Bujumbura : les Banyamulenge dans la tourmente, les arrestations se multiplient
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 14 septembre 2026 — Plusieurs membres de la communauté Banyamulenge ont été interpellés ces derniers jours à Bujumbura, la capitale économique du Burundi, par les services de renseignement burundais, dans un contexte marqué par de fortes tensions entre le Burundi et le Rwanda et par la poursuite de la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Parmi les personnes citées figurent notamment les pasteurs Jalos Nkunda Kilaya, Gédéon Nzayitegaho et Mark Ntayoberwa, ainsi que Murama Gatonzi. Les circonstances exactes de certaines arrestations et les motifs retenus par les autorités restent peu clairs.
Un pasteur arrêté à l’aéroport de Bujumbura
Selon plusieurs informations recueillies à Bujumbura, le pasteur Jalos Nkunda Kilaya a été arrêté le 8 septembre 2026 à l’aéroport international Melchior Ndadaye, le seul aéroport international dont dispose la petite nation de l’Afrique de l’Est, alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol à destination du Rwanda.
Des sources locales affirment que son arrestation a été effectuée sous la supervision du général de brigade de police Domitien Niyonkuru, chargé des renseignements intérieurs au Service national de renseignement (SNR).
Après son interpellation, les services de renseignement l’ont conduit à son domicile afin d’y effectuer une fouille, selon les mêmes sources.
Les raisons précises de cette arrestation n’ont pas été officiellement communiquées. Certaines informations évoquent la possession d’un passeport rwandais. Ces éléments n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.

Des centaines de réfugiés congolais protestent contre les violences visant leurs pairs dans l’est de la RDC, à l’extérieur du camp de Mahama, au Rwanda, le 6 mars 2024. À Bujumbura, plusieurs membres de la communauté banyamulenge ont été interpellés ces derniers jours dans un contexte de tensions entre le Burundi et le Rwanda. © SOS Médias Burundi
D’autres arrestations dans les jours suivants
Deux jours plus tard, le 10 septembre, d’autres Banyamulenge ont été arrêtés à Bujumbura, parmi lesquels le pasteur Gédéon Nzayitegaho, responsable de l’église Carmel, située dans le quartier Mutakura, au nord de la capitale économique.
D’après des témoignages recueillis à Bujumbura, le responsable de l’église Carmel a été arrêté directement dans son église, à la 7e avenue de Mutakura, alors qu’il se trouvait devant les fidèles.
Des agents des services de renseignement l’ont ensuite conduit vers les locaux du SNR, à son siège situé à proximité de la cathédrale Regina Mundi, selon ces témoignages. Ce lieu est régulièrement cité par des organisations de défense des droits humains et des proches de détenus comme un site où des actes de torture et de mauvais traitements ont été rapportés.
Aucun motif officiel de son arrestation n’a été communiqué à sa famille, selon ses proches. Depuis son interpellation, ces derniers affirment ne pas avoir été autorisés à lui rendre visite et disent ne pas disposer d’informations précises sur son état de santé ou sur les éventuelles charges retenues contre lui.
Le pasteur Mark Ntayoberwa, de l’église Cornerstone, ainsi que Murama Gatonzi figurent également parmi les personnes interpellées au cours de cette période.
Des motifs d’arrestation qui restent flous
Concernant Murama Gatonzi, certaines informations en provenance de Bujumbura font état d’un dossier lié à la délivrance présumée de documents migratoires considérés comme irréguliers par les services compétents.
Ces accusations n’ont pas été confirmées publiquement par une autorité judiciaire. Les personnes concernées bénéficient de la présomption d’innocence.
Pour les autres personnes arrêtées, les motifs précis restent difficiles à établir.
La situation suscite l’inquiétude des familles. Plusieurs proches disent ne pas avoir reçu d’informations suffisantes sur le lieu de détention ou l’état de santé des personnes arrêtées.

