Burundi : la polémique éclate autour du transfert des restes de Melchior Ndadaye

Burundi : la polémique éclate autour du transfert des restes de Melchior Ndadaye

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 18 juin 2026 – Le projet du gouvernement burundais de transférer les restes de plusieurs figures historiques vers un futur mémorial national à Kiriri suscite déjà de vives réactions. Au cœur de la controverse figure le transfert annoncé des restes de l’ancien président Melchior Ndadaye vers ce site où repose déjà le prince Louis Rwagasore, héros de l’indépendance du Burundi. Le parti Sahwanya-Frodebu, fondé par Ndadaye, dénonce une décision prise sans consultation préalable et réclame un dialogue national avant toute mise en œuvre du projet.

L’annonce a été faite la semaine dernière à l’Assemblée nationale lors de l’adoption de la loi budgétaire pour l’exercice 2026-2027. En présentant les grandes lignes du budget, le ministre des Finances, Alain Ndikumana, a indiqué qu’une enveloppe d’un milliard de francs burundais sera consacrée à l’aménagement du site de Kiriri afin d’en faire un mémorial historique national.

Selon le gouvernement, ce projet prévoit notamment le transfert des restes de plusieurs personnalités actuellement inhumées au centre-ville de Bujumbura, la capitale économique du Burundi. Parmi elles figurent les restes de Melchior Ndadaye, premier président hutu démocratiquement élu du pays, qui devraient rejoindre le site de Kiriri où repose déjà le prince Louis Rwagasore, héros de l’indépendance du Burundi.

Dans un communiqué publié le 16 juin, le parti Sahwanya-Frodebu affirme avoir appris cette décision par voie officielle sans avoir été associé aux discussions préalables. La formation politique estime qu’une telle démarche ne peut être engagée sans consultation de la famille biologique du défunt et des acteurs politiques concernés.

Pour le Frodebu, Melchior Ndadaye demeure une figure emblématique de l’histoire du Burundi. Le parti le présente comme « l’espoir démocratique du peuple burundais et le sacrifice ultime pour la liberté, la justice et la coexistence pacifique ».

Le parti s’interroge également sur la légitimité d’une telle initiative et demande qui a donné mandat à quelques responsables pour décider seuls de l’avenir de la mémoire d’un président élu par le peuple et assassiné en raison de ses convictions politiques.

Face à cette situation, le Frodebu appelle le gouvernement à suspendre le projet et à engager un dialogue inclusif réunissant les autorités publiques, les partis politiques concernés, la famille de l’ancien président ainsi que d’autres acteurs nationaux. Selon cette formation politique, toute décision relative à la sépulture du héros de la démocratie devrait faire l’objet d’un large consensus.

Les autorités présentent, quant à elles, le projet comme une initiative visant à valoriser le patrimoine historique national et à préserver la mémoire des grandes figures ayant marqué l’histoire du Burundi.

Une mémoire toujours sensible

Les restes de Melchior Ndadaye reposent actuellement au centre-ville de Bujumbura. Premier président hutu démocratiquement élu du Burundi, il a été assassiné le 21 octobre 1993 lors d’une tentative de coup d’État, moins de quatre mois après son accession au pouvoir. Il est considéré par une partie importante de la société burundaise comme le héros de la démocratie.

Fondateur du parti Sahwanya-Frodebu, Melchior Ndadaye demeure l’une des figures les plus marquantes de l’histoire politique contemporaine du pays. Son assassinat a été suivi de massacres de Tutsis à travers le Burundi, que certaines organisations de défense des droits des minorités qualifient de génocide.

Sa mort a également marqué le début d’une longue période de violences qui a favorisé l’émergence de plusieurs mouvements rebelles hutus, dont le CNDD-FDD. Aujourd’hui au pouvoir, ce parti dirige le Burundi depuis 2005 à la suite de la mise en œuvre de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, signé en août 2000 et considéré comme l’un des principaux instruments ayant permis de mettre fin à la guerre civile.

Selon les Nations unies, ce conflit a fait plus de 300 000 morts.

En 2020, la Cour suprême du Burundi a condamné à la prison à perpétuité 17 des 21 personnes poursuivies dans le dossier de l’assassinat du président Ndadaye. Parmi les condamnés figuraient plusieurs anciens officiers supérieurs des ex-Forces armées burundaises (FAB), alors dominées par la minorité tutsie avant leur intégration avec les anciens mouvements rebelles hutus dans le cadre des réformes issues de l’Accord d’Arusha. Seuls cinq d’entre eux se trouvaient sur le territoire burundais au moment du verdict.

Alors que le gouvernement présente ce projet comme une démarche de préservation de la mémoire nationale, le débat qui s’ouvre autour du transfert des restes de Melchior Ndadaye dépasse largement la question du lieu d’inhumation. Il touche à la mémoire collective, à la réconciliation nationale et à la manière dont la petite nation de l’Afrique de l’Est entend honorer et transmettre l’héritage de ses figures historiques les plus emblématiques.

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Photo : Le Monument des martyrs à Bujumbura, lieu de mémoire nationale où reposent notamment Melchior Ndadaye et d’autres hauts responsables assassinés en octobre 1993. Les autorités burundaises ont évoqué un projet visant à examiner la possibilité de déplacer leurs restes, une initiative qui suscite déjà interrogations et débats au sein de l’opinion. © SOS Médias Burundi

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