Réfugiés congolais au Burundi : le Canada ouvre une porte, les États-Unis laissent des familles dans l’attente
SOS Médias Burundi
Muyinga, 10 août 2026 — Après plus d’une année d’incertitude marquée par le gel de nombreux dossiers de réinstallation vers les États-Unis, quelques familles de réfugiés congolais vivant au Burundi retrouvent enfin l’espoir. Le Canada poursuit progressivement son programme de réinstallation et les premiers bénéficiaires ayant achevé toutes les procédures administratives commencent à quitter le Burundi pour une nouvelle vie. Pour ceux dont les dossiers étaient destinés aux États-Unis, en revanche, l’attente se prolonge.
Après plus d’une année d’incertitude, quelques familles de réfugiés congolais vivant dans les camps au Burundi voient enfin leur projet de réinstallation se concrétiser.
Le Canada poursuit progressivement son programme de réinstallation. Les premiers bénéficiaires ayant achevé toutes les procédures administratives commencent à quitter le Burundi pour s’installer au Canada.
Au cours des dernières années, le Canada figurait parmi les principaux pays de réinstallation des réfugiés congolais vivant au Burundi, derrière les États-Unis.
Pendant plusieurs années, les États-Unis accueillaient la grande majorité des réfugiés réinstallés depuis le Burundi vers des pays tiers, tandis que les autres bénéficiaires étaient principalement orientés vers le Canada et l’Australie.
Cette dynamique a toutefois été profondément bouleversée après le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis.
Le gel américain plonge des familles dans l’incertitude
L’administration américaine a adopté de nouvelles restrictions en matière d’immigration et suspendu le programme d’admission des réfugiés, laissant de nombreuses familles dont les dossiers étaient déjà engagés dans une profonde incertitude.
Dans les camps de réfugiés au Burundi, le départ des premières familles vers le Canada suscite aujourd’hui de fortes émotions.
Sous couvert d’anonymat, une famille congolaise récemment informée de son prochain départ raconte les dix-sept années passées dans un camp de réfugiés.
«« Nous avons passé dix-sept ans dans le camp. Pendant toutes ces années, nous avons connu le manque de nourriture, les difficultés pour scolariser nos enfants et une pauvreté extrême. Nous avons traversé beaucoup d’épreuves, mais aujourd’hui nous gardons l’espoir qu’une nouvelle vie nous attend au Canada. Nos enfants auront enfin la possibilité de grandir dans de meilleures conditions. »»
Pour cette famille, le départ représente l’aboutissement d’une longue attente marquée par la précarité et l’incertitude.
Des familles destinées aux États-Unis toujours dans l’attente
La situation est toutefois très différente pour les réfugiés dont les dossiers étaient destinés aux États-Unis.
Depuis plus d’un an, plusieurs familles vivent dans une attente interminable. Certaines avaient déjà franchi les principales étapes du processus : examens médicaux effectués, documents validés, billets d’avion délivrés et valises préparées pour le départ.
Agnès, une réfugiée congolaise dont le dossier était destiné aux États-Unis, se souvient encore du jour où elle pensait enfin quitter le camp.
« J’avais été notifiée de mon départ pour les États-Unis. Trois jours plus tard, les autorités ont annoncé les nouvelles restrictions concernant la réinstallation des réfugiés. Tout s’est arrêté. »

Des réfugiées congolaises partagent le peu de nourriture disponible dans un site de transit près de la frontière de Gatumba, à l’ouest du Burundi, le 11 décembre 2025. Même si le Canada poursuit progressivement son programme de réinstallation des réfugiés congolais vivant au Burundi, le nombre de bénéficiaires reste limité, tandis que de nombreuses familles dont les dossiers étaient destinés aux États-Unis demeurent dans l’attente. © SOS Médias Burundi
Pour préparer son voyage, elle avait contracté des dettes.
« J’avais contracté des dettes d’environ 2 000 dollars américains, en pensant que je pourrais les rembourser une fois installée aux États-Unis. Aujourd’hui, je me retrouve dans une situation encore plus difficile. Toutes les dépenses engagées pour préparer mon départ m’ont ramenée aux conditions précaires que je vivais lors de ma première année au camp. »
Son témoignage illustre la situation de nombreuses familles qui avaient commencé à reconstruire leur vie autour de la perspective d’une réinstallation avant de voir leur projet suspendu.
Seulement 20 familles bénéficiaires du programme canadien
Malgré la reprise progressive des départs vers le Canada, le nombre de bénéficiaires reste très limité.
Pour l’année en cours, le quota accordé au Burundi dans le cadre du programme canadien de réinstallation est fixé à seulement 20 familles.
Ces familles ont été sélectionnées selon les critères établis pour le programme canadien et réparties entre les différents bureaux du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Burundi.
Il s’agit notamment du bureau du HCR de Bujumbura, la capitale économique et principale ville du pays, qui couvre les réfugiés urbains, du bureau de Ruyigi, chargé des réfugiés vivant dans les camps de l’est du pays, ainsi que du bureau de Muyinga, qui prend en charge les réfugiés des camps situés dans le nord.
Entre espoir et attente interminable
Pour les familles sélectionnées par le Canada, le départ marque une nouvelle étape après des années passées dans les camps.
Pour celles qui espèrent toujours rejoindre les États-Unis, l’avenir reste beaucoup plus incertain.
Certaines avaient déjà effectué les examens médicaux, obtenu les documents nécessaires et préparé leur départ. Mais la suspension du programme américain a interrompu leur parcours sans qu’elles sachent précisément quand celui-ci pourra reprendre.
Dans les camps burundais, deux réalités coexistent désormais : celle de quelques familles qui voient enfin leur rêve de réinstallation devenir réalité et celle de nombreuses autres qui continuent d’attendre une décision susceptible de changer leur avenir.
Pour ces réfugiés, la réinstallation ne représente pas seulement un voyage vers un autre pays. Après des années d’exil, elle constitue souvent l’espoir de retrouver une stabilité, de scolariser les enfants dans de meilleures conditions et de reconstruire une vie loin de la précarité des camps.
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Photo : Des réfugiés congolais à l’aéroport de Bujumbura, en partance pour les États-Unis. La scène a été capturée dans la capitale économique et principale ville du Burundi. Ces réfugiés bénéficient du programme de réinstallation géré par le HCR, aujourd’hui largement ralenti, laissant de nombreuses familles dans l’attente de leur départ. © SOS Médias Burundi
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