, les plaintes se multiplient et les clients disent ne pas comprendre les critères de distribution. Certains affirment que des raccordements seraient effectués rapidement pour certains bénéficiaires, tandis que d’autres attendent depuis plus de deux ans.

Accusations de favoritisme et soupçons de corruption

Face aux retards, certains usagers dénoncent des pratiques qu’ils qualifient de favoritisme et de corruption.

« On nous dit que les compteurs ne sont pas disponibles, mais certains sont servis après avoir payé des sommes importantes sous la table », affirme un usager rencontré à Bujumbura, la capitale économique du pays.

D’autres parlent d’un système opaque où les délais dépendraient de relations ou de paiements supplémentaires non officiels.

La direction de la REGIDESO rejette fermement ces accusations, les qualifiant de « mensonges sans fondement ».

Une institution sous pression

Malgré les démentis officiels, la méfiance persiste. De nombreux clients disent avoir perdu confiance après des mois, voire des années d’attente.

« Nous avons payé depuis longtemps. Aujourd’hui, on nous demande encore d’attendre sans explication claire », déplore un habitant de Rumonge, dans le sud-ouest du pays.

Certains vont plus loin, réclamant même des compensations pour les préjudices subis en raison des retards accumulés.

Une situation encore floue sur le terrain

Dans la capitale politique, Gitega, plusieurs habitants confirment également avoir payé leurs raccordements sans être servis. Un fonctionnaire local estime que la situation reste facile à vérifier.

« Si les compteurs sont réellement arrivés, leur distribution devrait commencer immédiatement. On verra vite la vérité sur le terrain », affirme-t-il, exprimant un profond scepticisme.

Entre promesses et doutes

Alors que plus de 30.000 compteurs auraient été importés, la REGIDESO promet une distribution progressive. Mais sur le terrain, les attentes restent fortes et les accusations de mauvaise gestion continuent d’alimenter la controverse.

La question de la transparence dans la chaîne d’approvisionnement et la distribution des compteurs demeure au centre des préoccupations, dans un contexte où l’accès à l’électricité reste un enjeu majeur pour des milliers de ménages burundais.

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Photo : Plusieurs ménages au Burundi restent sans électricité, alors même que les autorités annoncent des initiatives pour améliorer l’accès à l’énergie. Dans ce contexte, l’arrivée de plus de 30.000 compteurs électriques destinés à la REGIDESO suscite autant d’espoirs que de controverses, entre attentes des abonnés, accusations de favoritisme et soupçons de mauvaise gestion dans la distribution. © SOS Médias Burundi

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