Ebola en RDC : le virus gagne du terrain, la riposte sous pression

Ebola en RDC : le virus gagne du terrain, la riposte sous pression

SOS Médias Burundi

Goma, 9 septembre 2026 — L’épidémie d’Ebola continue de s’étendre en République démocratique du Congo. Partie de la province de l’Ituri, où la souche Bundibugyo a été identifiée pour la première fois, elle touche désormais six provinces et des dizaines de zones de santé. Africa CDC et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appellent à renforcer la riposte, alors que le manque de personnel, de financements et de capacités opérationnelles complique la lutte contre le virus.

L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo reste particulièrement préoccupante. Malgré les efforts déployés par les autorités congolaises et leurs partenaires, le virus continue de gagner du terrain.

Depuis la déclaration officielle de l’épidémie, le 15 mai dernier, la maladie s’est considérablement étendue. Alors qu’une seule province et deux zones de santé étaient initialement touchées, Ebola concerne désormais six provinces et des dizaines de zones de santé.

Selon les données disponibles au début du mois de septembre, plus de 6 700 cas confirmés ont été enregistrés et le bilan dépasse désormais les 3 200 décès.

Pour Jean Kaseya, directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), l’agence de santé publique de l’Union africaine, cette expansion constitue l’un des principaux défis de la riposte.

Plus le virus atteint de nouvelles zones, plus les autorités sanitaires doivent déployer rapidement des équipes, des moyens logistiques et des ressources financières pour détecter les cas, suivre les contacts et interrompre les chaînes de transmission.

Un homme se lave les mains dans le cadre des mesures de prévention contre Ebola à la frontière entre Gisenyi (Rwanda) et Goma (RDC). Des agents de santé y assurent une surveillance renforcée face à l’épidémie. © SOS Médias Burundi

Une souche différente qui complique la détection

La progression de l’épidémie est également liée à la particularité de la souche actuellement en circulation.

La RDC a déjà connu plusieurs épidémies provoquées par la souche Zaïre du virus Ebola. Cette fois, les autorités sanitaires font face au virus Ebola Bundibugyo, une souche différente identifiée dans la province de l’Ituri, au nord-est du pays.

Les premiers foyers ont été signalés notamment dans les zones de santé de Mongbwalu et de Rwampara, en Ituri. Selon l’OMS, l’épidémie aurait probablement commencé dans la zone de santé de Mongbwalu, un important centre minier et de passage, avant que des cas ne soient signalés dans d’autres zones, notamment à Rwampara et Bunia.

Cette souche constitue un défi supplémentaire pour les autorités sanitaires. L’OMS indique notamment qu’il n’existe pas actuellement de vaccin homologué ni de traitement spécifique homologué contre le virus Bundibugyo, même si une prise en charge précoce et des soins de soutien peuvent améliorer les chances de survie.

La situation oblige désormais les équipes sanitaires à intervenir simultanément dans les zones déjà touchées et à renforcer la surveillance dans les provinces encore épargnées.

Les déplacements de populations, l’insécurité et les difficultés d’accès à certaines zones compliquent davantage le contrôle de la propagation.

Des besoins importants en personnel et en infrastructures

L’extension géographique de l’épidémie accroît également les besoins en infrastructures médicales et en personnel.

Selon l’OMS, plusieurs dizaines de centres de traitement sont actuellement opérationnels, mais les capacités disponibles restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins.

Le manque de professionnels de santé constitue notamment une difficulté majeure. Des milliers de personnels supplémentaires seraient nécessaires pour renforcer les centres de traitement, la surveillance épidémiologique, le suivi des contacts, les laboratoires et les activités de prévention et de contrôle des infections.

Dans certaines zones, l’insécurité rend également l’accès des équipes de riposte particulièrement difficile.

Des femmes et des filles rassemblées dans un centre pour participer à une séance de sensibilisation afin d’adopter les bonnes pratiques d’hygiène et de prévention contre les maladies infectieuses, notamment Ebola. © SOS Médias Burundi

Près d’un milliard de dollars annoncés

Sur le plan financier, Africa CDC se montre toutefois plus optimiste.

Jean Kaseya affirme que la communauté internationale a répondu favorablement aux appels à la mobilisation. Selon lui, les partenaires ont annoncé près d’un milliard de dollars pour soutenir la riposte contre Ebola en RDC.

Parmi ces engagements, près de 700 millions de dollars auraient déjà été recensés par Africa CDC.

Ces ressources doivent notamment permettre de renforcer les interventions sur le terrain, d’appuyer les structures sanitaires et de soutenir les organisations impliquées dans la lutte contre l’épidémie.

Mais la mobilisation des fonds ne suffit pas à elle seule.

Pour Jean Kaseya, leur utilisation efficace et leur orientation vers les besoins prioritaires sont essentielles. Il appelle ainsi les autorités congolaises à améliorer la coordination entre les différents partenaires afin d’éviter la dispersion des ressources.

Le patron d’Africa CDC estime que le gouvernement congolais doit réunir les organisations engagées dans la riposte pour identifier clairement les priorités et répartir les moyens en fonction des besoins des différentes zones touchées.

L’OMS appelle à intensifier la riposte

La RDC et Africa CDC ne mènent pas seuls cette bataille. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) apporte également son appui aux autorités congolaises.

Son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé le 22 août à intensifier les efforts afin de mettre fin à l’épidémie.

L’OMS s’inquiète notamment de la diminution des capacités opérationnelles dans certaines zones, dans un contexte marqué par les difficultés de financement et le manque de personnel spécialisé.

La surveillance des nouveaux cas, l’identification rapide des contacts et la prise en charge des malades restent au cœur de la stratégie visant à interrompre les chaînes de transmission.

À Kanyaruchinya, dans le territoire de Nyiragongo, au Nord-Kivu, un point de contrôle sanitaire a été installé par les autorités pour la prise de température et le respect des mesures de lutte contre le virus Ebola. Des dispositifs similaires sont en place à Beni et à Goma, dans un contexte de surveillance renforcée face à la flambée de la maladie dans l’est de la République démocratique du Congo. © SOS Médias Burundi

Le défi de contenir une épidémie qui s’étend

L’expansion du virus à plusieurs provinces montre la difficulté de contenir cette nouvelle flambée d’Ebola.

Chaque nouvelle zone touchée nécessite la mobilisation de nouvelles équipes, de moyens de transport, de structures de traitement et de ressources pour la surveillance et la prévention.

Les autorités doivent également maintenir la confiance des communautés, un élément essentiel pour encourager les populations à signaler rapidement les symptômes et à collaborer avec les équipes sanitaires.

Alors que le virus continue de circuler, l’urgence est désormais de ralentir sa progression, de renforcer les capacités médicales et de mobiliser les ressources nécessaires.

Pour les autorités congolaises et leurs partenaires, la priorité est claire : empêcher l’épidémie de continuer à s’étendre et éviter qu’une crise sanitaire déjà lourde ne prenne une ampleur encore plus importante.

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Photo : Un homme se fait prendre la température dans un centre de contrôle sanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo, dans le cadre de la surveillance de la maladie à virus Ebola. SOS Médias Burundi

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