Photo de la semaine – Kirundo : l’État accusé d’abandonner des milliers de citoyens à une crise d’eau prolongée aux conséquences sanitaires graves
Une grave pénurie d’eau potable affecte depuis plusieurs années les habitants des zones Kiri, Kiyonza et Ruhehe, en commune Kirundo, province de Butanyerera dans le nord du Burundi. Dans ces localités, les populations dénoncent une situation devenue chronique et accusent les autorités de laisser perdurer une crise aux conséquences sanitaires de plus en plus préoccupantes.
L’accès à l’eau potable est devenu extrêmement difficile dans ces collines. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, le prix d’un bidon d’eau varie entre 2 000 et 2 500 francs burundais, un montant jugé inabordable pour la majorité des ménages ruraux.
« Nous sommes abandonnés. Un bidon d’eau coûte aujourd’hui entre 2 000 et 2 500 francs burundais. Beaucoup de familles n’ont pas les moyens de s’en procurer chaque jour », déplore un habitant de la zone Kiyonza.
Des infrastructures hydrauliques abandonnées
Face à cette situation, de nombreux habitants se tournent vers les eaux des lacs Cohoha et Gacamirinda, malgré les risques sanitaires connus. Parallèlement, la population affirme que plusieurs réservoirs ont été construits dans la région mais n’ont jamais été mis en service depuis plus de sept ans.
« Les réservoirs sont visibles partout, mais ils n’ont jamais été alimentés. Cela fait des années que nous attendons de l’eau sans résultat », témoigne un fonctionnaire de la zone Ruhehe.
Ce dernier rappelle que des promesses avaient été faites par les autorités pour résoudre durablement le problème, sans suite concrète.
Les autorités locales et nationales sous pression
Les habitants dénoncent également l’absence de réaction des élus locaux et nationaux face à cette situation prolongée.
« Nous ne voyons ni nos parlementaires ni nos sénateurs. Ils ne viennent jamais constater nos conditions de vie alors que nous souffrons énormément », affirme un résident de Kiri.
Une crise sanitaire de plus en plus inquiétante
Les conséquences sanitaires deviennent visibles. Plusieurs habitants signalent une augmentation des maladies liées à la consommation d’eau insalubre.
« Presque tout le monde souffre de vers intestinaux. Nous buvons l’eau des lacs parce que nous n’avons pas d’autre choix », explique un père de famille.
Des mères de famille alertent également sur des cas de maladies touchant particulièrement les jeunes enfants.
« Les maladies des mains sales sont fréquentes et certains enfants meurent avant même l’âge de cinq ans », témoigne une habitante de Ruhehe.
Femmes et enfants exposés à des risques quotidiens
Pour trouver de l’eau, femmes et enfants parcourent de longues distances jusqu’aux lacs voisins, s’exposant à divers dangers.
« Nos femmes et nos enfants marchent sur de longues distances pour chercher de l’eau. Nous craignons pour leur sécurité et leur santé », confie un habitant de Kiyonza.
Soupçons autour d’un ancien projet d’adduction d’eau
Au sein de la population, des interrogations persistent concernant un ancien projet d’adduction d’eau depuis Mutumba, dans l’ancienne commune de Vumbi, située à plus de 60 kilomètres.
Certains habitants évoquent des détournements présumés de fonds destinés à ce projet, citant d’anciennes autorités provinciales parmi les personnes mises en cause. Ces accusations n’ont toutefois pas pu être vérifiées de manière indépendante et les personnes citées n’ont pas pu être jointes pour réaction.
Une crise qui touche aussi la ville de Kirundo
La pénurie d’eau n’épargne pas les zones urbaines. Dans plusieurs quartiers de la ville de Kirundo, les habitants font également face à des coupures prolongées.
« Cela fait presque six mois que nous n’avons plus d’eau. Nous sommes obligés de vivre ainsi », raconte un habitant du quartier Bushaza.
Les bornes-fontaines installées par l’organisation Africa Water avaient suscité beaucoup d’espoir, mais elles ne fonctionnent plus depuis plusieurs mois selon les habitants.
« La maintenance confiée à la commune a échoué. Aujourd’hui, ces infrastructures ne servent plus à rien », déplore un résident.
Les habitants redoutent désormais l’apparition d’épidémies telles que le choléra.
La Regideso pointée du doigt
Les habitants accusent également la Regideso de manque de transparence et d’inefficacité dans la gestion de la crise.
« On nous parle souvent de pannes de pompes, mais comment expliquer que cela dure des mois alors que des quartiers entiers n’ont plus d’eau ? », s’interroge un citoyen.
La Regideso, seule entreprise étatique chargée de la distribution de l’eau et de l’électricité, est également interpellée face à cette crise persistante.
Les écoles à internat en difficulté
La crise touche également le secteur éducatif. Plusieurs établissements à régime d’internat rencontrent de graves difficultés d’approvisionnement en eau.
Au lycée de Kanyinya et au lycée communal de Kirundo (Lycée Ndadaye), les élèves sont régulièrement contraints de quitter les établissements pour chercher de l’eau dans les environs.
« Certains reviennent tard, parfois dans des conditions inquiétantes. Les filles sont particulièrement exposées à des risques, mais nous n’avons pas d’alternative », confie un responsable scolaire.
Un appel urgent aux autorités
Face à l’ampleur de la crise, les habitants de Kiri, Kiyonza, Ruhehe et de la ville de Kirundo appellent les autorités à une intervention urgente.
Ils demandent la réhabilitation des infrastructures existantes, la relance des projets d’adduction d’eau et une meilleure gestion des équipements afin de mettre fin à une situation qui menace la santé, l’éducation et la sécurité de milliers de personnes.
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Notre photo : des femmes et des enfants à la recherche d’eau dans une rivière à Kirundo, illustrant les difficultés d’accès à l’eau potable dans plusieurs localités de la région
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