Nyarugusu (Tanzanie) : l’administration du camp veut imposer un black-out

Nyarugusu (Tanzanie) : l’administration du camp veut imposer un black-out

La police tanzanienne et l’administration du camp de Nyarugusu ont dernièrement averti tout réfugié qui oserait donner des informations aux médias et ONGs qui militent pour les droits humains. Ils menacent que les récalcitrants seront arrêtés et sanctionnés comme des fauteurs de trouble voulant ternir l’image du pays d’accueil. Le HCR a déjà mis en place des équipes pour écouter les doléances des réfugiés. Officiellement, c’est pour couper court aux « fausses informations » diffusées dans les médias, particulièrement internationaux. (SOS Médias Burundi)

Sont visés en premier lieu les intellectuels, des anciens étudiants, des défenseurs de droits humains et des leaders religieux.

L’administration du camp les a déjà avertis. « Si jamais quelqu’un est pris en flagrant délit entrain de parler aux médias, aux défenseurs des droits de l’homme ou à d’autres agences humanitaires sans avoir l’autorisation du président du camp, il sera arrêté et sanctionné comme un malfaiteur », a avisé le président du camp dans une réunion avec des représentants de réfugiés.

Il affirme que les informations rapportées sur la situation dans le camp sont en grande partie fausses. « Qu’est-ce que vous voulez dire aux journalistes que vous ne pouvez pas raconter au HCR ou à la Tanzanie? Ce ne sont que des mensonges, vous dîtes toujours qu’il y a l’insécurité ici et que vous vivez dans de mauvaises conditions », s’est-il emporté.

Selon lui, depuis un certain temps, plusieurs articles sur les camps de réfugiés en Tanzanie sont publiés par des médias internationaux pour raconter « que la situation est alarmante, qu’il y a des arrestations ou des attaques alors que ce n’est pas vrai ».

Il s’étonne que plusieurs ONGs internationales de défense des droits de l’homme se servent de ces « fausses alertes », pour rédiger des rapports.

D’après des réfugiés, des intimidations ont commencé à se manifester. Ils donnent l’exemple d’un prédicateur de l’Eglise Anglicane qui est menacé par les autorités du camp. « Révérend pasteur Naphtali Barankiriza est pour le moment dans le collimateur de ces gens. Ils lui reprochent d’enseigner aux fidèles de ne pas répondre au rapatriement volontaire et d’avoir aidé dans la confection d’une lettre conjointe que nous avons envoyée au secrétaire général de l’ONU. Il se pourrait même qu’il aurait été convoqué à la police plus de deux fois. Mais ce n’est pas vrai. Barankiriza est un homme sage et aimable, un bon conseiller », témoignent et s’inquiètent des chrétiens à Nyarugusu.

La situation aurait été provoquée par le fait que les réfugiés préfèrent se confier plus aux médias et ONGs qu’aux administratifs du camp.

Explication

Des Burundais qui ont parlé à SOS Médias Burundi ne le nient pas et s’expliquent. « En 2015 et 2016, il y a eu des gens qui se sont rendus dans les bureaux du HCR pour faire part de leurs inquiétudes, surtout en ce qui concerne leur sécurité physique. Dans les mois qui ont suivi, ces gens ont été soit attaqués, arrêtés, emprisonnés ou portés disparus. Et pires encore, dans les réunions, le président du camp pouvait dévoiler les secrets des doléances. Alors, comment voulez-vous qu’on fasse confiance à eux », laissent-ils entendre.

Pour essayer de couper court à ce que l’administration du camp et le HCR appellent « propagation de rumeurs », ils ont mis en place des équipes dans chaque zone, chargées d’écouter les avis des réfugiés.

Des affiches appelant les réfugiés à se confier uniquement au HCR sont collées dans toutes les places publiques.
Elles sont rédigées en Kirundi (langue nationale du Burundi) et le Kiswahili, deux principales langues utilisées dans ce camp qui compte plus de 50.000 réfugiés burundais et plus de 60.000 Congolais.

Des réfugiés burundais estiment que derrière la mesure se cache une stratégie de les contraindre de rentrer chez eux.

Ce lundi, au moins trois Burundais ont raconté à SOS Médias Burundi que lors des entretiens « nous n’avons été interrogés que sur notre position par rapport au rapatriement volontaire ». « Tu veux rentrer ou non? », c’était la seule question posée, affirment-ils avant de regretter « On n’a pas eu le temps d’exposer nos problèmes et quand on a refusé de leur répondre, ils nous ont dit de sortir immédiatement et d’appeler le suivant ».

Des réfugiés rencontrés à Nyarugusu qualifient la mesure de « violation de leur droit d’expression ».

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Photo : vue du camp de Nyarugusu, février 2021

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