Des femmes de la communauté banyamulenge manifestent, pancartes à la main, contre le blocus imposé par l’armée burundaise, le 4 novembre 2025. Ces dernières années, les membres de cette communauté ont dénoncé à plusieurs reprises des mesures de restriction et des discriminations au Burundi. © DR/SOS Médias Burundi
Une communauté prise dans les tensions régionales
Les Banyamulenge sont une minorité tutsie du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC. Au fil des décennies, cette communauté a été régulièrement présentée par certains de ses détracteurs comme étrangère au Congo et assimilée au Rwanda, alimentant des tensions communautaires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Dans le Sud-Kivu, le groupe armé Twirwaneho, principalement composé de combattants Banyamulenge, est devenu un allié de la coalition politico-militaire Alliance Fleuve Congo-M23 (AFC-M23).
L’AFC-M23 contrôle plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont les chefs-lieux provinciaux, Goma et Bukavu. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir cette coalition, ce que Kigali dément.
Le Burundi, de son côté, a déployé son armée aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), l’armée congolaise, et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa, dans la guerre contre l’AFC-M23 et ses alliés.
« Chaque fois qu’il y a des pertes sur le terrain, les Banyamulenge sont visés ou encore quand il y a des tensions entre le Rwanda et le Burundi », a déclaré à SOS Médias Burundi un journaliste congolais qui couvre la situation dans l’est de la RDC.
Des Banyamulenge installés au Burundi
Au Burundi, les Banyamulenge sont présents aussi bien dans des camps de réfugiés que dans les villes, notamment à Bujumbura, la capitale économique du Burundi où sont concentrées les agences des Nations unies et l’administration centrale.
Ces derniers temps, des mesures de sécurité visant certains ressortissants congolais ont particulièrement inquiété des membres de la communauté. Une première vague de contrôles et d’interpellations a notamment visé des cambistes Banyamulenge avant de s’étendre, selon des informations recueillies à Bujumbura, à des réfugiés congolais installés en milieu urbain.
La communauté garde également en mémoire le massacre de Gatumba. Dans la nuit du 13 au 14 août 2004, 166 réfugiés congolais avaient été tués dans un camp de transit placé sous la protection des Nations unies, à Gatumba, dans l’ouest du Burundi, non loin de la frontière avec la RDC. Parmi les victimes figuraient 154 Banyamulenge et 12 Babembe.
Plus de vingt ans après cette tragédie, les familles des victimes et la communauté Banyamulenge continuent de réclamer justice.
La guerre de l’Est au cœur des inquiétudes
Avec la poursuite de la guerre dans l’est de la RDC, les Banyamulenge se retrouvent au cœur de plusieurs lignes de fracture régionales. D’un côté, leur communauté est associée, dans certains discours, au Rwanda et au groupe armé Twirwaneho. De l’autre, des Banyamulenge installés au Burundi ou vivant comme réfugiés ne sont pas nécessairement impliqués dans les activités de ces groupes.
Cette distinction est au cœur des inquiétudes exprimées par certains membres de la communauté, qui redoutent d’être pris pour cible en raison de leur origine ou de leurs liens supposés avec le Rwanda.
Le président Évariste Ndayishimiye a reçu ces derniers mois des membres de la diaspora Banyamulenge venus au Burundi. Selon des informations recueillies par SOS Médias Burundi, certains ont tenu des discours très critiques envers le président rwandais Paul Kagame.
Dans ce contexte, les nouvelles interpellations à Bujumbura suscitent de fortes inquiétudes parmi les familles et les proches des personnes arrêtées.
Plusieurs d’entre eux demandent à connaître le lieu de détention des personnes interpellées, les motifs précis de leur arrestation et les éventuelles charges retenues contre elles.
À ce stade, les autorités burundaises n’ont pas communiqué publiquement sur l’ensemble de ces arrestations ni détaillé les motifs des interpellations rapportées ces derniers jours.
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Photo : Pierre Nkurikiye, porte-parole du ministère en charge de la Sécurité, au milieu de réfugiés Banyamulenge chassés de Gitega, le 8 octobre 2020. Ces derniers jours, plusieurs membres de cette communauté ont été interpellés à Bujumbura. © SOS Médias Burundi
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