Buhumuza : amendes, menaces de prison et obligation de construire, les nouvelles mesures qui sèment la peur
SOS Médias Burundi
Buhumuza, 10 juillet 2026 — En province de Buhumuza, à l’est du Burundi, le pavage obligatoire des espaces privés donnant accès aux routes nationales, la campagne visant à éliminer les maisons couvertes de paille ainsi que de nouvelles conditions imposées aux futurs mariés provoquent un vif débat. Présentées par les autorités comme des mesures destinées à accélérer la modernisation de la province conformément à la Vision Burundi 2040-2060, ces décisions suscitent également des inquiétudes et des critiques parmi une partie de la population confrontée à de nombreuses difficultés économiques.
La Vision Burundi 2040-2060 est une stratégie nationale de développement à long terme élaborée par le gouvernement burundais. Elle vise à faire du Burundi un pays émergent à l’horizon 2040 et un pays développé à l’horizon 2060. Cette vision met notamment l’accent sur la modernisation des infrastructures, l’amélioration de l’habitat, l’urbanisation, la transformation de l’agriculture, l’industrialisation, le développement du capital humain, la gouvernance et l’attraction des investissements. Les autorités présentent ainsi les mesures liées à l’habitat et à l’aménagement urbain comme des actions contribuant à atteindre ces objectifs.
Dans les différentes communes de Buhumuza, les autorités provinciales mettent progressivement en œuvre l’obligation de paver les espaces privés bordant les routes nationales. Selon elles, cette initiative vise à embellir les centres urbains, réduire la poussière, lutter contre l’érosion, améliorer l’assainissement et rendre la province plus attractive pour les investisseurs.
Parallèlement, la campagne contre les maisons couvertes de paille se poursuit. Les autorités considèrent ce type d’habitat comme incompatible avec les objectifs de modernisation du pays.
Lors d’une réunion tenue le lundi 30 juin avec les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations non gouvernementales locales et internationales intervenant dans le développement de la province, la gouverneure de Buhumuza, Denise Ndaruhekere, a indiqué que plus de 52 000 habitations étaient encore couvertes de paille dans la province.
Elle a appelé les partenaires au développement à intégrer désormais l’amélioration de l’habitat dans leurs programmes afin d’accélérer le remplacement des toitures en paille par des matériaux durables.
À cette occasion, la gouverneure a également annoncé qu’à l’avenir, tout couple souhaitant se marier devra avoir construit une maison en briques cuites couverte de tôles avant la célébration du mariage. Selon elle, les futurs époux qui ne rempliront pas cette condition devront attendre avant de pouvoir célébrer leur union.
Des sanctions qui inquiètent les habitants
Concernant le pavage des espaces privés donnant accès aux routes nationales, les autorités provinciales ont engagé une campagne d’application des sanctions administratives contre les ménages qui ne se sont pas conformés à cette obligation.
Selon plusieurs habitants rencontrés dans différentes communes de Buhumuza, des amendes administratives allant de 100 000 à 500 000 francs burundais ont déjà été infligées à certains ménages.
Plusieurs d’entre eux affirment également avoir été avertis qu’un refus persistant d’exécuter cette mesure pourrait les exposer à une peine d’emprisonnement.
Ces annonces ont provoqué de nombreuses réactions parmi les jeunes, les parents et d’autres habitants de la province.
Certains reconnaissent que ces mesures pourraient contribuer à améliorer l’image de Buhumuza, renforcer la sécurité des habitations et accélérer le développement de la province.
D’autres estiment cependant que les exigences imposées dépassent les capacités financières de nombreux ménages. Ils évoquent le coût élevé des matériaux de construction, les difficultés économiques auxquelles sont confrontées de nombreuses familles et les conséquences que pourraient avoir les sanctions administratives sur les foyers les plus vulnérables.
Pour plusieurs habitants, l’annonce de possibles peines d’emprisonnement a renforcé les inquiétudes au sein de la population.

