Hôpital Roi Khaled : la maternité au bord de l’asphyxie, les urgences obstétricales en danger

Hôpital Roi Khaled : la maternité au bord de l’asphyxie, les urgences obstétricales en danger

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 31 juillet 2026 — La forte affluence enregistrée à l’hôpital Roi Khaled de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, considéré comme le plus important établissement hospitalier universitaire du pays et l’un de ses plus grands hôpitaux, notamment au service de maternité, inquiète les professionnels de santé. Selon plusieurs sources hospitalières, l’établissement fait face à une saturation de ses capacités depuis la suspension des soins gratuits dans certains autres hôpitaux, une situation qui met sous forte pression la prise en charge des urgences obstétricales.

D’après les témoignages recueillis, les blocs opératoires, les services de réanimation et de néonatologie fonctionnent régulièrement au-delà de leurs capacités. Le personnel soignant, confronté à un nombre élevé de patientes, serait contraint de prioriser les cas les plus urgents, tandis que certaines femmes sont orientées vers d’autres structures sanitaires, elles-mêmes parfois saturées.

« Nous recevons un nombre de patientes qui dépasse largement nos capacités. Les blocs opératoires, la réanimation et la néonatologie fonctionnent sous une pression permanente, ce qui nous oblige parfois à faire des choix difficiles dans la prise en charge », témoigne une source hospitalière.

Des décès attribués à des retards de prise en charge

Selon plusieurs sources concordantes, cette situation aurait déjà eu des conséquences graves. Certaines patientes et leurs nouveau-nés auraient perdu la vie à la suite de retards dans la prise en charge ou faute d’avoir pu bénéficier à temps d’une intervention chirurgicale d’urgence, notamment une césarienne.

Les professionnels interrogés évoquent plusieurs complications obstétricales nécessitant une intervention immédiate, notamment des cas de pré-éclampsie sévère, de rupture utérine et d’autres urgences mettant en jeu la vie de la mère et de l’enfant.

Ils expliquent que les transferts répétés entre établissements, dus au manque de places disponibles ou à l’indisponibilité des blocs opératoires, font perdre un temps précieux alors que chaque minute peut être déterminante.

« En obstétrique, le temps est un facteur décisif. Les retards liés au manque de places, aux transferts ou à l’indisponibilité des équipements peuvent avoir des conséquences dramatiques pour la mère et le nouveau-né », explique un professionnel de santé.

Deux décès signalés le vendredi 17 juillet

La gravité de la situation se serait notamment illustrée le vendredi 17 juillet. Selon des sources hospitalières, deux femmes seraient décédées à la suite de complications obstétricales.

Parmi elles figurerait une patiente en provenance de Rubirizi, à la périphérie de Bujumbura. Elle présentait une rupture utérine nécessitant une intervention chirurgicale urgente.

Un autre cas rapporté concerne une femme transférée après son accouchement vers l’hôpital Roi Khaled. À son arrivée, elle présentait une pré-éclampsie avec une tension artérielle de 20/11, nécessitant une réanimation immédiate ainsi qu’une prise en charge spécialisée de son nouveau-né.

Selon les témoignages recueillis, les services de réanimation et de néonatologie étaient alors saturés et confrontés à un manque de matériel. L’équipe médicale aurait été contrainte d’orienter la patiente vers un autre établissement.

Le coût des soins, un autre obstacle

Les difficultés financières constituent également une barrière importante à l’accès rapide aux soins.

Selon plusieurs témoignages, certaines familles retarderaient la consultation ou éprouveraient des difficultés à couvrir les frais médicaux, ce qui pourrait aggraver l’état des patientes avant leur arrivée dans une structure adaptée.

Des professionnels de santé appellent à renforcer l’adhésion aux mutuelles de santé afin de réduire ces obstacles financiers et permettre une prise en charge plus rapide des urgences obstétricales.

Des alertes adressées au ministère de la Santé

D’après des sources concordantes, la direction de l’hôpital Roi Khaled aurait déjà alerté le ministère de la Santé publique sur la saturation des services, le manque de matériel et les limites des capacités d’accueil.

Les professionnels de santé plaident pour un renforcement des ressources humaines, une augmentation des capacités des blocs opératoires, de la réanimation et de la néonatologie, ainsi qu’une meilleure coordination des transferts entre établissements.

Ils demandent également des mesures urgentes afin d’éviter que la surcharge des services ne compromette davantage la prise en charge des femmes enceintes et des nouveau-nés.

Pour eux, une réponse rapide est nécessaire afin de réduire les délais de prise en charge et limiter les risques pour les patientes et leurs enfants.

_____________________________________________

Photo : Des femmes accompagnées de leurs enfants dans une allée de l’hôpital Roi Khaled à Bujumbura, en mars 2025. © SOS Médias Burundi

Previous Gitega veut séduire sa diaspora, mais la confiance reste fragile
Next Camp de Mahama : les réfugiés dénoncent une « réduction cachée » de l’assistance du HCR

You might also like

Santé

Covid-19 : négligence dans la gestion du Coronavirus, risque de forte contamination dans Bujumbura la capitale économique

Depuis trois mois, les habitants de la capitale économique Bujumbura sont appelés à se rendre sur les centres de dépistage pour le Covid-19. Plusieurs cas positifs sont détectés selon des

Santé

Covid-19: 529 cas positifs confirmés

Ce week-end, le ministère en charge de la santé a mis à jour la situation épidémiologique de la pandémie depuis mars dernier, où le premier cas a été identifié au

Santé

Burundi : la lutte contre le Sida au bord d’un recul historique

SOS Médias Burundi Bujumbura, 1er décembre 2025 —Après deux décennies de progrès significatifs, la lutte contre le VIH/Sida au Burundi traverse une phase critique. Des chiffres encourageants montrent l’efficacité des