Burunga : aliments thérapeutiques détournés, chiffres de malnutrition gonflés… un système présumé au cœur du scandale

Burunga : aliments thérapeutiques détournés, chiffres de malnutrition gonflés… un système présumé au cœur du scandale

SOS Médias Burundi

Burunga, 10 août 2026 — Des responsables de certains centres de santé de la province de Burunga, dans le sud du Burundi, sont accusés par des sources du secteur sanitaire de détourner et de revendre des aliments thérapeutiques destinés aux enfants malnutris. Les mêmes sources évoquent une manipulation présumée des chiffres de malnutrition afin d’obtenir davantage de produits nutritionnels. Une partie de ces aliments se retrouverait ensuite dans des boutiques, alors que des enfants souffrant réellement de malnutrition continueraient d’avoir besoin d’une prise en charge.

Dans plusieurs districts sanitaires de la province de Burunga, dans le sud du Burundi, des sources du secteur de la santé dénoncent un détournement présumé d’aliments thérapeutiques destinés aux enfants souffrant de malnutrition.

Selon ces sources, certains responsables sanitaires récupéreraient des produits nutritionnels, notamment des aliments à forte valeur énergétique et protéique, sans qu’ils soient systématiquement distribués aux enfants inscrits dans les programmes de prise en charge.

Une partie de ces produits serait ensuite revendue dans des boutiques. Des familles les achèteraient pour leurs enfants, y compris lorsque ceux-ci ne souffrent pas de malnutrition.

Les mêmes sources évoquent également des manipulations présumées des données nutritionnelles. Dans certains cas, le nombre d’enfants déclarés malnutris serait artificiellement gonflé afin d’obtenir des quantités plus importantes de produits thérapeutiques.

Selon les informations recueillies, certaines commandes pourraient représenter plusieurs millions de francs burundais.

Des enfants malnutris seraient les premières victimes

Si ces accusations étaient confirmées, les conséquences pourraient être lourdes pour les enfants nécessitant réellement une prise en charge nutritionnelle.

Les quantités disponibles dans les centres de santé pourraient devenir insuffisantes, tandis qu’une partie des stocks serait orientée vers des circuits commerciaux.

Nos sources dénoncent également des défaillances dans les mécanismes de contrôle.

Elles affirment que ces pratiques auraient persisté pendant plusieurs années malgré l’existence, au niveau des districts sanitaires, de dispositifs chargés du suivi de la malnutrition.

Les mêmes sources évoquent aussi des soupçons concernant certains médicaments destinés aux patients.

Des élèves prennent leur repas dans une école d’une localité du Burundi. À Burunga, dans le sud du pays, des responsables de certains centres de santé sont soupçonnés de détourner et de revendre des aliments thérapeutiques destinés aux enfants malnutris, selon des sources du secteur de la santé. © SOS Médias Burundi

Des aliments thérapeutiques utilisés en dehors de leur indication

Les aliments thérapeutiques sont spécifiquement conçus pour répondre aux besoins nutritionnels des enfants souffrant de malnutrition. Leur distribution s’inscrit normalement dans un programme de prise en charge encadré par les services de santé.

Leur utilisation par des enfants qui ne présentent pas de malnutrition soulève donc des préoccupations chez certains professionnels du secteur.

Ces inquiétudes interviennent alors que des cas de diabète chez des enfants sont également signalés ces derniers temps à Burunga.

Aucun élément disponible ne permet toutefois d’établir un lien direct entre la consommation de ces produits et l’apparition du diabète chez ces enfants. Une investigation médicale serait nécessaire pour déterminer les causes de ces cas et identifier d’éventuels facteurs de risque.

Des responsables auraient perdu leur emploi ou quitté le pays

Selon les sources interrogées, certains responsables soupçonnés d’être impliqués dans ces pratiques auraient déjà perdu leur emploi.

D’autres auraient quitté le Burundi, notamment pour le Mozambique ou les Émirats arabes unis, par crainte d’éventuelles poursuites.

Ces informations n’ont toutefois pas été confirmées officiellement.

À ce stade, aucune décision officielle permettant d’établir la responsabilité individuelle des personnes citées dans ces accusations n’a été communiquée par les autorités sanitaires.

Les personnes mises en cause devraient pouvoir répondre à ces accusations avant toute conclusion définitive.

Le bloc administratif de l’un des plus grands hôpitaux de la province de Burunga, dans le sud du Burundi. Dans cette province, des responsables de certains centres de santé sont soupçonnés de détourner et de revendre des aliments thérapeutiques destinés aux enfants malnutris, selon des sources du secteur de la santé. © SOS Médias Burundi

Une enquête réclamée

Face à la gravité des accusations, une enquête administrative, voire judiciaire, permettrait de vérifier les quantités de produits commandées, réceptionnées et effectivement distribuées.

Elle pourrait également comparer les listes d’enfants pris en charge avec les données disponibles sur le terrain, examiner les stocks des centres de santé et retracer la destination des produits manquants.

Une telle enquête permettrait surtout de déterminer si les chiffres de malnutrition ont effectivement été manipulés et d’établir l’ampleur d’un éventuel détournement.

Elle pourrait également déterminer si des responsables ont personnellement tiré profit de la revente de produits destinés aux enfants malnutris.

Des ressources vitales pour les enfants vulnérables

L’enjeu dépasse largement la seule gestion des stocks.

Dans une province où les besoins nutritionnels restent importants, les aliments thérapeutiques constituent une ressource essentielle pour les enfants souffrant de malnutrition.

Si les accusations étaient confirmées, chaque produit détourné pourrait priver un enfant vulnérable d’une prise en charge dont il a besoin.

Le soupçon de gonflement des chiffres soulève également une question majeure : si des données sont artificiellement augmentées pour obtenir davantage de produits, qui contrôle ensuite leur destination ?

La transparence dans la gestion des ressources, le renforcement des mécanismes de contrôle et, le cas échéant, l’établissement des responsabilités apparaissent essentiels pour protéger les enfants et préserver la crédibilité des programmes de lutte contre la malnutrition.

Pour l’heure, les accusations restent à vérifier. Une enquête indépendante permettrait de faire la lumière sur les circuits d’approvisionnement, les stocks et la destination réelle des aliments thérapeutiques destinés aux enfants de Burunga.

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Photo : Une femme dans une structure sanitaire au Burundi, dans le cadre d’une activité de sensibilisation sur la nutrition et la prise en charge de la malnutrition. En province de Burunga, dans le sud du pays, des responsables de certains centres de santé sont soupçonnés de détourner et de revendre des aliments thérapeutiques destinés aux enfants malnutris, selon des sources du secteur de la santé. © SOS Médias Burundi

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