Mahama (Rwanda) : marche manifestation des réfugiés congolais

Mahama (Rwanda) : marche manifestation des réfugiés congolais

Plusieurs réfugiés congolais rwandophones installés au camp de Mahama au Rwanda ont fait une marche manifestation ce mardi pour s’insurger contre ce qu’ils qualifient de « génocide qui se commet contre des familles Tutsi au Nord-Kivu » dans leur pays d’origine. Ils demandent à la communauté internationale d’agir avant que « le pire ne se produit ». (SOS Médias Burundi)

Le matin de ce mardi, des centaines de réfugiés congolais, rwandophones, ont brisé le silence de la pluie qui s’abattait sur le camp de Mahama à l’Est du Rwanda. Ils ont organisé une marche manifestation.

« Nous nous insurgeons contre les tueries perpétrées contre nos familles Tutsi restées au Congo. Nous exigeons le retour à la paix au Congo pour que nous rentrions. Nous protestons contre le génocide en cours, nous sommes fatigués d’être réfugiés », pouvait-on lire sur leurs pancartes.

Ces slogans sont aussi entendus dans leurs chansons dans les rues du camp de Mahama.

« Ce génocide est en train d’être commis par le gouvernement congolais en collaboration avec les génocidaires rwandais FDLR », scandent-ils.

« Nous protestons contre la violence et les tortures contre les Tutsis qui vivent en RDC, nos proches. Nous ne pouvons pas y retourner à cause de groupes comme les FDLR, les Nyatura et les Maï-Maï ainsi que les FARDC qui ne veulent pas de nous et qui nous pourchassent », lancent des réfugiés congolais installés dans ce camp situé non loin de la frontière avec la Tanzanie.

Pancartes et banderoles à la main, ils avaient aussi un microphone que leurs leaders utilisaient pour porter la voix très loin.

« Ils étaient très nombreux : enfants, femmes et plusieurs jeunes hommes. Ils étaient seuls, pas de policiers. Ils ont sillonné tout le camp à partir du terrain de la zone de Mahama II, passant par les bureaux du HCR et du MINEMA (ministère en charge des réfugiés au Rwanda)», apprend-on de témoins oculaires.

Ce camp est essentiellement occupé par des Burundais, à plus de 90%.

« Ici, les Congolais sont estimés à environ 3000 dans un camp de plus de 42000 personnes. Les Burundais, quoi qu’ils partagent le même souci avec les Congolais, n’ont pas participé dans ce mouvement. On les voyait acclamer seulement devant les portes de leur maison, observant la marche », ajoutent nos sources.

Minutieuse préparation

Un observateur avisé au camp de Mahama a fait son analyse.

« Dire que cette marche n’avait pas été bien préparée, ce serait mentir. Mais préparée par qui et où ? L’on ne sait pas encore », indique-t-il.

« D’abord la Radio Télévion nationale rwandaise RBA était déjà sur place. Informée par qui ? L’on ne sait pas. Et puis, ils avaient des pancartes bien faites, des écrits sur des banderoles faits à la machine appropriée que nous n’avons pas ici. Plus encore, ils chantaient comme s’ils avaient fait des répétitions à l’instar d’une chorale à l’église », détaille-t-il.

« L’itinéraire était presque connu à l’avance. Et, même si on n’a pas vu des policiers dans leur tenue, ils y étaient en tenue civile, on se connaît ici au camp », continue notre observateur.

Normalement, des manifestations, participations politiques ou autres rassemblements non organisés par le HCR ou le gouvernement d’accueil sont interdits dans des camps de réfugiés, selon un ancien humanitaire onusien.

En août 2015, des Burundais ont tenté, en vain, de manifester leur joie après l’assassinat du lieutenant général Adolphe Nshimirimana, ex-patron des renseignements burundais, « soupçonné dans plusieurs crimes graves et violations de droits humains dont des actes de torture et des assassinats ».

« A l’époque, le mouvement a été contenu par la police, éteint comme une bougie. Il n’a duré même pas deux minutes. Et plusieurs personnes soupçonnées d’être ses promoteurs ont été arrêtées. Mais, voilà que pour aujourd’hui, une marche est faite dans tout le camp. », a réagi un réfugié burundais, soupçonnant une main invisible derrière le mouvement de ce mardi.

Lui et des amis, réclament que désormais ce droit de manifester soit reconnu pour tout le monde.

Tous les camps de réfugiés congolais marchent au Rwanda

Ce lundi, c’était au camp de Kigeme, dans le sud du pays. Des réfugiés congolais majoritairement rwandophones ont protesté  » en une manifestation contre les violences et discriminations auxquelles font face leurs proches, à l’est de la République démocratique du Congo ».

Des réfugiées congolaises tiennent des banderoles lors d’une manifestation au camp de Mahama au Rwanda, le 13 décembre 2022

Par ces marches, les manifestants espèrent alerter sur la situation des Congolais rwandophones en RDC.

« C’est connu que la communauté internationale regarde ce qui se passe au Congo et reste silencieuse », ont-ils dénoncé.

Aucune réaction du HCR, du ministère en charge des réfugiés ou encore moins de l’administration assurée par des autorités rwandaises dans ces camps.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement congolais et différents pays et organisations demandent à Kigali de « cesser tout soutien au groupe armé M23 ».

Une allégation que le gouvernement rwandais ne cesse de balayer d’un revers de la main. Récemment, le président Paul Kagame l’a répété au secrétaire d’Etat américain Antony Blinken. Ce dernier a demandé au Rwanda de « suspendre toute aide au M23 » tout en s’insurgeant contre « les discours de haine et d’incitation à la violence contre les communautés rwandophones vivant en RDC ».

Le M23 est une ancienne rébellion Tutsi qui a repris les armes fin 2021 reprochant aux autorités congolaises de n’avoir pas respecté ses engagements sur la réinsertion de ses combattants. Depuis juin dernier, il a récupéré plusieurs localités dans la province du Nord-Kivu à l’est du Congo dont Bunagana, la cité frontalière avec l’Ouganda.

Sa résurgence s’est accompagnée d’une réapparition de discours de haine et d’incitation à la violence contre « les communautés rwandophones et les Tutsis » au Congo. Même si quelques autorités ont appelé à « un lynchage de Tutsis », le gouvernement congolais a condamné ce genre de discours et menacé de punir toute personne qui l’encourage.

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Photo : plusieurs réfugiés congolais écoutent le message d’un de leurs leaders en marge d’une marche manifestation au camp de Mahama, le 13 décembre 2022

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