Gitega : traqués, détenus puis renvoyés dans les camps, le calvaire des réfugiés congolais
SOS Médias Burundi
Gitega, 7 septembre 2026 —Une centaine de réfugiés congolais installés à Gitega, la capitale politique du Burundi, ont été contraints de quitter la ville dans la soirée du samedi 5 septembre et au cours de la journée du dimanche 6 septembre, après avoir été interpellés lors d’une opération de contrôle menée dans certains quartiers de la ville.
Selon plusieurs témoignages recueillis auprès des personnes concernées, l’opération de contrôle s’est déroulée dans la matinée du samedi 5 septembre dans les quartiers de Kishwahili et Karera. Les réfugiés ont été invités à présenter les documents les autorisant à résider en milieu urbain.
Plusieurs personnes contrôlées ne disposaient pas, selon les autorités chargées du contrôle, des documents requis pour justifier leur présence en milieu urbain. Les réfugiés expliquent notamment que le document qui leur permettait auparavant d’obtenir leur autorisation de séjour en milieu urbain n’est désormais plus délivré, les plaçant dans une situation particulièrement difficile.
À la suite de cette opération, plusieurs réfugiés ont été conduits au commissariat, où ils sont restés pendant plusieurs heures avant l’intervention des représentants de l’Office national de protection des réfugiés et des apatrides (ONPRA).
Les représentants de l’ONPRA sont intervenus afin d’organiser leur retour vers leurs camps d’origine.
Cette expulsion intervient alors que plusieurs réfugiés avaient récemment quitté les camps pour s’installer à Gitega.
Pour beaucoup d’entre eux, cette installation répondait principalement à une préoccupation : assurer une meilleure scolarisation à leurs enfants.
Certaines familles avaient déjà trouvé des logements, payé des loyers et versé des cautions ou des garanties aux propriétaires. Elles avaient également engagé des dépenses pour meubler leurs maisons et préparer leurs enfants pour la rentrée scolaire prévue le lundi 14 septembre 2026.
Le retour précipité vers les camps représente donc, pour ces familles, une perte financière importante et une profonde incertitude concernant la poursuite de la scolarité des enfants.
La situation est particulièrement préoccupante pour les enfants qui fréquentaient déjà des établissements scolaires à Gitega.
Certains élèves avaient déjà effectué les démarches nécessaires pour cette rentrée scolaire, tandis que leurs parents avaient engagé des dépenses pour les uniformes, les fournitures scolaires, les frais de logement et d’autres besoins liés à leur installation.
Plus préoccupant encore, certains élèves ont été contraints de retourner dans les camps alors que leurs parents y avaient également été reconduits, interrompant brutalement leur scolarité à Gitega.
« Nous avons tout perdu en quelques heures », témoigne un réfugié expulsé.
Un réfugié congolais, qui a requis l’anonymat, raconte avoir vécu une journée particulièrement éprouvante. Il a été contrôlé samedi matin avant de passer plusieurs heures en détention, dans l’attente de connaître son sort.
« Nous étions venus à Gitega essentiellement pour l’avenir de nos enfants. Nous avions loué des maisons, acheté certaines choses et préparé leurs fournitures scolaires parce que la rentrée devait commencer lundi. Nous ne pensions pas qu’en quelques heures nous allions devoir tout abandonner », témoigne-t-il.
Selon lui, les familles se retrouvent aujourd’hui face à d’importantes pertes matérielles et financières.
« Nous avions payé le loyer, donné des garanties aux propriétaires et dépensé beaucoup d’argent pour nous installer. Certains avaient déjà préparé leurs enfants pour l’école. Maintenant, on nous demande de retourner au camp sans nous laisser suffisamment de temps pour récupérer ce que nous avons investi », poursuit-il.
Le réfugié dit également redouter les conséquences de cette situation sur les enfants.
« Ce qui nous fait le plus mal, ce sont les enfants. Ils étaient prêts pour la rentrée. Certains avaient leurs uniformes, leurs cahiers et tout ce qu’il fallait pour commencer les cours. Aujourd’hui, ils se retrouvent obligés de retourner au camp. Nous avons peur qu’ils abandonnent l’école ou qu’ils prennent beaucoup de retard », déplore-t-il.
Il appelle les autorités et les organisations chargées de la protection des réfugiés à prendre en considération la situation des familles et, surtout, l’intérêt supérieur des enfants.
L’expulsion des réfugiés congolais de Gitega intervient dans un contexte où la présence des réfugiés en milieu urbain demeure sensible.
Les personnes expulsées demandent notamment à comprendre les nouvelles règles applicables à leur séjour en ville et souhaitent que les autorités précisent les documents désormais nécessaires pour pouvoir y résider légalement.
Au moment de la publication, les autorités chargées de la gestion et de la protection des réfugiés n’avaient pas encore communiqué publiquement sur cette opération ni sur les raisons précises ayant conduit à la reconduite de ces réfugiés vers leurs camps.
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Photo : des réfugiés congolais arrêtés dans une zone urbaine du nord-ouest du Burundi. À Gitega, une centaine de réfugiés congolais ont été interpellés avant d’être reconduits vers leurs camps d’origine. © SOS Médias Burundi
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