Gitega : l’opposition dénonce une mainmise du pouvoir sur la commission électorale provinciale à l’approche de 2027

Gitega : l’opposition dénonce une mainmise du pouvoir sur la commission électorale provinciale à l’approche de 2027

Gitega, 10 juin 2026 – La présentation officielle des membres de la Commission électorale provinciale indépendante (CEPI) de Gitega, une province qui abrite également la capitale politique du pays, organisée mardi par le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Prosper Ntahorwamiye, est vivement contestée par plusieurs partis de l’opposition. Ceux-ci dénoncent une composition qu’ils jugent largement dominée par le parti au pouvoir et ses alliés, à l’approche de la présidentielle de mai 2027.

Selon ces formations politiques, cette configuration confirmerait une tendance à l’exclusion progressive de l’opposition dans les structures chargées d’organiser les scrutins, malgré les engagements répétés des autorités en faveur d’élections inclusives.

Lors de la cérémonie, Prosper Ntahorwamiye a indiqué que la CEPI de Gitega aura pour mission principale de préparer les différents scrutins à venir, dont l’élection présidentielle de 2027.

Une commission jugée déséquilibrée

La CEPI de Gitega est composée de onze membres, dont sept Hutu et quatre Tutsi, parmi lesquels trois femmes. Le bureau a été reconduit avec à sa tête Joseph Maniraho, membre du CNDD-FDD, assisté de Gérard Ninziza du CODIP (Collectif des Organisations pour le Développement Intégré de la Population), une organisation de la société civile considérée comme proche du pouvoir, comme vice-président, tandis que Vestine Nininahazwe, également issue du CNDD-FDD, conserve le poste de secrétaire.

Parmi les onze commissaires, quatre sont issus du CNDD-FDD et deux de la CENI. Les autres sièges sont occupés par des représentants de l’Église God is Way, de l’UPRONA, du PLP-Abatuhurana et du parti Sangwe-PADER.

Pour l’opposition, cette répartition ne reflète ni la diversité politique réelle de la province ni les engagements de transparence annoncés par les autorités électorales.

« Une exclusion déguisée », selon l’opposition

Prenant la parole au nom de son parti, Daniel Manirakiza, président provincial du SAHWANYA-FRODEBU à Gitega, estime que la reconduction des membres ayant supervisé les scrutins de 2025 traduit une volonté de verrouillage du processus électoral.

« La majorité de ces membres faisaient partie de la CEPI qui a organisé les communales et législatives de 2025, des élections qui ont été entachées de nombreuses irrégularités. Nous craignons que les présidentielles de 2027 ne soient organisées dans les mêmes conditions », a-t-il déclaré.

Il accuse également les autorités de ne pas respecter les engagements pris lors de la rencontre entre les partis politiques et le chef de l’État, Évariste Ndayishimiye, à Kiriri, au Palais de Bujumbura, la capitale économique du pays.

« Malgré les engagements pris à Kiriri, l’opposition reste marginalisée dans les structures déconcentrées de la CENI. Même le représentant de l’UPRONA n’aura pas, selon nous, la capacité de peser face à une majorité acquise au pouvoir », a-t-il ajouté.

Selon lui, cette situation fragilise la crédibilité des futures élections et entretient la méfiance au sein de l’opposition.

« Une façade de pluralisme », critique l’opposition

Même tonalité du côté du CNDD de Léonard Nyangoma. Son président provincial à Gitega dénonce ce qu’il considère comme une simple façade de pluralisme politique.

« Il s’agit d’une nouvelle variété de boisson dans la même bouteille », a-t-il lancé, estimant que les changements opérés ne modifient en rien le contrôle exercé sur le processus électoral.

La majorité défend une composition « équilibrée »

Du côté du pouvoir, les responsables provinciaux du CNDD-FDD et de l’UPRONA rejettent ces accusations. Georges Nshimirimana et Deo Bigirimana estiment que la CEPI reflète un équilibre conforme aux textes en vigueur.

Ils appellent les partis de l’opposition à privilégier le terrain politique.

« Les partis de l’opposition devraient chercher des militants au lieu de se focaliser sur quelques sièges », ont-ils déclaré.

La CENI rejette toute accusation d’exclusion

Face aux critiques, le président de la CENI, Prosper Ntahorwamiye, a rejeté toute accusation de marginalisation de l’opposition. Il assure que la composition de la CEPI respecte strictement les équilibres prévus par la loi et la Constitution.

« Les équilibres constitutionnels ont été respectés », a-t-il affirmé.

Il a également précisé que les partis politiques non représentés dans la CEPI pourront participer aux futures Commissions électorales communales indépendantes (CECI), qui seront mises en place dans les prochaines étapes du processus électoral.

Un climat de méfiance à l’approche de 2027

Alors que les préparatifs de la présidentielle de mai 2027 s’annoncent, la mise en place de la CEPI de Gitega ravive les tensions politiques. Pour l’opposition, cette structure électorale reflète déjà un déséquilibre profond susceptible de compromettre la confiance dans le processus électoral.

Dans ce contexte, la question de la représentativité et de l’indépendance des organes électoraux reste au cœur des débats politiques dans la CEPI de Gitega, une province qui abrite également la capitale politique du pays.

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Photo : Des représentants des partis politiques, des organisations de la société civile, de l’administration ainsi que de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) prennent part à une réunion tenue à Gitega, au centre du pays, dans le cadre des consultations et échanges autour du processus électoral en cours. SOS Médias Burundi

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