Polémiques autour des travaux d’exhumation des restes de corps humains par la CVR


Burundi, CVR, SOS Médias

La Commission Vérité et Réconciliation mène depuis quelques temps les travaux d’exhumation des restes des corps humains dans différentes localités du pays. La question de l’équité dans son travail de recherche de la vérité suscite débat dans l’opinion. Ce vendredi 14 février, la CVR a présenté le rapport à mi parcours du travail d’exhumation menée depuis quelques temps au bord de la rivière Ruvubu. (SOS Médias Burundi)

Depuis près d’un mois la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) effectue des travaux d’exhumation des restes des corps humains tout près de la rivière Ruvubu sur la colline de Bukirasazi dans la commune de Shombo en province de Karusi (centre-est du Burundi).

Dès le premier jour de ces travaux, les réseaux sociaux sont alimentés par des polémiques autour du choix des fosses communes qui font objet d’enquête par la Commission. « La CVR est loin de réconcilier les Burundais. Après l’exhumation des ossements humains à Kamenge (quartier majoritairement habités par les hutus), voilà que c’est le tour des restes humains de 1972, toujours qui seraient des hutus « , déplore des activistes des organisations de défense des droits des victimes ou rescapés. « Ce serait une récupération politique du travail de réconciliation à la veille du rendez-vous électoral », a glissé un membre du collectif des associations des victimes.

La province de Karusi figure parmi celles qui ont été les plus touchées par la crise de 1993. « Des familles de l’ethnie tutsi ont été décimées en 1993 après l’assassinat du président Ndadaye. Des corps ont été jetés dans les rivières Ruvubu et Ruvyironza. Des hutus disaient qu’ils vont transiter par la rivière Nyabarongo (Rwanda) à destination du Nil (Égypte) où ils seraient venus. Je ne comprends pas pourquoi la CVR n’a pas enquêté dans deux sens et s’est contentée de dire que les fosses communes situées au bord de la rivière Ruvubu contiennent des victimes de 1972 », a dit un rescapé natif de Karusi.

Des participants dans une conférence de presse de ce vendredi ont plutôt demandé à la CVR d’admettre dans les travaux qu’elle a déjà menés qu’il y a eu un « génocide contre les hutus ». « Nous avons appris que nos parents et grands parents ont été tués par des militaires opérant sur ordre des dirigeants d’alors et utilisant aussi les moyens de l’État, pourquoi ne pas conclure qu’il y a eu un génocide contre les hutus ! », a lancé un des participants.

Selon Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR, les fosses communes déjà découvertes près de la rivière Ruvubu sont au nombre de dix huit. « Nous nous sommes rendus sur les lieux sur demande de la population environnante. Parmi elle, il y a des rescapés et des familles des victimes. Ils ont d’abord témoigné sur ce qui s’est passé », a-t-il dit.

Il a fait savoir que les gens tués étaient sélectionnés parmi les intellectuels, les familles aisées, les commerçants et autres et que certains d’eux ont été désignés par les jeunes du parti unique d’alors. Avant d’être acheminés au bord de la rivière Ruvubu, M.Ndayicariye dit qu’ils étaient d’abord détenus à la prison centrale de Gitega puis conduits dans des camions militaires à la place d’exécution. « Attendons la fin des enquêtes, c’est là que la CVR va donner la qualification des crimes commis. À noter aussi qu’il y a des tutsi qui ont été tués pour avoir tenté de protéger les hutus. Seules les enquêtes vont déterminer qui ont été tués par qui et quand », a-t-il renchéri.

La CVR dit avoir déjà identifié 18 fosses communes. 6032 restes de corps humains ont été retrouvés dans 6 fosses communes déjà exploitées. Les travaux pour les autres fosses communes débutent lundi prochain.