Burundi : 3 157 morts, 283 personnes portées disparues, 3 349 arrestations… la Ligue Iteka accuse le pouvoir Ndayishimiye de perpétuer la répression
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 17 septembre 2026— 3 157 personnes tuées, 283 personnes enlevées ou portées disparues, 348 cas de torture et 3 349 arrestations qualifiées d’arbitraires. Dans un rapport consacré aux six années de pouvoir du président Évariste Ndayishimiye, la Ligue Iteka documente 7 967 allégations de violations des droits humains entre juillet 2020 et juin 2026. Les autorités burundaises contestent régulièrement les rapports de l’organisation, qu’elles accusent de chercher à ternir l’image du Burundi et de ses dirigeants. Elles mettent en avant, de leur côté, ce qu’elles estiment être des progrès réalisés en matière de stabilité, de développement et d’amélioration des conditions de vie de la population.
Le rapport de 46 pages revient sur la situation des droits humains depuis l’arrivée d’Évariste Ndayishimiye au pouvoir en juin 2020. Il passe en revue les atteintes au droit à la vie, les enlèvements et disparitions, la torture, les arrestations arbitraires, les violences basées sur le genre, mais aussi les libertés publiques, la justice, les conditions carcérales et les droits économiques et sociaux.
3 157 personnes tuées
Selon les données compilées par la Ligue Iteka, 3 157 personnes ont été tuées entre juillet 2020 et juin 2026. Parmi elles, 1 739 corps sans vie ont été retrouvés dans différentes circonstances.
L’organisation recense également 283 personnes enlevées ou portées disparues au cours de la période étudiée. Le rapport documente aussi 348 cas de torture ainsi que 830 victimes de violences basées sur le genre, dont plus de 80 % concernent des violences sexuelles.
La Ligue Iteka précise que ses statistiques portent sur les cas qu’elle a pu documenter. Elles ne constituent donc ni un recensement exhaustif de toutes les violations commises au Burundi durant les six années couvertes, ni des verdicts judiciaires.
Des policiers, agents du SNR et Imbonerakure cités
Dans les cas documentés, la Ligue Iteka identifie notamment parmi les principaux suspects des policiers, des agents du Service national de renseignement (SNR) ainsi que des membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, les Imbonerakure.
Le rapport met ainsi en cause, selon les cas, des acteurs relevant des forces de sécurité et des membres du parti au pouvoir dans des faits d’arrestations, d’enlèvements, de torture et d’autres violations des droits humains.
Ces éléments, documentés par l’organisation, constituent des allégations et ne préjugent pas de la responsabilité pénale des personnes citées, qui relève des juridictions compétentes.
Plus de 3 300 arrestations
Le rapport fait état de 3 349 arrestations qualifiées d’arbitraires par la Ligue Iteka.
L’organisation dénonce également des restrictions de l’espace politique et civique et évoque des préoccupations concernant l’indépendance de la justice et la persistance de l’impunité.

Selon elle, des membres ou sympathisants de formations politiques d’opposition, des défenseurs des droits humains, des journalistes et d’autres personnes perçues comme critiques du pouvoir ont continué à faire l’objet de surveillance, d’intimidations, d’arrestations ou de poursuites.
Des prisons largement surpeuplées
La situation carcérale figure également parmi les préoccupations relevées dans le rapport.
En juin 2026, le Burundi comptait 12 216 détenus, auxquels s’ajoutaient 71 nourrissons, pour une capacité carcérale de 4 294 places. Le taux d’occupation atteignait 284,49 %.
Parmi les personnes détenues, 5 755 se trouvaient en détention préventive, selon les données citées par la Ligue Iteka.
Pour l’organisation, cette situation illustre les difficultés persistantes du système judiciaire et pénitentiaire burundais.
Les libertés publiques sous pression
La Ligue Iteka estime que les institutions burundaises continuent de fonctionner dans un environnement politique largement dominé par le CNDD-FDD, le parti présidentiel.
Le rapport revient notamment sur les élections de 2025 et sur la situation de l’opposition politique. Il évoque également les restrictions imposées à certaines organisations de la société civile et aux médias.
L’organisation considère que les ouvertures observées au début du mandat d’Évariste Ndayishimiye n’ont pas entraîné une transformation durable de l’espace civique.
Un bilan économique et social
Le rapport ne se limite pas aux droits civils et politiques.
La Ligue Iteka examine également les conditions économiques et sociales de la population. Elle relève notamment les difficultés liées au pouvoir d’achat, aux pénuries de certains produits essentiels, à l’accès aux fertilisants et aux conditions de vie des populations rurales.
Elle évoque également les difficultés d’accès aux soins de santé, à l’éducation, à l’alimentation et à la protection sociale.
Pour l’organisation, ces difficultés contribuent à maintenir une forte vulnérabilité économique de nombreux ménages et poussent certains Burundais à chercher des opportunités à l’étranger.
Six ans après l’arrivée de Ndayishimiye
Évariste Ndayishimiye est arrivé au pouvoir en juin 2020, à la suite de la mort inopinée de son prédécesseur Pierre Nkurunziza. Son arrivée à la tête du pays avait suscité des attentes autour d’une amélioration de la gouvernance, d’une ouverture politique et d’une meilleure protection des droits humains.

Six ans plus tard, la Ligue Iteka estime que plusieurs pratiques dénoncées sous les années précédentes demeurent présentes.
L’organisation compare notamment les périodes de Pierre Nkurunziza et d’Évariste Ndayishimiye sur les questions des assassinats, des enlèvements et disparitions, de la torture, des arrestations arbitraires, de l’impunité et des restrictions des libertés publiques.
Elle relève certaines différences dans la conduite du pouvoir, tout en estimant que les mécanismes à l’origine de nombreuses violations n’ont pas disparu.
Une organisation qui travaille depuis l’exil
La Ligue Iteka, pionnière des organisations de défense des droits humains au Burundi, travaille depuis l’exil depuis la crise de 2015, déclenchée par la décision du feu président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat controversé.
Elle fait partie des organisations de la société civile interdites par les autorités burundaises. Gitega dénonce régulièrement ses rapports et les accuse de chercher à ternir l’image du Burundi et de ses dirigeants.
La Ligue Iteka affirme pour sa part poursuivre depuis l’étranger son travail de documentation des violations des droits humains au Burundi.
Son rapport sur les six années de pouvoir d’Évariste Ndayishimiye présente ainsi un bilan documenté de la situation des droits humains, tout en relevant certaines évolutions économiques et institutionnelles intervenues depuis 2020.
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Photo : des Imbonerakure, des agents du Service national de renseignement (SNR) et des policiers tentent de forcer la porte d’une maison appartenant à un opposant suspecté de détenir illégalement des armes, dans le nord de Bujumbura, capitale économique du Burundi. La Ligue Iteka dresse un bilan de plusieurs milliers de violations des droits humains documentées au cours des six premières années du pouvoir d’Évariste Ndayishimiye. ©DR/SOS Médias Burundi
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