Burundi-Rwanda : deux incidents en cinq jours, la frontière au bord de l’embrasement

Burundi-Rwanda : deux incidents en cinq jours, la frontière au bord de l’embrasement

SOS Médias Burundi

Buhumuza, 8 septembre 2026— Deux incidents impliquant des militaires burundais et rwandais ont été signalés en l’espace de cinq jours dans des zones frontalières du nord du Burundi. Le dernier, marqué par des tirs samedi 5 septembre, ravive les inquiétudes dans une région déjà fragilisée par les tensions entre Gitega et Kigali.

La tension monte à nouveau le long de la frontière entre le Burundi et le Rwanda. Dans la vallée de Kibaya, située dans la province de Buhumuza, au nord-est du Burundi, près de la rivière Kagera, des habitants rapportent de nouveaux mouvements de militaires et de membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, ancienne rébellion hutu devenue parti politique et au pouvoir depuis 2005.

À l’origine de cette nouvelle tension, selon des sources locales, le changement du lit de la rivière Kagera. Le cours d’eau aurait progressivement débordé vers le territoire burundais, alimentant de nouvelles contestations autour des limites territoriales et des terres situées de part et d’autre de la frontière.

Des agriculteurs rwandais auraient profité de cette situation pour entrer dans la zone et y labourer des terres. Du côté burundais, leur présence aurait été perçue comme une tentative de franchissement de la limite territoriale.

Des tirs signalés samedi

La situation aurait pris une nouvelle tournure samedi 5 septembre. Des sources locales font état d’un bref échange de tirs entre militaires burundais et rwandais dans la zone. Aucun bilan de victimes n’était disponible au moment de la publication.

Des responsables militaires rwandais et burundais se rencontrent dans le nord-ouest du Burundi, à la frontière avec le Rwanda, le 14 mars 2021, après des accusations de violations de la frontière. À l’époque, les deux parties avaient privilégié le dialogue pour tenter d’apaiser les tensions. ©SOS Médias Burundi
Des responsables militaires rwandais et burundais se rencontrent dans le nord-ouest du Burundi, à la frontière avec le Rwanda, le 14 mars 2021, après des accusations de violations de la frontière. À l’époque, les deux parties avaient privilégié le dialogue pour tenter d’apaiser les tensions. ©SOS Médias Burundi

Une source administrative locale avance toutefois une autre version des faits. Selon elle, les militaires burundais auraient ouvert le feu en direction d’une petite embarcation motorisée appartenant à la marine rwandaise, estimant que celle-ci avait franchi la limite territoriale.

«« Les militaires burundais ont tiré parce qu’ils estimaient que le bateau avait dépassé la limite », affirme cette source.»

Cette version n’a pas pu être confirmée auprès des autorités militaires ou administratives des deux pays.

Deux incidents en cinq jours

Cet épisode intervient cinq jours seulement après un autre incident signalé dans la zone de Mugendo, dans la commune de Kirundo, en province de Butanyerera, au nord du Burundi.

Des habitants rapportent que, le 31 août, trois jeunes pêcheurs burundais auraient accidentellement franchi la frontière au niveau de la rivière Kanyaru. Selon ces témoignages, ils auraient alors été pris pour cible par des tirs attribués à des militaires rwandais.

Les trois jeunes se seraient réfugiés dans la végétation pour échapper aux tirs. Des habitants affirment que des militaires rwandais auraient ensuite mis le feu à une partie de la végétation, pensant que les pêcheurs s’y étaient cachés. Ces derniers auraient finalement regagné le territoire burundais en traversant la rivière à la nage.

Ces informations, recueillies auprès de sources locales, n’ont pas pu être vérifiées indépendamment.

Des hommes armés déployés le long des cours d’eau

Depuis ces incidents, la présence des forces de sécurité aurait été renforcée de part et d’autre de la frontière.

Des centaines de militaires burundais ainsi que des membres des Imbonerakure auraient été positionnés le long de la Kagera, jusqu’aux environs du lac Cohoha. Certains membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD seraient munis d’armes blanches.

Du côté rwandais, d’importants effectifs militaires auraient également été déployés dans les secteurs concernés, certains étant armés.

La présence de ces hommes dans une zone où les limites territoriales sont parfois difficiles à déterminer alimente les craintes d’un nouvel incident.

Une frontière difficile à délimiter

Le changement du cours des rivières frontalières n’est pas un phénomène nouveau. Dans plusieurs secteurs, les modifications du lit des cours d’eau ont par le passé compliqué la détermination exacte de la frontière entre le Burundi et le Rwanda, donnant lieu à des conflits autour des terres.

