Le Cavib compte attaquer le gouvernement tanzanien en justice pour violation des droits de réfugiés


Le CAVIB dénonce la décision prise par la Tanzanie et le Burundi de rapatrier deux mille réfugiés par semaine à partir du 1 er octobre « en violation des lois internationales ». Le collectif des avocats pour la défense des victimes de crimes de droit international commis au Burundi assure que de toute évidence, le gouvernement tanzanien a pactisé avec le régime de Gitega pour « renvoyer à l’abattoir les réfugiés burundais qui avaient fui la terreur et les crimes contre l’humanité en cours au Burundi. » (SOS Médias Burundi)

Selon le CAVIB, la résolution prise dimanche par les ministres burundais et tanzanien de l’intérieur de rapatrier 2 mille réfugiés par semaine à partir du 1er octobre n’est pas une nouveauté. Le ministre tanzanien a d’ailleurs menacé tous ceux qui voudraient empêcher ce rapatriement.

Le CAVIB se dit sidéré d’entendre ces menaces à peine voilées des autorités tanzaniennes surtout que le collectif dit détenir des informations que « jusqu’ici les rapatriés sont laissés à la merci des Imbonerakure qui font volontairement le tri entre ceux qui sont à tuer et ceux qu’ils peuvent laisser vivre mais sous surveillance, » indique le chargé des relations publiques au sein du CAVIB, Me Cyriaque Nibitegeka.

De toute évidence, selon l’avocat, le gouvernement tanzanien a pactisé avec le régime de Gitega pour renvoyer à l’abattoir les réfugiés burundais qui avaient fui la terreur et les crimes contre l’humanité en cours au Burundi.

 Pour le chargé des relations publiques au sein du CAVIB, le comportement des autorités tanzaniennes viole fondamentalement ses engagements internationaux en matière de protection des réfugiés.

Il cite l’article 33(1) de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés qui stipule que : « Aucun des États contractants n’expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. »

Dans le même ordre d’idées, indique-t-il, la Convention contre la torture interdit, en son article 3, le refoulement ou le retour forcé vers des situations où il existe un risque important de torture.

C’est aussi le cas de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, de la convention de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) de 1969 régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique, etc.

Le collectif des avocats pour la défense des victimes de crimes de droit international commis au Burundi demande au gouvernement tanzanien de respecter ses obligations internationales et d’assurer aux réfugiés burundais la pleine jouissance de leurs droits.

Le CAVIB dit déjà envisager une action judiciaire régionale contre la Tanzanie mais appelle également à une coalition des organisations de droits de l’homme au niveau national, régional et international afin de mettre en œuvre tous les mécanismes de protection des droits de l’homme pour empêcher le rapatriement forcé des réfugiés burundais.

Cyriaque Nibitegeka  rappelle que cette rhétorique tanzanienne n’est pas nouvelle. Elle a déjà été utilisée par la même autorité le 24 juillet 2018 dans le camp de Nduta.

D’autres hautes autorités ont déjà relayé le même message. Il cite à titre d’exemple le chef de la province de Kigoma, le brigadier général Emmanuel Maganga, qui,  lors d’une réunion avec les réfugiés du Camp de Mutendeli en date du 26  juillet 2018, a menacé d’emprisonner tous les réfugiés qui n’accepteraient pas de se faire inscrire sur la liste de « rapatriement volontaire ».

Il rappelle que le même discours a déjà été entendu de la bouche du président Magufuli lui-même qui, à l’issue de la rencontre avec le président Nkurunziza à Ngara en juillet 2017, a déclaré que « ceux qui prêchent que le Burundi n’est pas en paix doivent cesser cet évangile ».

«Ce ne sont pas que des menaces parce que plusieurs réfugiés burundais ont déjà été contraints de retourner à la mort, surtout à partir du centre de Bukiriro, » conclut  Cyriaque Nibitegeka.