Présidentielle 2027 : l’UPRONA joue-t-il les figurants pour le pouvoir ?
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 10 août 2026 — Reconduit pour cinq ans à la tête de l’UPRONA, Olivier Nkurunziza devra conduire le parti historique de l’indépendance vers la présidentielle de 2027. Le congrès national du 8 août a désigné Abel Gashatsi comme candidat à la magistrature suprême. Mais les contestations internes et la proximité de l’aile reconnue du parti avec le pouvoir alimentent une question de plus en plus sensible : l’UPRONA veut-il réellement reprendre le pouvoir ou risque-t-il de n’être qu’un « accompagnateur » du CNDD-FDD dans la prochaine présidentielle ?
L’Union pour le progrès national (UPRONA) veut se positionner dans la course à la présidentielle de 2027. Réunis samedi 8 août à la permanence nationale du parti, à Bujumbura (capitale économique), les congressistes ont reconduit Olivier Nkurunziza à la présidence pour un nouveau mandat de cinq ans et désigné Abel Gashatsi comme candidat du parti à la magistrature suprême.
Le congrès, placé sous le thème « L’unité est le bouclier du parti UPRONA et de notre pays », devait permettre à la formation historique de l’indépendance d’afficher son unité et de lancer sa bataille pour 2027.
Mais derrière cette démonstration d’unité, une contestation interne est venue rappeler les divisions qui continuent de traverser le parti.
Une contestation qui éclate en plein congrès
Avant même l’ouverture des travaux, des messages diffusés sur les réseaux sociaux et dans des groupes WhatsApp avaient annoncé un changement à la tête de l’UPRONA.
Serges Njebarikanuye, ancien responsable du parti dans la province de Buhumuza, y était présenté comme le successeur d’Olivier Nkurunziza. Un message vocal qui lui était attribué circulait également, dans lequel il se présentait comme le nouveau dirigeant de la formation.
Olivier Nkurunziza a toutefois ouvert le congrès et présenté son bilan ainsi que les orientations du parti pour les cinq prochaines années.
La contestation a ensuite éclaté pendant l’intervention de Prosper Bazombanza, vice-président de la République et figure de référence de l’UPRONA.
Quatre militants ont interrompu la séance pour dénoncer ce qu’ils considéraient comme des irrégularités dans l’organisation du congrès et dans les élections internes.
Les contestataires ont été évacués de la salle de réunion, à Ku Mugumya. Selon les informations communiquées pendant le congrès, ils ont ensuite été sanctionnés et suspendus des activités du parti pour cinq ans.
L’incident n’a cependant pas empêché la poursuite des travaux ni la reconduction d’Olivier Nkurunziza.
Nkurunziza promet l’unité
Reconduit à la tête de l’UPRONA, Olivier Nkurunziza a promis de travailler au rapprochement des différentes sensibilités du parti.
Il a également insisté sur les responsabilités historiques de l’UPRONA dans la vie politique et la gouvernance du Burundi.
Le président reconduit a assuré vouloir renforcer la cohésion du parti et a indiqué qu’il prendrait, conformément aux textes de l’UPRONA, des mesures contre toute personne cherchant à entraver son fonctionnement.
Mais la suspension de militants contestant le déroulement du congrès pourrait nourrir de nouvelles interrogations sur la démocratie interne du parti, au moment même où celui-ci cherche à se présenter comme une alternative politique crédible.
Gashatsi : « UPRONA va gagner »
Autre décision majeure du congrès : Abel Gashatsi a été désigné candidat de l’UPRONA à la présidentielle de 2027.
Ancien membre du bureau de la chambre basse du Parlement, Gashatsi s’est dit prêt à porter les couleurs de son parti et confiant dans ses chances de victoire.
« UPRONA va gagner et revenir à la tête du Burundi », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés lors du congrès.
Le candidat a toutefois affirmé que l’UPRONA accepterait une éventuelle défaite si les élections se déroulaient dans de bonnes conditions.
Il a appelé la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à garantir un processus électoral régulier et transparent.
Gashatsi a également invité les militants en désaccord avec la direction à revenir au sein de l’UPRONA afin de contribuer à l’unité et au renforcement du parti.

Abel Gashatsi, candidat de l’UPRONA à l’élection présidentielle de 2027, lors du congrès national ordinaire du parti à Bujumbura, le 8 août 2026. © DR/SOS Médias Burundi
Mais l’UPRONA peut-il réellement inquiéter le pouvoir ?
C’est toute la question.
La candidature d’Abel Gashatsi intervient dans un contexte où le président Évariste Ndayishimiye reste au centre des projections politiques en vue de 2027.
Dans certains milieux de l’opinion burundaise, la candidature de Gashatsi, comme celle d’autres prétendants, est déjà accueillie avec scepticisme.
Certains critiques les présentent comme de simples « accompagnateurs » du pouvoir, estimant que leur poids politique et électoral ne serait pas suffisant pour remettre en cause la domination du CNDD-FDD.
Cette lecture relève toutefois de l’analyse politique et non d’un fait établi.
L’UPRONA affirme au contraire vouloir gagner et revenir à la tête du pays.
Mais pour convaincre, le parti devra répondre à une question centrale : comment peut-il se présenter comme une véritable alternative au pouvoir alors que l’aile reconnue par les autorités est depuis plusieurs années considérée comme proche du CNDD-FDD ?
Une proximité avec le pouvoir qui nourrit les accusations
L’UPRONA est aujourd’hui traversé par plusieurs courants et ailes.
