Bwagiriza : nouveau coup de filet contre des réfugiés banyamulenge, la peur gagne le camp

Bwagiriza : nouveau coup de filet contre des réfugiés banyamulenge, la peur gagne le camp

SOS Médias Burundi

Bwagiriza, 5 octobre 2026 — L’arrestation d’Alexis David Musore, un réfugié congolais issu de la communauté banyamulenge et installé depuis plus de quinze ans au camp de Bwagiriza, dans la commune de Ruyigi, en province de Buhumuza, à l’est du Burundi, ravive l’inquiétude parmi les réfugiés. Interpellé vendredi par des agents présentés comme relevant des services de renseignement burundais, il reste introuvable, selon ses proches, qui disent ignorer le lieu où il est détenu et les faits qui lui sont reprochés. Son arrestation porte à 11 le nombre de réfugiés membres de la communauté banyamulenge arrêtés ou enlevés en moins d’un mois au Burundi, selon plusieurs sources concordantes.

Un proche ayant assisté à son arrestation, qui a requis l’anonymat, affirme qu’aucun mandat ni autre document ne lui a été présenté.

« Ils sont venus vendredi. Les agents des services de renseignement sont arrivés sans lui donner aucune explication. Ils n’ont présenté aucun document ni mandat. Ils lui ont simplement demandé de monter dans leur véhicule. Ils lui ont arraché les deux téléphones qu’il avait sur lui : celui qu’il utilisait dans son travail de transfert d’argent par téléphone et son téléphone personnel. Ils l’ont embarqué comme un criminel », raconte-t-il.

« Jusqu’à présent, nous ne savons pas où il se trouve. Il a laissé derrière lui sa famille, son petit commerce et son église. C’est un homme paisible qui vit ici depuis 15 ans. Tout le monde le connaît », ajoute-t-il.

Les circonstances exactes de l’interpellation, son motif et le lieu où Alexis David Musore serait détenu restent inconnus. SOS Médias Burundi n’a pas pu vérifier de manière indépendante les conditions dans lesquelles l’arrestation s’est déroulée.

Un commerçant et pasteur connu du camp

Alexis David Musore menait des activités commerciales au sein du camp, notamment dans le transfert d’argent par téléphone à travers le service Lumicash. Il était également pasteur au sein de la Communauté des Assemblées de Dieu au Burundi (CADEP).

Son arrestation intervient alors que plusieurs réfugiés congolais, notamment des membres de la communauté banyamulenge, ont été interpellés au Burundi depuis le début du mois de septembre.

À Bwagiriza, trois autres hommes issus de la même communauté, ont été arrêtés depuis le début du mois de septembre, selon plusieurs sources concordantes. Ils auraient ensuite été libérés après le paiement de fortes sommes d’argent, d’après leurs proches.

À Bujumbura, la capitale économique, sept autres réfugiés banyamulenge, dont trois pasteurs, sont détenus depuis environ un mois pour certains par le Service national de renseignement (SNR). Leurs familles affirment ne pas avoir reçu d’informations précises sur les motifs de leur détention ni sur leur lieu de détention.

Ces arrestations successives alimentent la peur au sein de la communauté banyamulenge, particulièrement à Bwagiriza, où les réfugiés s’interrogent sur les raisons de ces interpellations.

Le HCR et l’Office national de protection des réfugiés et des apatrides (ONPRA) n’ont officiellement pas réagi à ces arrestations.

Plus de 8 000 réfugiés à Bwagiriza

Le camp de Bwagiriza accueille plus de 8 000 réfugiés congolais, selon des sources locales. Une importante partie d’entre eux est issue de la communauté banyamulenge.

Le conflit dans l’est de la RDC en toile de fond

Ces arrestations interviennent dans un contexte régional marqué par la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et les tensions entre le Burundi et le Rwanda.

Le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025, selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi l’année dernière. Ces militaires ont combattu aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa contre l’AFC-M23.

Après le retrait des forces burundaises du Nord-Kivu, les militaires burundais se sont principalement repliés au Sud-Kivu, où ils ont été engagés aux côtés des FARDC et des Wazalendo dans des opérations contre différents groupes armés. Les combats ont notamment concerné les hauts plateaux de Fizi et de Mwenga, où les forces soutenues par Kinshasa affrontent les combattants de Twirwaneho.

Kinshasa accuse l’AFC-M23 de bénéficier du soutien du Rwanda, ce que Kigali dément. Des rapports du Groupe d’experts des Nations unies ont fait état d’un soutien rwandais au mouvement.

L’AFC est dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RDC. L’organisation constitue, avec le M23, une alliance politico-militaire active dans l’est du pays.

Le groupe Twirwaneho, composé majoritairement de combattants issus de la communauté banyamulenge, est un allié de l’AFC-M23 au Sud-Kivu. Les affrontements entre ses combattants et les forces soutenues par Kinshasa, notamment les FARDC, la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et les Wazalendo, se poursuivent dans plusieurs secteurs des hauts plateaux.

Dans ce contexte, les liens entre Twirwaneho et l’AFC-M23, ainsi que les déplacements de certains membres de la communauté banyamulenge vers le Rwanda, alimentent les préoccupations sécuritaires au Burundi. Aucun lien direct entre ces considérations régionales et l’arrestation d’Alexis David Musore n’a toutefois été officiellement établi.

Une communauté inquiète

Un responsable communautaire, qui s’exprime sous couvert d’anonymat, affirme que les Banyamulenge vivent désormais dans la peur face à la multiplication des arrestations.

Il demande que les enquêtes soient menées individuellement et que les familles soient informées du lieu de détention de leurs proches. Selon lui, les réfugiés banyamulenge souhaitent bénéficier de la même protection que les autres réfugiés vivant au Burundi et ne veulent pas être assimilés à un autre pays ou à un problème politique en raison de leur appartenance communautaire.

Pour les proches d’Alexis David Musore, la priorité est désormais de connaître son lieu de détention et les raisons de son arrestation.

Ils demandent aux autorités burundaises de communiquer sur sa situation et celle des autres réfugiés arrêtés, alors que la multiplication des interpellations nourrit l’inquiétude dans le camp de Bwagiriza et au sein de la communauté banyamulenge au Burundi.

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Photo : Une partie du camp de réfugiés de Bwagiriza, dans la commune de Ruyigi, en province de Buhumuza, à l’est du Burundi, où vivent plus de 8 000 réfugiés congolais, dont une importante communauté banyamulenge. © SOS Médias Burundi

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