La rivière Kagera constitue notamment un point sensible dans cette région. Lorsque son cours se modifie, les populations riveraines peuvent se retrouver face à des incertitudes sur les limites territoriales, avec des conséquences directes sur l’accès aux terres agricoles et aux zones de pêche.

La Ligue ITEKA avait déjà alerté

Un rapport de la Ligue ITEKA, pionnière de la défense des droits humains au Burundi et aujourd’hui active depuis l’exil, faisait état en 2025 de barrières installées dans la commune de Ntega, notamment près de la rivière Kanyaru, avec des armes confiées à certains membres des Imbonerakure.

Cette situation avait déjà illustré la sensibilité de certains secteurs frontaliers, où les cours d’eau servent de repères territoriaux et où la présence d’hommes armés peut rapidement faire monter la tension.

« Il n’y a même pas un mot »

Selon un journaliste local qui suit depuis plusieurs années les questions frontalières, de précédents incidents de ce type avaient généralement donné lieu à des rencontres entre les responsables administratifs et sécuritaires des régions concernées.

Ces responsables se réunissaient pour tenter de calmer les tensions et trouver des solutions locales. Lorsque les différends devenaient plus importants, ils pouvaient être portés à l’attention des ministères chargés de la Défense, de la Sécurité ou des Affaires étrangères.

« Mais avec les récents développements, pas même un mot », déplore le journaliste, qui s’inquiète de l’absence apparente de dialogue autour des derniers incidents.

Des relations déjà fortement dégradées

Ces nouveaux incidents surviennent alors que les relations entre Gitega et Kigali sont au plus bas depuis plusieurs années.

La frontière terrestre entre les deux pays est fermée depuis janvier 2024, sur fond de détérioration des relations entre Gitega et Kigali. La fermeture avait été annoncée par les autorités burundaises en janvier 2024.

Des habitants puisent de l’eau dans le lac Nyagitamo, dans la région de Kirundo, au nord du Burundi, non loin de la frontière avec le Rwanda. ©SOS Médias Burundi,Je préfère « puisent de l’eau dans le lac » à « sur le lac », qui est moins naturel ici.
Des habitants puisent de l’eau dans le lac Nyagitamo, dans la région de Kirundo, au nord du Burundi, non loin de la frontière avec le Rwanda. ©SOS Médias Burundi, je préfère « puisent de l’eau dans le lac » à « sur le lac », qui est moins naturel ici.

La situation s’est encore aggravée avec la crise dans l’est de la République démocratique du Congo. Le Burundi et la RDC accusent le Rwanda de soutenir l’AFC-M23, une coalition politico-militaire active dans l’est congolais. Kigali rejette ces accusations et affirme, de son côté, que Gitega et Kinshasa soutiennent des groupes hostiles au Rwanda, notamment les FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Dans ce contexte régional particulièrement tendu, le moindre incident à la frontière entre le Burundi et le Rwanda fait craindre une escalade.

Une population dans l’incertitude

Dans la vallée de Kibaya comme à Mugendo, les populations vivant près de la frontière suivent avec inquiétude l’évolution de la situation.

« La population a peur et ne sait pas comment la situation va évoluer », confie un habitant de la région.

Après deux incidents signalés en seulement cinq jours, les habitants redoutent désormais que les tensions liées aux frontières, aux terres et aux cours d’eau ne débouchent sur des affrontements plus importants.

________________________________________

Photo : les présidents Paul Kagame et Évariste Ndayishimiye se serrent la main après leur tête-à-tête, en marge d’un sommet des chefs d’État de l’EAC, le 4 février 2023 à Bujumbura. Malgré cette poignée de main, leurs armées restent en état d’alerte le long de la frontière entre les deux pays. ©SOS Médias Burundi

Previous Photo de la semaine- Buhumuza : Kigarika, le nouveau laboratoire de la militarisation des Imbonerakure

You might also like

Politique

Burundi-Élections 2020 : la COSOME doute de la crédibilité des résultats

La Coalition des Organisations de la SOciété civile pour le Monitoring des Elections (COSOME) dénonce au travers d’un communiqué, « l’intolérance politique » qui a caractérisé le triple scrutin au Burundi ce

Politique

Bwambarangwe/ Kirundo : des représentants du CNL arrêtés de nouveau après leur relaxation

Longin NKEZABAHIZI, représentant communal du parti CNL et Fabrice BANDEREMBAKO, secrétaire communal de ce parti, ont été interpellés de nouveau ce mardi dans l’après-midi par Salvator MIBURO, conseiller de l’administrateur

Politique

Présidentielle 2027 : l’UPRONA joue-t-il les figurants pour le pouvoir ?

SOS Médias Burundi Bujumbura, 10 août 2026 — Reconduit pour cinq ans à la tête de l’UPRONA, Olivier Nkurunziza devra conduire le parti historique de l’indépendance vers la présidentielle de