Burunga : plus d’un milliard de francs de recettes, mais des machines à l’arrêt et des citoyens contraints d’attendre des mois
SOS Médias Burundi
Burunga, 7 septembre 2026— Au Guichet unique de Makamba, chef-lieu de la province de Burunga, au sud du Burundi, les citoyens dénoncent des mois d’attente pour obtenir certains documents administratifs. Machines insuffisantes ou mal entretenues, coupures répétitives d’électricité et absence d’une solution énergétique de secours compliquent davantage le fonctionnement des services. Une situation jugée d’autant plus incompréhensible par les usagers que le centre générerait plus d’un milliard de francs burundais de recettes par mois.
Des mois d’attente pour obtenir un document
Des citoyens venus solliciter des passeports, des documents de voyage et d’autres pièces administratives affirment devoir attendre plusieurs mois avant d’obtenir les documents demandés.
Ces délais prolongés entraînent des dépenses supplémentaires, notamment en transport, restauration et hébergement. Pour ceux qui viennent de communes ou de localités éloignées, la situation est particulièrement pénible.
Certains passent de longues heures dans les files d’attente et sont parfois contraints de multiplier les déplacements entre leur domicile et le chef-lieu de la province, sans garantie d’obtenir rapidement le document recherché.
Depuis 2017, des machines sans entretien ?
Au-delà des longues files d’attente, l’état des équipements constitue l’une des principales préoccupations.
Selon les informations recueillies sur place, le service chargé du traitement des passeports ne disposerait actuellement que de deux machines fonctionnelles.
Plus préoccupant encore, des sources sur place affirment que, depuis la mise à disposition de ces machines en 2017, aucun entretien significatif n’aurait été effectué sur ces équipements.
Cette absence de maintenance serait l’une des raisons avancées pour expliquer les pannes et les difficultés de fonctionnement.
La situation serait encore plus préoccupante dans d’autres services du Guichet unique. Les bureaux chargés notamment des laissez-passer, des documents de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL), des documents de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), des extraits du casier judiciaire et d’autres pièces administratives ne disposeraient pas des machines nécessaires à certaines opérations.
Le manque d’équipements ne ferait donc pas que ralentir le traitement des dossiers : il contribuerait directement à l’allongement des délais auxquels sont confrontés les citoyens.
Un système solaire qui soulève des interrogations
Les problèmes d’équipement ne concernent pas uniquement les machines utilisées pour traiter les documents.
Le Guichet unique avait également été doté d’une installation destinée à fournir une source d’énergie alternative grâce au solaire.
Mais, selon les informations recueillies sur place, les batteries prévues dans ce dispositif n’auraient pas été accompagnées de panneaux solaires permettant de les alimenter correctement.
Cette situation suscite des interrogations parmi les usagers : pourquoi installer un système censé servir de solution de secours énergétique sans lui fournir les équipements nécessaires à son fonctionnement ?
Ces interrogations prennent une importance particulière dans un contexte où les coupures d’électricité sont fréquentes et perturbent régulièrement le fonctionnement des différents services.
Quand les usagers proposent eux-mêmes de financer le courant
Les coupures répétitives d’électricité aggravent considérablement les difficultés.
Lorsque le courant est interrompu, certaines opérations sont paralysées, obligeant les demandeurs à patienter davantage alors qu’ils ont parfois parcouru de longues distances pour accéder au service.
Face à cette situation, certains citoyens vont jusqu’à proposer de louer eux-mêmes un groupe électrogène et d’acheter le carburant afin que les services puissent continuer à fonctionner et qu’ils puissent enfin obtenir leurs documents.
Pour les usagers, cette situation traduit l’ampleur du désarroi : des citoyens venus payer pour bénéficier d’un service public se retrouvent à envisager de financer eux-mêmes une partie des conditions matérielles nécessaires à la prestation de ce service.
Au-delà du cas du Guichet unique de Makamba, les difficultés liées à l’électricité touchent depuis plusieurs années plusieurs villes et secteurs d’activité de la petite nation de l’Afrique de l’Est. La situation est aggravée par la pénurie chronique de carburant, qui affecte également les structures et particuliers disposant de groupes électrogènes. Faute de carburant, ces équipements censés prendre le relais en cas de coupure ne peuvent pas toujours être utilisés, prolongeant ainsi les perturbations des services.
Plus d’un milliard de francs de recettes : où sont les investissements ?
La situation soulève également des questions sur les ressources générées par le Guichet unique.
Selon des informations recueillies sur place, le centre générerait plus d’un milliard de francs burundais de recettes par mois.
Si ce chiffre est confirmé, plusieurs usagers s’interrogent sur les raisons pour lesquelles des moyens suffisants ne seraient pas mobilisés pour assurer l’entretien régulier des machines, renouveler les équipements défectueux et mettre en place une véritable solution énergétique de secours.
Ils s’interrogent également sur le fait que des équipements installés depuis plusieurs années puissent fonctionner sans maintenance adéquate, alors que les citoyens continuent de payer pour les documents sollicités.
Les usagers demandent une intervention urgente
Pour les citoyens confrontés à ces difficultés, le problème ne se résume donc plus à une simple lenteur administrative.
Il touche désormais à la disponibilité des équipements, à leur entretien, à l’alimentation électrique et, plus largement, à la capacité du service public à répondre aux besoins de la population.
Les usagers demandent aux autorités compétentes de faire un état des lieux des équipements du Guichet unique de Makamba, de procéder à l’entretien ou au remplacement des machines défectueuses et de rendre pleinement opérationnel le système d’énergie solaire.
Ils souhaitent également que des solutions durables soient trouvées aux coupures d’électricité afin d’éviter que les citoyens ne soient contraints de supporter eux-mêmes les coûts liés au fonctionnement du service.
À Makamba, le paradoxe est de plus en plus visible : des citoyens proposent de payer pour obtenir des documents administratifs, attendent parfois pendant des mois et vont jusqu’à proposer de financer le carburant d’un groupe électrogène, tandis que les équipements destinés à assurer le fonctionnement du service restent insuffisants ou mal entretenus.
Une situation qui appelle désormais des explications, mais surtout des mesures concrètes. Les responsables concernés n’avaient pas encore réagi à ces préoccupations au moment de la publication.
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Photo : un jeune homme marche dans une rue principale du chef-lieu de la province de Burunga. Les usagers du Guichet unique de Makamba dénoncent de longs délais d’attente pour obtenir certains documents administratifs. ©SOS Médias Burundi
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