Makamba-Rumonge: les décisions de la CNTB divisent


Ces derniers temps, il s’observe un mauvais climat entre la commission nationale des terres et autres biens (CNTB) et des habitants des provinces de Makamba et Rumonge (sud-ouest du Burundi). Pour cause, des décisions prises par la commission par rapport aux litiges fonciers. Des habitants soutenus par les responsables du parti CNDD-FDD s’insurgent contre l’exécution des décisions et accusent les membres de la commission d’être corrompus. Le porte parole de la commission affirme que ses décisions doivent être appliquées. (SOS Médias Burundi)

Elles sont plus de 30.000 décisions que la CNTB compte exécuter dans les deux provinces de Makamba et Rumonge. Elles concernent pour la plupart de litiges entre les rapatriés (qui avaient fui les massacres de 1972 et sont rentrés après la signature de l’accord d’Arusha) et des habitants communément appelés « résidents » qui n’ont jamais fui le pays au cours des différentes crises que le Burundi a connues.

Selon des sources locales, l’application des arrêts de la commission se heurte à un refus catégorique des représentants du CNDD-FDD dans la région.

« La CNTB veut exécuter ses décisions, mais nous ne pouvons pas l’accepter. Des membres de la commission ont été corrompus et nous avons alerté l’hiérarchie, en vain. Pas question qu’on nous prenne nos terres pour les octroyer aux autres individus injustement », ont laissé entendre des habitants.

La CNTB a lancé une campagne de sensibilisation pour calmer la situation et dans le but aussi de convaincre les habitants de l’honnêteté de son travail. Dans ce cadre, plusieurs descentes des responsables de l’une des très contestées commissions ont été organisées.
Son porte parole Dieudonné Mbonimpa a dernièrement averti que les décisions de la commission seront mises en application malgré les différentes plaintes, et si c’est nécessaire l’on fera recours même à la force, a-t-il prévenu.

La semaine dernière, le CNDD-FDD a organisé des réunions. Des militants du parti au pouvoir ont juré qu’ils vont s’opposer farouchement aux décisions rendues par cette commission.

« On ne peut pas croiser les bras alors que nos terres sont spoliées. Il y a des gens qui ont eu gain de cause tout simplement parce qu’ils ont corrompu des membres de la CNTB. D’ailleurs, la plupart de gens à qui la CNTB a donné raison sont originaires d’autres provinces à l’instar de Kayanza, Ngozi et Muyinga (nord-est). C’est injuste, nous n’allons pas l’accepter », ont-ils réagi en colère lors d’une réunion tenue à la permanence du CNDD-FDD à Nyanza-Lac en province de Makamba.

Dans un premier temps, ce sont des familles Tutsis qui étaient plus concernées par les expropriations. Le problème est maintenant partagé par Hutus et Tutsis.

Depuis le début de la campagne, au moins deux personnes ont déjà été momentanément arrêtées à Nyanza-lac accusées de rébellion contre les décisions de cette commission.

Les provinces de Makamba et Rumonge regorgent à elles seules plus de 30 000 litiges, soit la moitié des conflits à l’échelle nationale.

La commission des terres et autres biens tout comme celle en charge de la réconciliation sont souvent « accusées » d’être partiales et de favoriser les victimes Hutus tout en bafouant les droits des victimes et rescapés Tutsis.
Les deux commissions figurent parmi les organes sur lesquels les négociateurs à Arusha se sont mis d’accord pour réconcilier et rétablir les Burundais qui ont été victimes des abus de différents régimes dans leurs droit et dignité.

À la CNTB, on lui reproche surtout de rendre des décisions favorisant des Hutus rentrés principalement de la Tanzanie lors des 15 dernières années et d’exproprier des acquéreurs appelés de « bonne foi » qui ont acheté des terres, maisons et autres biens sans savoir qu’ils appartenaient à des réfugiés, sans les indemniser.

Jusqu’à présent, le fonds d’indemnisation de la CNTB n’a jamais été créé contrairement à ce qui a été convenu à Arusha en août 2000.

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Photo: la place publique de Makamba