Passeports au Burundi : corruption, trafic humain et lenteur, les citoyens pris en otage par la PAFE
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 12 mars 2026 — Autrefois symbole de rigueur et de transparence, la Police de l’air, des frontières et des étrangers (PAFE) est aujourd’hui accusée de corruption, de lenteur administrative et de complicité dans le trafic de femmes et filles burundaises vers les pays du Golfe. Les citoyens, confrontés à des délais interminables et à des pratiques illicites, dénoncent une véritable prise en otage.
Devant les bureaux de la PAFE au quartier Kigobe, dans la commune Ntahangwa au nord de la capitale économique Bujumbura, des files d’attente interminables témoignent chaque jour de la lenteur du service. Les guichets uniques installés dans les anciens chefs-lieux provinciaux, censés rapprocher les services administratifs de la population, sont jugés peu efficaces, laissant de nombreux citoyens désabusés.
Plusieurs demandeurs contactés par SOS Médias Burundi affirment attendre leur passeport depuis plus de cinq mois, sans aucune réponse. Face à ces délais, beaucoup ne savent plus à quelle autorité s’adresser.
Un passeport officiel hors de portée
Officiellement, un passeport ordinaire coûte 300 000 francs burundais. Mais selon plusieurs témoignages, certains agents et commissionnaires exigent des sommes bien plus élevées pour accélérer le processus, allant de 700 000 à un million de francs burundais. Ceux qui paient peuvent recevoir leur document en seulement deux jours, tandis que les autres patientent pendant plusieurs mois.
Complicité dans le trafic humain
Au-delà des lenteurs et de la corruption, des rapports d’experts et de défenseurs des droits humains révèlent que certains agents de la PAFE auraient collaboré avec des commissionnaires pour faciliter le départ de femmes et filles burundaises vers les pays du Golfe, alimentant ainsi un réseau de trafic humain.
Le ministre en charge de la sécurité a récemment alerté l’Assemblée nationale, affirmant qu’il n’acceptera plus que « le Burundi subisse des sanctions à cause des fonctionnaires corrompus qui s’adonnent au trafic humain ».

Des habitants attendent devant un bureau de délivrance des documents de voyage dans les locaux de la PAFE à Bujumbura, témoignant des longues files d’attente et de la forte demande pour l’obtention de passeports et autres documents administratifs. © SOS Médias Burundi
Une réponse officielle timide mais prometteuse
Le commissaire général des migrations, Maurice Mbonimpa, a annoncé que les demandeurs pourront désormais obtenir leur passeport dans un délai de deux semaines, citant une panne technique à l’origine des retards. Il a précisé que la machine de production des passeports est de nouveau opérationnelle, capable de produire 1 500 à 2 000 documents par jour.
Pour lutter contre les pratiques illicites, Mbonimpa a rappelé que le prix officiel d’un passeport ordinaire est de 300 000 francs burundais, versé directement à la banque, et que quiconque exige plus est un commissionnaire, impliqué dans des pratiques de corruption. Des mesures ont déjà été prises : quatre policiers et sept civils ont été arrêtés, tandis que quinze autres suspects sont encore recherchés.
Une pression croissante sur les citoyens
Chaque jour, entre 1 000 et 1 200 personnes se présentent pour déposer leur demande, face à une demande en forte hausse due au départ de nombreux Burundais vers l’étranger. Cette situation, qualifiée de « difficile à gérer » par la direction de la PAFE, exacerbe le sentiment de frustration et d’injustice chez les citoyens.
Pour améliorer durablement la situation, la PAFE a sollicité l’acquisition de nouvelles machines de production, mais les usagers restent sceptiques. Pour beaucoup, obtenir un passeport au Burundi est devenu un véritable parcours du combattant, entre lenteur, corruption et dangers liés au trafic humain.
Il y a quelques années, la police de l’air, des frontières et des étrangers était considérée comme l’un des organes les mieux organisés et transparents au Burundi, un des pays les plus pauvres et où la corruption reste très présente, selon plusieurs rapports d’organisations internationales.
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Photo : Un parking à l’entrée principale de la PAFE à Bujumbura, où de nombreux citoyens attendent pour déposer leur demande de passeport et d’autres documents administratifs. © SOS Médias Burundi
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