Burundi : pénuries, exode, détentions abusives… les évêques dressent un réquisitoire sévère

Burundi : pénuries, exode, détentions abusives… les évêques dressent un réquisitoire sévère

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 10 juin 2026 – Réunis en assemblée plénière ordinaire du 1er au 5 juin à Bujumbura, capitale économique du Burundi, qui abrite les principales agences des Nations Unies et l’administration centrale du pays, les évêques catholiques ont dressé un tableau particulièrement sombre de la situation socio – économique et institutionnelle du pays. Tout en reconnaissant un climat général de paix et de sécurité, ils dénoncent une aggravation des conditions de vie, marquée par des pénuries persistantes, un exode massif des compétences et des atteintes aux libertés fondamentales. Le communiqué a été rendu public mardi 9 juin.

Dans ce document, la Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB), dirigée par Mgr Joachim Ntahondereye, évêque du diocèse de Muyinga, au nord-est du Burundi, exprime une profonde inquiétude face à ce qu’elle qualifie de détérioration continue du quotidien des Burundais.

Une crise sociale qui s’aggrave

Les évêques alertent sur la persistance de pénuries qui touchent plusieurs secteurs essentiels. Le carburant reste difficile d’accès, tandis que des ruptures de médicaments sont signalées dans de nombreuses structures sanitaires. À cela s’ajoute la rareté de plusieurs produits de première nécessité, aggravant la précarité des ménages.

Selon l’épiscopat, la hausse continue du coût de la vie ne s’accompagne pas d’une amélioration des revenus, rendant de plus en plus difficile la satisfaction des besoins fondamentaux pour une large partie de la population.

Agriculture, routes et économie sous pression

Les prélats soulignent également les difficultés rencontrées dans le secteur agricole. Les récoltes de la dernière saison n’ont pas répondu aux attentes, en raison notamment du retard dans la distribution des engrais et de l’irrégularité des précipitations.

La CECAB déplore par ailleurs la dégradation avancée des infrastructures routières. Combiné à la pénurie de carburant, cet état des routes complique fortement la circulation des biens et des personnes et freine les activités économiques.

Exode des compétences

Autre point d’inquiétude majeur : l’exode croissant des forces vives du pays. Médecins, enseignants, jeunes diplômés et fonctionnaires quittent le Burundi à la recherche de meilleures conditions de vie et de travail.

Pour les évêques, cette fuite des compétences menace directement les secteurs clés du développement et fragilise durablement les institutions publiques et sociales.

Libertés, pression politique et société

Le communiqué évoque également certaines pratiques jugées préoccupantes. Les évêques dénoncent l’organisation d’activités officielles le dimanche, qui empêcheraient des fidèles de participer au culte dominical.

Ils s’inquiètent aussi de cotisations qui seraient imposées à des citoyens au profit de formations politiques, y compris à des non-membres, estimant que cela soulève des interrogations sur le respect du pluralisme politique garanti par la Constitution.

Des évêques catholiques entre autres prient pour le président Neva lors de son investiture, le 18 juin 2020. © SOS Médias Burundi

Sécurité et justice en question

Sur le plan sécuritaire, la CECAB se dit alarmée par la découverte récurrente de corps sans vie dans différentes régions du pays, sans identification des auteurs.

Les évêques dénoncent également le cas de personnes maintenues en détention malgré des décisions judiciaires favorables, notamment des acquittements ou des peines déjà purgées, une situation qu’ils jugent préoccupante pour l’État de droit.

Tensions récurrentes avec le pouvoir

Les prises de position de l’épiscopat burundais ont souvent suscité des réactions politiques. En septembre 2019, Willy Nyamitwe, alors responsable de la communication à la présidence sous le mandat de l’ancien président Pierre Nkurunziza, avait vivement critiqué certains évêques catholiques.

Dans un message publié sur le réseau social X, il déclarait : « Certains évêques devraient être défroqués car c’est devenu une habitude : à la veille des élections, ils doivent cracher leur venin de haine à travers des messages incendiaires. Pardieu ! Quoi de plus normal puisqu’ils ne sont même pas le modèle de la piété. »

Ces propos avaient suscité de nombreuses réactions de la société civile et d’observateurs nationaux et internationaux, qui y avaient vu une illustration des tensions récurrentes entre l’Église catholique et certaines autorités politiques au Burundi.

Appel à une gouvernance responsable

Face à l’ensemble de ces défis, les évêques catholiques appellent les autorités, les responsables politiques et les institutions judiciaires à prendre des mesures urgentes pour améliorer les conditions de vie de la population et garantir le respect des droits fondamentaux.

Pour la CECAB, le développement du Burundi passe par une gouvernance responsable, le respect des libertés, la justice et la promotion du bien commun.

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Photo : Le président Évariste Ndayishimiye, la Première dame et plusieurs hautes autorités burundaises avaient participé, il y a quelques années, à une cérémonie religieuse à Mugera, dans le centre du Burundi, aux côtés des évêques catholiques, où ils s’étaient recueillis devant une statue de la Vierge Marie. Cette image revient en contraste avec le nouveau communiqué de la Conférence des évêques catholiques du Burundi, dans lequel les prélats dénoncent la dégradation des conditions de vie, les pénuries persistantes, l’exode des compétences et plusieurs atteintes aux libertés fondamentales dans le pays. © SOS Médias Burundi

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