L’aile reconnue par le gouvernement continue de participer aux institutions et entretient des relations étroites avec le pouvoir.
Ses détracteurs vont jusqu’à considérer cette branche comme « ni plus ni moins qu’une branche du CNDD-FDD ».
Une accusation politique que l’UPRONA conteste, mais qui constitue l’un des principaux handicaps de son positionnement pour 2027.
Car une formation qui souhaite conquérir le pouvoir doit convaincre les électeurs qu’elle dispose d’une autonomie politique suffisante pour gouverner autrement.
Le défi est donc autant électoral qu’identitaire : l’UPRONA doit démontrer qu’il n’est pas simplement une composante du système politique actuel, mais une formation capable de proposer une véritable alternative.

Des militants de l’UPRONA défilent devant le président Évariste Ndayishimiye lors du lancement de la campagne électorale, le 9 mai 2025, au stade Ingoma, dans la capitale politique Gitega. © SOS Médias Burundi
Le parti de Rwagasore devenu une force marginale ?
Le contraste avec l’histoire de l’UPRONA est saisissant.
Fondé par le prince Louis Rwagasore, héros de l’indépendance assassiné en octobre 1961, le parti a joué un rôle majeur dans la lutte ayant conduit le Burundi à l’indépendance, proclamée le 1er juillet 1962.
Pendant plusieurs décennies, l’UPRONA a occupé une place centrale dans la vie politique burundaise.
Mais les crises, les divisions internes et la guerre civile ont profondément réduit son influence.
L’accord d’Arusha d’août 2000 a ouvert une période de transition destinée à mettre fin à la guerre civile et à réorganiser les institutions burundaises.
La victoire du CNDD-FDD aux élections de 2005 a ensuite marqué l’arrivée au pouvoir de cette ancienne rébellion hutu devenue un parti politique, après plusieurs années de guerre civile.
Depuis, l’UPRONA n’a jamais retrouvé son poids d’antan.
Une représentation parlementaire en net recul
Les résultats électoraux récents illustrent cette perte d’influence.
Lors des élections générales de 2020, l’UPRONA avait obtenu deux sièges à l’Assemblée nationale. Le parti avait ainsi conservé une présence parlementaire malgré son poids électoral limité.
L’un des deux députés issus de l’UPRONA avait par ailleurs été contesté par son propre parti.
Cette situation révèle le paradoxe actuel de la formation : elle conserve un poids historique et une certaine visibilité institutionnelle, mais son implantation électorale nationale apparaît fortement réduite.
L’UPRONA conserve également des représentants au sein de l’Assemblée législative de la Communauté d’Afrique de l’Est, alors qu’il ne dispose aujourd’hui d’aucun siège à l’Assemblée nationale issue des dernières législatives.
Un allié institutionnel qui veut devenir adversaire électoral
Le problème politique de l’UPRONA est donc particulièrement délicat.
D’un côté, le parti affirme vouloir revenir à la tête du Burundi.
De l’autre, son aile reconnue par le pouvoir a conservé des positions institutionnelles et une proximité avec le régime.
Cette situation permet à ses adversaires de lui attribuer un rôle d’« accompagnateur » dans les échéances électorales.
L’accusation est politiquement lourde : elle suggère que la présence de l’UPRONA dans la compétition présidentielle pourrait contribuer à donner une apparence de pluralisme sans véritablement menacer le pouvoir.
Mais si l’UPRONA veut faire taire cette critique, il devra démontrer son indépendance politique sur le terrain et présenter un projet suffisamment différent pour convaincre les électeurs.
2027 : le vrai défi commence maintenant
La présidentielle de 2027 se déroulera dans un Burundi confronté à d’importants défis économiques et sociaux : pauvreté, chômage, difficultés d’accès à certains services essentiels, pénuries et conséquences des crises régionales.
Les électeurs ne seront donc pas seulement appelés à choisir entre des personnalités ou des partis.
Ils devront aussi juger des projets concernant l’économie, l’emploi, l’agriculture, les infrastructures, la gouvernance et les conditions de vie.
Pour l’UPRONA, l’enjeu sera de transformer son héritage historique en force électorale contemporaine.
Le nom de Rwagasore ne suffira pas.
La proximité institutionnelle avec le pouvoir ne suffira pas non plus.
Et la désignation d’Abel Gashatsi ne garantit en elle-même aucun succès électoral.
Une présidentielle qui pourrait révéler le vrai poids de l’UPRONA
Avec Abel Gashatsi, l’UPRONA dispose désormais officiellement d’un candidat pour 2027.
Olivier Nkurunziza, reconduit pour cinq ans, dispose quant à lui du mandat nécessaire pour organiser la campagne et tenter de reconstruire la formation.
Mais les contestations du congrès montrent que l’unité reste fragile.
Surtout, le faible poids électoral récent du parti et sa proximité avec le pouvoir soulèvent une question difficile à éviter.
L’UPRONA est-il encore capable de revenir au pouvoir ou sa présence dans la présidentielle servira-t-elle surtout à accompagner le régime dans une compétition où le vainqueur serait déjà connu ?
La réponse ne viendra ni du congrès de l’UPRONA ni des déclarations de ses dirigeants.
Elle se mesurera sur le terrain, pendant la campagne, puis dans les urnes en 2027.
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Photo : Olivier Nkurunziza, président de l’UPRONA, lors du congrès national ordinaire du parti à Bujumbura, le 8 août 2026. DR/SOS Médias Burundi
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