Des Tutsi accusent la CVR de se soucier des victimes Hutu seulement

Des Tutsi accusent la CVR de se soucier des victimes Hutu seulement

Au moment où les travaux d’exhumation des restes des corps de victimes par la CVR (Commission Vérité et Réconciliation) continuent sur tout le territoire burundais, des membres de l’ethnie Tutsi accusent la commission d’ignorer les victimes Tutsi. (SOS Médias Burundi)

Témoignages*:

*Lorsque la crise de 1993 a éclaté, plusieurs personnes de l’ethnie Tutsi dont mes proches et voisins ont été rassemblées au centre de négoce de Masango situé sur la colline de Kibasi de la commune de Bugendana dans la province de Gitega (Centre du Burundi). Elles ont été tuées et jetées dans une fosse commune. Lors des dépositions des témoignages à la CVR, j’ai signalé le cas. Jusqu’à présent, aucun commissaire ou agent de la CVR n’est venu récolter d’autres témoignages. Toutefois, la commission enchaîne découverte sur découverte de fosses communes où ont été enterrés des Hutu. À l’approche des prochaines élections, je pressens qu’il s’agit d’une propagande pour le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, à majorité Hutu, a confié à SOS Médias Burundi un rescapé des massacres de Bugendana de 1996. Pour rappel, une attaque attribuée aux rebelles du CNDD-FDD avait fait 648 morts dans le camp des déplacés de Bugendana le matin du 21 juillet 1996.

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Des travailleurs de la CVR à la recherche de restes humains sur la colline de Bukirasazi en commune de Shombo (province de Karusi)

En 1993, mon père a été sauvagement assassiné par des Hutu. Mon petit frère s’est déguisé en une femme en mettant un pagne pour se sauver. Moi, j’ai survécu parce j’étais à Bujumbura (alors capitale du Burundi). La CVR s’intéresse exclusivement sur les crises qui ont emporté majoritairement les Hutu. Je pense que la commission veut faire gagner la crédibilité de tous les Hutu même de l’opposition au parti CNDD-FDD, a témoigné un Tutsi de la colline de Buhangura en commune de Mbuye de la province de Muramvya (Centre du Burundi).

Pendant la crise de 1993, pas mal de Tutsi ont été massacrés sur différentes collines de la commune de Gihogazi dans la province de Karusi (Centre-Est du Burundi). Des corps ont été jetés dans les toilettes et d’autres dans les rivières. La CVR risque d’attiser la haine ethnique si ses recherches ne sont pas impartiales, * a dit un autre Tutsi originaire de la colline de Mbabazi en commune de Nyabikere de la province de Karusi (Est du pays).

Le président de la commission nie les allégations. « Ceux qui disent que ce sont les gens d’une telle ethnie qui ont été décimés se trompent. Partout où la CVR a déjà procédé à l’exhumation des restes humains, que ce soit à Rumonge (Sud-Ouest du Burundi), Muhuta et Kamenge (Ouest), Mwaro (Centre) et à Mabanda (Sud), avant les enquêtes approfondies et l’écoute des témoins, les audiences publiques ou à huit clos, la CVR parle des Burundais dont les vies ont été fauchées pendant les crises, ou d’actions d’intolérance politique mais s’interdit de déterminer l’origine ethnique des victimes. Ici sur le site de la Ruvubu ou ailleurs, il y a des Burundais de toutes les ethnies, de tous les clans et de toutes catégories socio-professionnelles qui y ont été enterrés, a réagi dans un entretien avec des journalistes Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR hier sur le site de Bukirasazi en commune de Shombo dans la province de Karusi où la commission a déjà identifié 18 fosses communes.

Depuis lundi 16 février, la CVR a lancé une deuxième phase d’exhumation de restes des victimes enterrées dans des fosses communes à cet endroit.

De son côté, une association de défense des droits des victimes de génocides va jusqu’à accuser la CVR et des officiels burundais d’influencer la population pour qu’elle mente sur l’identité des victimes. « Nous avons des preuves par exemple dans la commune de Kiremba (province de Ngozi, Nord du Burundi) où des habitants ont été ordonnés de dire que les Tutsi massacrés et enterrés dans une fosse commune en 1993 sont plutôt des Hutus assassinés en 1972. L’on doit avant tout prêcher la vérité. Tu ne peux pas prendre des restes humains de Tutsi et les appeler des restes des Hutu. C’est honteux », a insisté Emmanuel Nkurunziza, secrétaire de l’association AC Génocide Canada qui exige, tout comme la Coalition de partis et leaders politiques en exil CFOR- Arusha la suspension des travaux de la CVR jusqu’à ce que la commission soit « inclusive ».

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