Bujumbura : entre 80 et 120 militaires congolais et miliciens Wazalendo blessés hospitalisés, des patients dénoncent une prise en charge à deux vitesses
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 29 juillet 2026 – Entre 80 et 120 militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et des miliciens Wazalendo blessés dans les combats qui se poursuivent dans l’est de la RDC sont actuellement soignés au Tanganyika Hospital, un établissement privé situé dans le quartier Nyabugete, en commune Mugere, au sud de Bujumbura. Leur présence provoque des inquiétudes parmi les autres patients, qui dénoncent un ralentissement de leur prise en charge et demandent leur transfert vers un hôpital militaire.
Selon plusieurs sources concordantes recueillies par SOS Médias Burundi, les premiers blessés ont commencé à être admis vers la fin de la semaine du 10 juillet. Depuis, leur nombre n’a cessé d’augmenter pour atteindre entre 80 et 120 personnes.
D’après des patients, leurs accompagnants et des habitants du quartier, les militaires et miliciens traverseraient le lac Tanganyika, principalement de nuit, avant de débarquer au port de pêche dénommé « Olympic », situé à Nyabugete. Ils seraient ensuite transportés vers le Tanganyika Hospital pour y recevoir des soins.
Les mêmes sources affirment que le personnel médical accorde une priorité à ces blessés, ce qui entraînerait des retards dans la prise en charge des autres malades.
« Les médecins et les infirmiers sont mobilisés en permanence autour de ces militaires. Les autres patients doivent parfois attendre longtemps avant d’être consultés », déplore un accompagnant rencontré sur place.
Plusieurs témoins soutiennent également que les frais liés aux soins de ces blessés seraient entièrement pris en charge par le gouvernement burundais. SOS Médias Burundi n’a toutefois pas été en mesure de vérifier cette information de manière indépendante.
Face à cette situation, des patients et des riverains demandent au ministère de la Santé publique et de la Lutte contre le sida ainsi qu’au ministère de la Défense nationale et des Anciens combattants de transférer ces militaires et miliciens vers l’hôpital militaire de Kamenge, situé au nord de Bujumbura, ou vers la République démocratique du Congo afin de désengorger cet établissement privé.
Selon plusieurs sources, l’hôpital militaire de Kamenge accueille déjà de nombreux militaires burundais blessés lors des combats dans l’est de la RDC.
Par ailleurs, des informations circulant dans certains milieux soutiennent que le chef d’état-major de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB), le général Prime Niyongabo, serait propriétaire ou principal actionnaire du Tanganyika Hospital. À ce stade, SOS Médias Burundi n’a trouvé aucun élément permettant de confirmer cette information, qui demeure donc non vérifiée.
La direction du Tanganyika Hospital n’était pas disponible pour réagir aux informations recueillies par SOS Médias Burundi au moment de la publication de cet article.

Une chambre d’hospitalisation du Tanganyika Hospital accueillant des militaires congolais et des combattants Wazalendo blessés dans les affrontements dans l’est de la RDC. © SOS Médias Burundi
Un engagement militaire qui se poursuit
Le Burundi reste engagé dans les opérations militaires menées dans l’est de la République démocratique du Congo aux côtés des FARDC et des miliciens Wazalendo, dans leur lutte contre l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23).
Après la prise de Goma par les rebelles fin janvier 2025, puis de Bukavu à la mi-février 2025, l’armée burundaise a redéployé une partie importante de ses troupes dans la plaine de la Rusizi. Elle y a subi de lourdes pertes avant la prise d’Uvira en décembre 2025, une ville stratégique située à quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où sont concentrées les agences des Nations unies et une grande partie de l’administration centrale.
Le Burundi a ensuite rapatrié une grande partie de ses soldats en décembre 2025 avant de procéder à de nouveaux redéploiements après le retrait des rebelles d’Uvira et de la plaine de la Rusizi, notamment sous l’effet de pressions diplomatiques américaines.
Depuis plusieurs mois, les affrontements se concentrent dans les territoires de Mwenga et de Fizi, dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu. La coalition gouvernementale y a perdu plusieurs positions stratégiques face aux rebelles de Twirwaneho, un groupe armé composé majoritairement de combattants issus de la communauté Banyamulenge et désormais allié à l’AFC/M23.
Le M23, une ancienne rébellion tutsi ayant repris les armes fin 2021, affirme combattre en raison du non-respect des engagements pris par Kinshasa concernant la réinsertion de ses anciens combattants. Il est aujourd’hui intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition politico-militaire dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI), qui plaide pour une réforme profonde de l’État congolais à travers un système fédéral.
Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi, le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025.
Les autorités burundaises et congolaises accusent le Rwanda de soutenir l’AFC/M23, ce que Kigali continue de démentir. Toutefois, plusieurs rapports d’experts des Nations unies publiés en 2025 ont fait état de la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés de cette coalition.
Celle-ci contrôle aujourd’hui plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où elle a installé une administration parallèle et établi son quartier général à Goma, la plus grande ville de l’est de la République démocratique du Congo.
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Photo : Une salle d’attente du Tanganyika Hospital où sont pris en charge des militaires congolais et des combattants Wazalendo blessés dans les affrontements dans l’est de la RDC. © SOS Médias Burundi
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