Tanzanie : des réfugiés burundais crient au rapatriement forcé déguisé

Tanzanie : des réfugiés burundais crient au rapatriement forcé déguisé

Mardi  1er octobre, était une journée pas comme les autres dans les camps de réfugiés burundais en Tanzanie. Ils s’attendaient à être rapatriés de force. Ils indiquent que plusieurs d’entre eux se sont retrouvés sur la liste de ceux qui ont demandé de rentrer volontairement alors qu’ils ne se sont pas fait inscrire. (SOS Médias Burundi)

Très tôt le matin de ce mardi, les réfugiés burundais s’attendaient au pire.

“5h30, heure locale, plusieurs réfugiés burundais s’étaient réveillés dans tous les camps. Même les enfants. Tout le monde voulait voir ce qui allait se passer aujourd’hui, la peur au ventre,” témoignent plusieurs réfugiés de Nduta, Mtendeli et Nyarugusu.

Les activités tournaient au ralenti.

“Beaucoup de volontaires médicaux, des enseignants et commerçants se sont rendus au travail vers 9h30. Et là, très timidement. Les classes étaient presque vides car il y avait beaucoup d’absences. Nous ne voyions pas en fait la suite de la journée,” racontent les enseignants.

Contactés, certains parents ont indiqué qu’ils ont empêché leurs enfants d’aller à l’école de peur d’être rapatriés de force et de laisser les enfants au camp.

Et d’ajouter que  “finalement, la situation était confuse mais stable de telle façon que certains ont commencé à préparer la nourriture de la mi-journée vers 11heures”.

UN RAPATRIEMENT FORCÉ DERRIÈRE …

Au camp de Nduta, mardi 1 er octobre vers 14h, heure locale, une longue liste de réfugiés qui aimeraient être rapatriés volontairement est affichée sur le tableau d’affichage principal situé sur les bureaux du HCR, avec copies dans toutes les zones.  Plus de 800 noms.

“C’est la première fois qu’une telle longue liste est affichée.  Ce qui est bizarre sur la liste, c’est qu’il y a plusieurs noms des gens qui ne se sont pas fait inscrire avant mais qui se sont retrouvés sur cette liste,” font savoir des jeunes qui ont consulté ce tableau d’affichage au niveau de la zone 10.

D’autres encore s’étaient désistés mais se sont retrouvés sur la liste.

“Sur une liste de plus de 200 personnes que j’ai consultée, plus de la moitié étaient revenus sur leur décision de rentrer. Ils avaient même avisé le HCR qui avait pris le soin d’effacer leurs noms sur la liste provisoire. Certains sont des maris alors que leurs femmes ne sont pas sur la liste ou vice versa. Il y a même des enfants qui ont vu leurs parents sur la liste de ceux qui vont rentrer alors qu’ils ne s’y trouvent pas, c’est vraiment une confusion totale”.

Ils estiment que c’est une autre forme de rapatriement forcé.

“C’est en fait un rapatriement déguisé. On dresse une liste de réfugiés,  candidats au rapatriement volontaire, en même temps on y insère un grand nombre de gens qui ne le veulent pas, donc c’est une forme de rapatriement forcé comme déjà annoncé,  » se lamentent d’autres Burundais.

Ces Burundais disent craindre que d’autres réfugiés puissent se retrouver sur la liste alors qu’ils ne se sont pas fait inscrire pour le retour volontaire. Ils demandent au HCR d’arrêter ces mesures qu’ils qualifient de “manœuvres dilatoires en complicité avec la Tanzanie”.

“Nous n’allons pas accepter d’être embarqués à côté des gens qui ont demandé de rentrer alors que  nous ne l’avons pas exigé.  Nous allons manifester. Que ceux qui le veulent rentrent et que ceux qui ne le veulent pas soient protégés et respectés dans leur droit,” disent-ils.

Fin Août, les gouvernements burundais et tanzanien ont résolu de rapatrier de gré ou de force tous les réfugiés burundais à partir du premier octobre 2019. 

Plusieurs organisations nationales et internationales ont demandé à l’ONU et à la Tanzanie d’arrêter cette mesure contraire aux conventions de Genève qui protègent les réfugiés.

La Tanzanie héberge plus de 182 000 réfugiés burundais. Ils ont tous fui la crise politique de 2015.

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