Une maison couverte de chaume dans une localité de la province de Buhumuza. Les autorités provinciales poursuivent une campagne visant à remplacer ce type d’habitat par des maisons couvertes de tôles, qu’elles présentent comme une étape vers la modernisation de l’habitat conformément à la Vision Burundi 2040-2060. © SOS Médias Burundi
La gouverneure défend les mesures
Face aux critiques, Denise Ndaruhekere maintient sa position. Elle affirme que ces décisions constituent des mesures obligatoires prises par le gouvernement dans le cadre de la modernisation du pays conformément à la Vision Burundi 2040-2060.
Selon elle, un délai suffisant a été accordé à la population afin de permettre à chacun de se préparer à leur mise en œuvre.
La gouverneure considère que les critiques proviennent essentiellement de ce qu’elle qualifie de « négativistes », qu’elle accuse de s’opposer systématiquement aux actions, programmes et projets du gouvernement destinés à promouvoir le développement du Burundi.
Elle a averti que toute opposition à ces mesures serait « nulle et non avenue » et a appelé la population à respecter les décisions des autorités.
La flambée des prix complique la modernisation de l’habitat
Ces nouvelles mesures interviennent dans un contexte marqué par une hausse continue des prix des matériaux de construction et de la main-d’œuvre.
Le prix d’un sac de ciment varie désormais entre 55 000 FBu pour le ciment produit localement par la Burundi Cement Company (BUCECO) et 75 000 FBu pour le ciment importé de la Zambie, de la République démocratique du Congo (RDC) ou de la Tanzanie.
La tôle simple BG 32, largement utilisée pour couvrir les habitations, est passée de 33 000 FBu à 55 000 FBu, soit une augmentation d’environ 66,7 %.
Les produits de finition connaissent également une forte hausse. Un seau de peinture à eau de 20 litres coûte actuellement 135 000 FBu, tandis qu’une boîte de peinture concentrée de 4 litres est vendue à 45 000 FBu.
À cette augmentation des matériaux s’ajoute celle de la main-d’œuvre. Selon les communes, le salaire journalier d’un maçon varie entre 25 000 et 35 000 FBu. Celui d’un aide-maçon oscille entre 15 000 et 20 000 FBu par jour.
Selon les relevés effectués sur le marché local, plusieurs matériaux importés ont également connu des hausses importantes au cours des derniers mois. Le tube métallique de 60 × 40 mm enregistre une augmentation d’environ 20 %, suivi du fer à béton de 8 mm avec 13,33 %, des clous à planche avec 12,5 %, du carton de carreaux avec 8,7 % et du triplex avec 6,25 %.
Cette flambée des prix rend encore plus difficile l’accès à un logement décent pour les ménages à faibles revenus.
Entre ambition de développement et réalités sociales
Pour les autorités, ces réformes constituent une étape nécessaire vers un Burundi plus moderne et mieux aménagé.
Mais pour une partie de la population, la priorité reste avant tout de répondre aux besoins essentiels du quotidien : se nourrir, accéder aux soins de santé et assurer l’éducation des enfants.
Plusieurs observateurs estiment que la réussite de cette politique dépendra non seulement de l’application des mesures annoncées, mais aussi de la capacité des autorités et de leurs partenaires à accompagner les ménages les plus modestes.
Pour les familles qui vivent encore sous des toits de chaume, le défi n’est pas simplement de choisir entre la paille et la tôle. Il est d’abord de disposer des moyens nécessaires pour améliorer leurs conditions de vie.
C’est dans cette réalité économique et sociale que se jouera l’avenir de la politique de modernisation de l’habitat à Buhumuza.
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Photo : La gouverneure de la province de Buhumuza remet un procès-verbal infligeant une amende de 300 000 francs burundais à un habitant pour ne pas s’être conformé à l’obligation de paver l’espace privé donnant accès à la route nationale. © SOS Médias Burundi
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