Burundi : Nathan Ntahondi face au défi de libérer le CNC de son image d’instrument du pouvoir

Burundi : Nathan Ntahondi face au défi de libérer le CNC de son image d’instrument du pouvoir

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 6 novembre 2026 — Le Conseil national de la communication (CNC), l’organe public chargé de la régulation du secteur des médias au Burundi, a un nouveau président. Nathan Ntahondi a été élu, ce vendredi, à l’unanimité des 15 membres de cette institution. Il succède à Espérance Ndayizeye, en poste depuis 2024. Il promet de moderniser le fonctionnement du Conseil, de renforcer ses relations avec les médias et de privilégier le dialogue dans la régulation du secteur.

L’élection s’est déroulée lors d’une réunion extraordinaire consacrée à la mise en place du nouveau bureau du CNC. Nathan Ntahondi a recueilli la totalité des suffrages exprimés, soit 15 voix sur 15.

Il succède ainsi à Espérance Ndayizeye, qui dirigeait l’institution depuis 2024. Le poste de vice-président revient à Léonce Ntakirutimana, qui remplace Laurent Kaganda, décédé. Chanel Nsabimbona conserve le secrétariat exécutif. Yvette Irambona a été désignée trésorière, tandis que Felyne Munezero occupe désormais les fonctions de conseillère juridique.

Spécialiste de la communication et des technologies de l’information et de la communication (TIC), Nathan Ntahondi a notamment été directeur général des Publications de presse burundaise (PPB). Il a également présidé le conseil d’administration de l’Agence de régulation et de contrôle des télécommunications (ARCT).

À la tête du CNC, il affiche sa volonté d’engager des réformes pour adapter l’institution aux mutations du paysage médiatique, notamment celles liées au développement du numérique.

Parmi ses priorités figure le rapprochement entre le Conseil et les professionnels des médias. Il entend instaurer des échanges réguliers afin de favoriser une meilleure compréhension des exigences de la régulation et d’améliorer les relations entre l’organe régulateur et les médias.

Le nouveau président souhaite également privilégier le dialogue dans le traitement des manquements professionnels, tout en encourageant les journalistes à respecter les règles d’éthique et de déontologie.

« Mon engagement est de faire du CNC une institution moderne, proche des médias, juste dans ses décisions et protectrice des journalistes. Une institution qui régule par le dialogue avant la sanction et qui innove pour s’adapter aux défis actuels du numérique », a déclaré Nathan Ntahondi.

Il affirme vouloir concrétiser cette vision avec la collaboration des 15 membres du Conseil. Reste à savoir comment ces engagements se traduiront dans les pratiques de l’institution et dans ses relations avec les médias, dans un contexte où la liberté de la presse demeure confrontée à de nombreux défis au Burundi.

Un secteur médiatique toujours sous pression

Les ambitions affichées par le nouveau président interviennent dans un environnement médiatique que Reporters sans frontières (RSF) continue de juger difficile pour l’exercice du journalisme au Burundi.

Dans son classement mondial de la liberté de la presse 2026, publié le 30 avril, RSF place le Burundi au 119e rang sur 180 pays, avec un score de 46,14 points sur 100. Le pays gagne six places par rapport à l’édition précédente, dans laquelle il occupait la 125e position.

Cette progression ne signifie toutefois pas une amélioration substantielle des conditions d’exercice du métier. RSF dénonce notamment la surveillance des médias, les pressions politiques, l’autocensure dans les rédactions et les restrictions imposées aux journalistes dans certaines provinces, où ils doivent parfois obtenir une autorisation ou être accompagnés par un représentant d’un média public pour couvrir certains sujets.

L’organisation critique également le fonctionnement du CNC, qu’elle considère comme étroitement soumis au pouvoir politique, ses membres étant désignés par le président de la République. Elle relève par ailleurs la précarité économique des journalistes et les menaces auxquelles ils restent exposés.

Dans ce contexte, les promesses de Nathan Ntahondi de faire du CNC une institution moderne, juste dans ses décisions et protectrice des journalistes seront particulièrement attendues. Leur mise en œuvre constituera un indicateur important de l’évolution des relations entre le régulateur et les professionnels de la presse au Burundi.

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Photo : Nathan Ntahondi, nouveau président du Conseil national de la communication (CNC). © DR/SOS Médias Burundi

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